Le portrait d'un homme complexe à la fois cohérent et ambivalent, porté par un Swann Arlaud charismatique et subtil, superbement filmé. Une approche de la collaboration inédite, et une réalisation inspirée, originale qui infiltre notamment dans l'univers des années 40 , des anachronismes réussis. Ces derniers et la modernité du ton participent à rappeler que l'extrême droite constitue, toujours et toujours, une menace terrible et que sa banalisation est dangereuse. Le réalisateur prend le temps, sans concéssion, mais peut-être un peu trop. Je ne mets pas plus car j'ai trouvé quelques longueurs, qui m'ont fait sortir du film, notamment pendant les lectures des correspondances par les voix off. Même si on comprend, après coup, leur importance dans la construction du film.
Quand la défaite de la France porte au pouvoir le maréchal Pétain en juin 1940, Henri Marre (Swann Arlaud), ingénier raté qui accumulait jusqu'alors les échecs professionnels y voit l'occasion inespérée d'un retour en grâce. Les valeurs prônées par Vichy sont les mêmes que celles dont il s'était fait l'avocat dans son livre, au tirage confidentiel, intitulé "Notre salut". Aussi Henri Marre fait-il le siège des bureaux à Vichy pour y obtenir un poste. Son entêtement paie. Ce maréchaliste convaincu se voit nommé directeur régional du Commissariat à la lutte contre le chômage à Limoges. La tâche s'avère immense. Elle est vite compliquée par les ingérences allemandes qui réquisitionnent la main-d'œuvre française, traquent les étrangers et les israélites, avant d'envahir en novembre 1942 la zone libre.
Les sélectionneurs cannois ont eu le nez creux en retenant ce film d'un réalisateur français quasiment inconnu, qui n'avait co-réalisé jusqu'alors qu'un seul film, certes honorable, avec Adèle Exarchopoulos, sur le mal-être d'une hôtesse de l'air d'une compagnie low cost, "Rien à foutre".
Avec une étonnante maîtrise et un sacré culot, ce réalisateur quadragénaire signe une œuvre qui révolutionne, rien moins, la façon de filmer la Seconde Guerre mondial et la Collaboration. Acclamé par la critique cannoise, il a raté de peu la Palme et a étrangement obtenu, en lot de consolation, le Prix du scénario - alors que son scénario n'est pas sa qualité première.
Pourtant le sujet est rebattu (comme dirait Rebatet !). On ne compte plus les films sur la Seconde Guerre mondiale ni ceux sur la Collaboration. D'ailleurs "Les Rayons et les Ombres" sorti en mars dernier suscitait une belle polémique (entre ceux qui l'accusaient d'excuser la collaboration et ceux qui y voyaient une peinture nuancée des ambiguïtés humaines) et emportait un franc succès au box office avec près d'un million d'entrées. Sans parler du diptyque "La Bataille De Gaulle" et dans quatre semaines de "Moulin".
Mais tous les films historiques souffrent d'un même défaut : ils sont engoncés dans la naphtaline. Naphtaline de dialogues léchés où brille le mot juste, le trait marquant. Naphtaline des décors écrasants et des reconstitutions impressionnantes. Naphtaline des grands événements.
Notre salut fait au contraire le pari réussi de la modernité et de la banalité. Henri Marre est un fonctionnaire banal, un de ceux décrit par Pierre-Olivier Baruch dans son livre séminal "Servir l'Etat français". Ce n'est pas un collaborationniste enragé. Au contraire, c'est un patriote qui espère que la France se redressera. Il est pris dans une logique qui le conduit à prêter main forte, contre sa volonté, à la déportation.
Pour souligner cette modernité, Notre salut a recours à deux artifices. L'éclairage, documentaire, surexposé, et la musique éhontément anachronique des 70ies et des 80ies (Alphaville, Opus, Hot Butter...). On peut en être choqué. Notre salut est un film mal-aimable dans lequel on ne pénètre pas facilement. La première demi-heure pourrait en rebuter plus d'un. Mais le film a l'intelligence de durer deux heures trente. Une durée qui nous laisse le temps de pénétrer dans la quotidienneté d'Henri Marre, dans la banalité de son travail, dans l'ambiance étouffante de son couple d'une étonnante modernité.
Une scène m'a particulièrement convaincu : le dîner à la préfecture de Limoges. On imagine - et on filme - ces scènes-là comme des moments protocolaires et guindés où les convives dégustent du bout de leur fourchette des mets fins en échangeant des traits d'esprit ou des flèches empoisonnées. La réalité est beaucoup plus triviale et le film en porte témoignage. Dans ces dîners, en vérité, on retrouve parfois des amis perdus de vue. On laisse la conversation dériver. Un invité monopolise la parole, enfile des perles ou raconte au contraire des anecdotes passionnantes. C'est la vie....
