Vue en avant première au cinéma UTOPIA de Toulouse ce 5 août 2026.
Oui, je suis peut-être sévère, démontrez moi que je me trompe.
Mon point de vue : Ce film patauge dans le quotidien d'un arriviste, entouré par des clones, des doubles, au sein d'une administration pléthorique qui gère avec le plus grand soin la politique raciste et répressive de Vichy. On y perçoit de façon anecdotique quelques confettis de la grande histoire et des enjeux presque toujours noyé dans des banalités de tous les jours sous la dictature de Vichy. La persécution des juifs, ici appelés "Israélites" et les familles est un peu plus mise en avant mais presque toujours au détour d’échanges et de conversation que vous devrez décrypter avec beaucoup d’attention. Dans les dernières minutes, on retombe dans des banalités inutiles.
Un très grand film, politique et humble qui résonne terriblement avec notre époque. A filmer le passé comme le présent, le réalisateur nous met face aux personnages comme face à nous mêmes. Alors tous aux urnes en 2027, chaque bulletin compte pour faire barrage au fascisme. (et en plus Comédiens et comédiennes d'une justesse rare, y compris les non professionnels. mise en scène et photographie sublimes. Une proposition d'une très grande cohérence, très inspirante.) bravo pour tout ce travail (jeu, costumes, décors, photo, repérages) et merci
Film d'une extrême finesse, sans fioritures qui nous amène à penser et à réfléchir sur notre monde actuel. Swann Arlaud est excellent et très juste. A voir absolument
Pourquoi vouloir opposer à tout prix Les rayons et les ombres et Notre salut ? Ils racontent l'un et l'autre des destins réels à l'époque de l'Occupation, chacun à leur manière, brillante et efficace, et ce n'est pas comme le cinéma français avait consacré déjà une centaine de films au sujet de la collaboration. Le long métrage d'Emmanuel Marre évoque le parcours de fonctionnaire de son arrière-grand-père à cette période, en partie grâce à des lettres échangées entre ce dernier et son épouse, restée un temps à Paris. La sphère privée a donc son importance dans Notre salut et sa consistance permet d'alléger parfois un récit qui nous plonge dans le quotidien d'un suppôt du maréchal, un simple rouage de la politique vichyste, incarné par un homme opportuniste, qui ne se préoccupe guère de moral. Le film laisse peu de répit, en apnée dans le quotidien d'un homme de chiffres et de méthode, imperméable au doute, au service de la France, croit-il, pour ce qu'il en reste. La caméra souvent à l'épaule, ne cédant rien sur les détails de ce sacerdoce, Marre n'évite pas toujours les redondances, mais sait imprimer un rythme diabolique par l'art du montage et s'autorise plusieurs anachronismes musicaux qui laissent pantois. Une légère touche de fantaisie dans un film qu'il est urgent de ne pas rater, pour comprendre et ne pas s'exposer à répéter le passé.
L’année 2026 ne porte pas chance aux films sur la collaboration : 6 mois après "Les Rayons et les Ombres", le gros pudding très ennuyeux de Xavier Giannoli, voici qu’arrive "Notre salut", le deuxième long métrage réalisé par Emmanuel Marre, plus intéressant mais, malheureusement, bourré de défauts. Tout d’abord Notre salut est long, très long, trop long ! 159 minutes, pour être précis. Avec souvent, très souvent, trop souvent, une voix off insupportable, avec des mouvements de caméra insupportables. spoiler: En fait, Emmanuel Marre a choisi de tourner son film à la façon d’une équipe de reportage de la télévision chargée de couvrir un sujet d’actualité. Est ce choix qui fait qu’on a l’impression que les interprètes sont totalement livrés à eux-mêmes ? Toujours est-il que, concernant le jeu des interprètes, on est loin d’être dans l’excellence. Figurez vous que c’est au point que Swann Arlaud, l’interprète de Henri Marre, une de nos « Rolls » nationale en matière d’interprétation, est, dans ce film, moins bon, beaucoup moins bon que d’habitude ! Autre choix très contestable : Emmanuel Marre a certainement cru génial, parait il dans un souci de distanciation par rapport à l’histoire racontée, de plaquer à 3 reprises des musiques pop synthétiques, funk et électro des années 1970 et 1980 sur des évènements se déroulant dans les années 40. Désolé, mais, franchement, cela ne fonctionne absolument pas ! Cela fait déjà pas mal de défauts. Toutefois, le plus grave est ailleurs :spoiler: il n’est pas interdit de trouver que, dans ce film, la façon dont les collabos sont montrés n’est pas toujours très négative !". Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
Présenté en Compétition officielle à Cannes 2026, Notre Salut d’Emmanuel Marre s’attaque à la collaboration depuis l’intérieur des ministères de Vichy, avec un dispositif formel audacieux et un Swann Arlaud habité. Intellectuellement fascinant, esthétiquement bluffant, le film peine pourtant à tenir sa promesse sur la durée.