Emmanuel Marre choisit d’aborder la période du régime de Vichy sous un angle rarement traité au cinéma, celui de la bureaucratie, des rouages administratifs et des ambitions silencieuses qui se glissent dans les couloirs du pouvoir. Une approche passionnante sur le papier, même si le film finit parfois par se perdre dans sa propre lenteur. En 1940, au moment où le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, ascendant du réalisateur, tente de convaincre les autorités de ses idées sur l’efficacité et la reconstruction nationale. Le film impressionne par sa manière de montrer la collaboration et l’allégeance au pouvoir non pas à travers les grandes figures historiques ou les scènes spectaculaires, mais à travers les mécanismes ordinaires d’un homme qui cherche simplement à exister dans une machine politique plus grande que lui. Mais cette approche très distante a aussi ses limites. Le film dure 2h30, et cette lenteur finit parfois par épuiser le spectateur. Emmanuel Marre semble vouloir installer une pesanteur bureaucratique jusque dans le rythme même de son film, au risque de rendre certaines séquences interminables. Même Swann Arlaud, pourtant bon acteur, semble ici un peu prisonnier du dispositif. Son personnage reste constamment en retrait émotionnellement. Une œuvre exigeante, parfois difficile, mais qui aborde un sujet passionnant avec une vraie singularité.
Doublement primé au Festival de Cannes avec le prix du scénario et le Prox CST de l’Artiste-Technicien pour le monteur Nicolas Rumpl, le film nous emmène dans la France de Vichy. Très bien mené avec un duo d’acteurs excellents, certains passages font résonance avec notre monde actuelle. Un film à voir sans hésitation.
Amer chef-d'œuvre que cette chronique du passé, annonçant potentiellement un avenir proche... Notre Salut, vu en avant-première, est le récit détaillé de l'itinéraire d'un collabo vichiste dans la France de l’Occupation. Tiré du parcours de l'arrière-grand-père du réalisateur, documenté par les courriers qu'il échangeait avec son épouse, le film échappe à la grammaire convenue d'un certain cinéma français, pour préférer explorer des pistes innovantes. Filmé sur les lieux mêmes des événements, en lumière naturelle, il met en scène des comédiens qui improvisent l'essentiel de leurs dialogues, seulement cadrés par la description de la situation. Cette méthode, qui n'est pas sans évoquer un certain Albert Serra, réserve quelques beaux plans et beaux moments décalés. Les choix musicaux totalement tonitruants et résolument anachroniques ajoutent à la singularité de la chose. Tous les comédiens et comédiennes sont remarquables, Swann Arlaud en tête. Reste que le film est un petit peu malaisant. D'abord, car malgré tous les efforts pour dynamiser le récit, il nous convie parfois à une douce monotonie (peu marquée). Et puis surtout car le passé qu'il décrit annonce potentiellement un avenir prochain ce qui pèse involontairement sur l'expérience cinématographique qu'on en fait. Cela n'a pas lieu d'être une critique, d'autant que c'est précisément pour dénoncer les dangers de l'extrême droite qu'un tel film est conçu. L'alerte est donnée ici avec bien plus de subtilité que dans Les Rayons et les ombres, tant par la trajectoire des personnages que par le vocabulaire formel bien plus original.
Un peu déçu par ce film long (2h39), bavard, et aussi un peu "cheap". Tourné en partie à Limoges, « Notre salut » s'inspire de la correspondance entre les arrière-grands-parents du cinéaste. En découvrant ces lettres, il y a découvert que son aïeul avait réellement servi le régime de Vichy ! La relecture des événements par ce prisme familial peut avoir un certain intérêt, et Swann Arlaud est absolument impeccable dans cet exercice.
Un style et des dialogues bruts, vrais et anachroniques. Des acteurs excellents, Swan Arlaud en tête. Une enquête passionnante sur son aïeul. Emmanuel Marre signe une petite pépite
J’ai trouvé ce film long, ennuyeux et manquant cruellement d’action, ne parvenant jamais à m’attacher au personnage d’Henri Marre. Vu en avant première dans le cadre du festival de Cannes
Mais quel ratage, je suis parti après une heure tellement c’était insupportable (vu en avant-première le 8 août à Toulouse). C’est un peu la méthode Lelouch, les acteurs n’ont pas de dialogues écrits mais doivent improviser à partir d’un canevas donné par le réalisateur. Sauf qu’ici on a l’impression qu’Emmanuel Marre sélectionne à chaque fois la moins bonne prise. Parfois on n’entend même pas les personnages ! Tout d’un coup une musique rock des années 80 surgit, quel rapport ? On ne croit absolument pas aux acteurs. Ce n’est pas un film, juste un essai tourné en Super 8 par le dernier de la classe. À fuir. > Plus d’infos culture sur mon Instagram "Les sorties de Philippe"
Un film opaque malgré une mise en scène intéressante qui tranche avec le propos du film. Le film est trop long, très bavard : tout se passe du point de vue d’Henri Marre, aïeul du réalisateur. Le film manque de consistance dramaturgique malgré l’Histoire qui s’y dessine.
Vu en avant-première ce matin au Grand Action. Que ceux qui n'ont pas aimé le précédent film d'Emmanuel Marre ne fuient pas. Derrière cette histoire dramatique familiale se niche une fantaisie parfois anachronique (et pas que sur les choix musicaux) et brillante sur les choix personnels, les rouages des decisions. On peu presque penser au Lantimos de La favorite, sauf qu'on est ici en plein dans l'amateurisme crasse et nauséabond de Vichy. Les acteurs sont excellents, de Swann Arlaud au frère du réalisateur (par ailleurs avocat dans la vie). Le prix du scénario, mais pas que...
Vu en AVP à UNIPOP. Un film de facture classique, mais pas banal du tout. Pour parler de cette époque difficile de la 2ème guerre mondiale, le réalisateur choisit de nous imerger dans une forme de réel et de ne jamais regarder la situation au travers d'un prisme historique. L'histoire est donc racontée par ce qui est vécu, avec une sorte de pragmatisme, sans passer par le sens ou la compréhension des situations. Les petits faits de tous les jours, dans lesquels les détails prennent évidemment une grande importance. On reste loin de la guerre elle-même, loin de la ligne de front. Aucun personnage n'est un héros ou un salaud avéré. On est plutôt dans l'univers de monsieur tout-le-monde, avec des enjeux propres à chacun qui guident les actions entreprises. Du coup le film invite à réfléchir à l'atitude que l'on adopte face à des moments graves, à ce qui peut la générer, plutôt qu'à la juger. La réalisation est au diapason, sobre et efficace, tout comme la remarquable interprétation.
Un film essentiel et qui montre la collaboration comme jamais. L'idée géniale du film c'est de mêler un propos historique avec une bande son moderne ( années 80) afin de montrer que ce qui est arrivé nous tourne encore autour.
Swann Arlaud est formidable et mériterait bien un césar de meilleur acteur.
J'ai parfois eu du mal avec une image un peu moche et pauvre mais je crois que ce film est un tout et ne veut pas être désirable.
vu pour la première fois à Cannes je suis restée pantoise devant l'avalanche d'éloges et le prix de l'art et essai...je suis allée le revoir dans une avant-première pour être sûre que je n'avais pas zappe quelque chose... Mais je conserve en tous points ma position initiale. On nous annonce " librement adapté d'une histoire vraie" mais dans cet avertissement c'est le "Librement" qui donne la mesure... , le grand père du réalisateur a effectivement été rédacteur d'un livre éponyme, traçant son chemin dans l'administration de Vichy et il a utilisé les lettres écrites par sa grand mère … Pourtant, ici, tout m’a paru faux, surfait, incongru : les acteurs jouent mal, les décors sont bâclés, la caméra est brouillonne, ( pourquoi toujours un arrière plan complètement flou, ce qui nous empêche d'apprécier les univers art déco de la ville ) souvent tenue à l’épaule, le rythme du film est saccadé, haché…Et sur le fond, je suis assaillie de questions sur les multiples panachronismes. Le héros développe toutes les théories du management et de l’organisation professionnelle : rationalisation des taches dans les services, graphiques, statistiques, projections… Muni de son livre et de l’intention de mettre ses théories en pratique il démarche dans tous les ministères de Vichy pour se faire embaucher. Loin de son épouse, il s’installe à Limoge et met en pratique ses préceptes de gestion ; pour lui, guerre ou pas, tout n’est qu’une question d’optimisation des infrastructures. Les bras m’en tombent, tant les discours entendus me semblent calqués sur la société actuelle et les doctrines qu' il décrit sont plutôt courantes dans l'économie post tayloriste des années 50/60. les pétainistes auraient-ils pu être précurseurs en la matière … ? se pourrait-il que des théoriciens du marketing aient exercé à Vichy ? Ce caractère que je perçois comme anachronique, dès les premières minutes, me heurte ; il me choque d’autant plus que je remarque la présence d’autres anachronismes totalement assumés. Je pense ainsi à la délirante scène de bal sur une musique actuelle (Pop-Corn), et bien sur, sur la terminologie du discours utilisé complètement contemporain " contre productif " " immigration", même "une couette " s'est glissée dans une des lettres... Ou plutôt, n'assite t on pas a une reconstruction de l’histoire, avec ces réalisateurs incapables de s'abstraire de leur époque...? Peut être que le livre de l’ancêtre va ressortir en librairie et qu’on pourra effectivement voir ce qu’il y avait dedans… je serais la première à reconnaitre mon erreur si je pouvais lever cette ambigüité. Mais bon, c'était un film tout de même long et très pénible.