spoiler: Il y a des films qu’on admire davantage qu’on ne les aime. Notre Salut est de ceux-là. Emmanuel Marre plonge dans les archives de sa propre famille, plus précisément de son arrière-grand-père, fonctionnaire au service du régime de Vichy. Ses lettres à son épouse forment la colonne vertébrale du récit pour livrer quelque chose d’hybride et d’ambitieux, car ce n’est ni une fresque historique, ni un documentaire, ni une pure fiction. Henri Marre arrive donc à Vichy en 1940, fauché, l’égo abîmé, une mallette sous le bras et un traité de management qu’il a rédigé l’été précédent. Il croit tenir sa revanche, mais il ne voit pas encore l’escalier qu’il descend marche après marche, chaque pas semblant raisonnable pris séparément. Swann Arlaud le joue avec une juste fragilité, toujours à mi-chemin entre la lucidité et l’aveuglement consenti, sans forcer le trait. La violence ne sera jamais frontale, elle se négocie en réunion, se noie dans des colonnes de chiffres, dans des litres de carburant comptés pour acheminer des « produits » vers leur mort. C’est précisément là que réside la force du projet, dans la représentation du mal, banalisé par le management et l’administration, comme on a pu le constater dans La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer.
La réussite de Vichy
Après l’hôtesse de l’air de Rien à foutre, engloutie par la logique froide du low cost, Marre confirme son obsession pour celles et ceux qui se laissent happer par un système sans jamais vraiment le choisir. Mais le vrai coup d’audace du réalisateur français, c’est son dispositif. La caméra à l’épaule laisse volontairement apparaître les reflets dans les objectifs, les ombres portées par les lumières de tournage, des zooms qui hésitent comme une main qui tremble. Ce ne sont pas des maladresses, ce sont des aveux. La caméra ne disparaît pas dans le récit, elle s’atteste, elle témoigne. Nous ne sommes pas en train de regarder l’Histoire dans un musée, c’est plutôt comme l’avoir sous la main. Et puis survient la chanson Life is Life, plaquée sur des images d’archives de foule en délire devant un Pétain qui copine avec le Führer, ou Sounds Like A Melody d’Alphaville lors d’une soirée mondaine où les corps dansent et l’absurde devient un geste de cinéma. Ces interludes anachroniques ne ridiculisent pas l’époque, ils la contaminent avec la nôtre, rappelant que l’enthousiasme populaire est une constante humaine, disponible pour n’importe quelle cause.
Reste que ce même dispositif finit par se retourner contre lui. Ce mockumentaire tient à une condition : qu’une tension souterraine maintienne l’attention même quand rien d’apparent ne se passe. Or Notre Salut s’étire, et certaines séquences probablement improvisées ne trouvent pas toujours leur densité. On reste parfois en surface et on observe l’écran sans être vraiment happé, et la rupture avec le procédé finit par s’installer durablement. Une voix off épistolaire plombe également le rythme. Dans une Compétition cannoise surchargée d’émotions et de sujets pesants, Notre Salut est peut-être le genre de film où l’on décroche involontairement. Non pas par ennui profond, mais par saturation d’un rythme qui refuse de s’emballer. On ne peut qu’applaudir cet opus pour ses intentions et on aura raison. Mais on rentrera aussi peut-être chez soi avec l’impression d’avoir davantage pensé le film que de l’avoir vécu.
Dans son deuxième long-métrage, le réalisateur s’est inspiré de l’histoire de son grand-père haut fonctionnaire durant le régime de Vichy. Le portrait qu’il en fait, porté de manière magistrale par Swann ARLAUD, est très convaincant. On découvre également dans ce film le fonctionnement de ce régime pétainiste au début des années 40 et c’est très intelligemment rendu à l’écran.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 17/06/2026 au Centre Wallonie à PARIS)
Après tant de battage médiatique, on ressort plutôt déçu de ce film trop long sur une personne ordinaire, sans doute un échantillon parmi la multitude de ceux qu’ont enchanté les paroles du vieux maréchal, avec quand même un petit supplément d’engagement collaborationniste. On hésite encore entre un arrivisme subjuguant toute morale ou un crétinisme encouragé par un environnement délétère. Bien sûr, Swann Arlaud possède toutes qualités du personnage à la fois veule et orgueilleux qu’il incarne. Pour autant, sur un sujet proche par l’ambiance, il apparaît que Dujardin dans Les rayons et les ombres, incarnait mieux la déroute des intellectuels français attirés par la lumière de la Collaboration. On gardera pour le meilleur de ce film, la très fine interprétation de Sandrine Blanche en épouse délaissée par son tocard de mari.
Swann Arlaud est brillant dans ce rôle de haut fonctionnaire du régime de Pétain. Cet homme brillant parvient à trouver opportunément une fonction à la hauteur de ses attentes. Il souhaite servir le Maréchal et sa politique de collaboration. Le film réussit à restituer cette époque là, et ce qu’était le régime politique de cette époque. L’ambiance est lourde, les dialogues sont par moment terrifiants. Le réalisateur qui livre là une histoire très personnelle, nous offre un film à la réalisation exceptionnelle. La mise en scène est d’une très grande modernité. Très réussi.
Emmanuel Marre propose une critique sévère du technocrate libéral, expert dans la gestion comptable des flux, de la rentabilité, cherchant la reconnaissance sociale et le statut, mais déconnecté de valeurs morales et d'empathie.
On pense évidemment à la banalité du mal, conceptualisé par Hannah Arrendt dans son ouvrage " Eichmann à Jérusalem ".
Prix du scénario ( Cannes 2026 ) filmé presque comme un documentaire, reposant sur les correspondances de son arrière grand père, le cinéaste regarde en face la personnalité de son aïeul et évidemment de notre Histoire.
Description d'une structure de personnalité documentée en psychologie, toxique pour les uns mais aussi terriblement efficace pour d'autres.
Ton anachronique assumé, Marre montre que le passé est aussi toujours en lien avec notre présent. Son film, ambitieux, est ( peut-être ?) aussi une invitation à la rupture de ce lien, ou pour le moins, à la prise de conscience de son existence.
Emmanuel Marre réalise là un film choc sur la Collaboration inspirées de ses propres archives familiales puisqu'il a exhumé les lettres de son arrière-grand-père, fonctionnaire à Vichy . Il montre là la Bureaucratie dans toute son horreur ! L’utilisation d’une lumière tantôt crue, tantôt naturelle confère au récit une texture documentaire perturbante. La bande-son anachronique surprenante octroie des cassures de rythme audacieuses. Sous les traits d’un Swann Arlaud d’une précision chirurgicale, toujours tiré à quatre épingles, mais dévoré par l’ambition .
Sensation du dernier festival de Cannes, reparti avec le prix du scénario, Notre Salut ne peut guère laisser indifférent. Soit son austérité vous laisse totalement de côté, soit vous êtes saisi par le diable qui se cachent dans les détails d’un scénario d’une grande finesse. Mais, dès le début, les choix esthétiques surprennent. En effet, le long-métrage n’est souvent pas très agréable à regarder. Avec une image à gros grain, un léger flou et un format inhabituel, cela détonne. Alors certes, cela fait très film d’auteur, mais en rajoutant également des prises de vues caméra à l’épaule pas toujours bienvenues et quelques longueurs, le film se coupera forcément d’une partie du public, que la thématique aurait pu pourtant passionner. En effet, l’idée de montrer la collaboration par le prisme d’un simple fonctionnaire carriériste est assez formidable. Et pour incarner ce petit chef, fier de l’être, c’est Swann Arlaud, le comédien français aux trois César, qui a été choisi, pour notre plus grand bonheur. Il réalise, une fois encore, une prestation d’une épatante authenticité. Le fond du sujet, l’aspect administratif de la collaboration, met trop de temps à arriver dans le récit, mais une fois la thématique installée, le long-métrage devient absolument captivant, et évidemment aussi glaçant. Dans la seconde partie, le réalisateur intègre des séquences musicales, avec des morceaux totalement anachroniques. Cela surprend mais l’effet s’avère assez fort. Il y a aussi une séquence dansée totalement lunaire, elle aussi inoubliable. Au final, c’est bien un film choc mais guère grand public.