Notre salut
Note moyenne
3,7
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106 critiques spectateurs

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CREOTIVEMEDIA
CREOTIVEMEDIA

126 abonnés 422 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 septembre 2026
Swann Arlaud trouve l’un de ces personnages dont la médiocrité apparente devient progressivement vertigineuse. Emmanuel Marre signe un film historique exigeant qui refuse le confort des monstres facilement identifiables pour regarder les ambitions, les renoncements et les petits accommodements permettant à un système de fonctionner. Notre salut raconte finalement moins comment un homme choisit soudainement le mauvais camp que la manière dont il peut s’y installer progressivement tout en continuant à se raconter qu’il agit pour de bonnes raisons. Une œuvre dense et inconfortable sur la responsabilité individuelle face à l’Histoire.
Ninideslaux
Ninideslaux

107 abonnés 293 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 30 septembre 2026
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        Un film intéressant certes, mais bien décevant par rapport aux critiques dithyrambiques qui ont précédé sa sortie. 
      Emmanuel Marre a fait ce film à partir de la vie d'un aïeul dont il ne connait rien, si ce n'est par l'intermédiaire des lettres échangées avec son épouse -et rien n'est plus faux qu'une lettre! ils se sont follement aimés; ils ont eu trois enfants, puis se sépareront et Henri disparaitra dans cet anonymat dont il n'aurait jamais du sortir.
     Qui est il? Marre n'en sait rien, pas plus que la génération qui le précède: en effet Henri a disparu avant de connaitre ses petits enfants. Un médiocre, ça c'est sûr, mais très content de lui, et qui est très fier de son recueil d"idées", Notre Salut, publié à compte d'auteur, et qu'il essaye désespérément de fourguer à Vichy. Prétentieux mais nul... il a déjà bouffé la fortune de sa riche épouse (Sandrine Blancke, très bien), qui a tout accepté, puisqu'elle l'aime... et il a un casier, dû à sa participation à des opérations plus ou moins louches. Un sale type donc, doublé d'un magouilleur, mais qui à force de trainer dans les antichambres des puissants finira par obtenir la présidence du comité régional (Limousin) du Commissariat de la Lutte contre le Chômage. Ce qui le conduira à faire le jeu des occupants, lui qui se présente toujours comme un patriote pétainiste. Ce qui le conduira à alimenter par une contribution à l'essence et aux autocars, à la rafle des juifs du sud-ouest et de leurs familles. Mais où on les emmène, il n'en sait rien. Ca ne le concerne pas; ça ne relève pas de sa juridiction.... Swann Arlaud est épatant dans le rôle de ce personnage opaque, dont on se dit que finalement il n'est opaque que parce qu'il n'est... rien.
         Et où j'en veux vraiment à Emmanuel Marre, c'est que ces deux heures passées dans le sinistre milieu de Vichy, écoeurant brouet de fanatisme et d'arrivisme auraient pu, auraient du être une formidable leçon d'histoire, pour les plus jeunes générations. Pour cela, il eut fallu accepter de s'abaisser à faire de la pédagogie; peut être en utilisant des images intercalaires, comme au bon vieux temps du muet, rappelant la situation politique en France au moment de la scène qui va suivre; que sais je! Ce qui est certain, c'est que ces jeunes générations ne retiendront rien de ces saynètes brèves, où l'on verra le triste héros lâcher petit à petit tous ses amis et collaborateurs. Dommage!

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Jipéhel
Jipéhel

103 abonnés 658 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 15 septembre 2026
Un simple fonctionnaire

Comme tout le monde, j’avais découvert Emmanuel Marre, en 2020, avec le très étrange Rien à foutre. Depuis, silence radio ! Il revient en force avec ces 160 minutes de drame historique, inspirées par la correspondance de ses arrière-grands parents durant la seconde guerre mondiale. Mais voilà, ce qui est nouveau ici, c’est que cet arrière-grand-père était au cœur du système collaborationniste de Vichy. Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle… Le parcours d’un fonctionnaire lambda au cœur de la France Vichyste de 1940 à 1944… Sans concession mais sans doute un peu trop long.
Pourquoi vouloir opposer à tout prix Les rayons et les ombres et Notre salut ? Deux films qui racontent l'un et l'autre des destins réels à l'époque de l'Occupation, chacun à leur manière, brillante et efficace, et ce n'est pas comme si le cinéma français avait consacré déjà une centaine de films au sujet de la collaboration. Ici, le cinéaste interroge ici les systèmes d'oppression du point de vue de ceux qui choisissent d'y participer et finissent par s'y perdre. On pense volontiers au Jean-Louis Trintignant dans Le Conformiste (1970), mais à l'inverse de ce dernier, ici, le héros est un homme banal qui rêve d'un destin d'exception. Le tournage en lumière naturelle s'est déroulé intégralement dans des décors naturels, notamment au Palais des Congrès de Vichy et à la Maison du Peuple de Limoges, où siégeait réellement le Commissariat à la Lutte Contre le Chômage. Si le sujet est très intéressant, la forme, pour moi, laisse à désirer. La durée excessive, d’abord, qui est due à de multiples redondances, le choix de l’image – parfois floue, ce que je ne m’explique pas -, la caméra à l’épaule parfois fatigante, le tout donnant une « esthétique » proche du documentaire pour FR3 sans doute indigne d’un grand film présenté à Cannes, où il a obtenu le Prix du scénario ??? Malgré l’ambition affichée, on a droit à quelque chose d’hybride, ni fresque historique, ni documentaire, ni pure fiction. Sentiment étrange après cette projection.
Bien sûr : Swann Arlaud ! De tous les plans, il joue une juste fragilité, toujours à mi-chemin entre la lucidité et l’aveuglement consenti, sans jamais forcer le trait. Nous n’avons pas encore vu Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, double prix d’interprétation masculine à Cannes, mais Swann Arlaud ne devait pas être loin. Autour de lui, une distribution trèsbien en place avec Sandrine Blancke, Mathieu Perotto, Harpo Guit, Mathilde Abd-El-Kader, Jean-Baptiste Marre et beaucoup d’autres. La violence n’est jamais frontale, elle se négocie en réunion, se noie dans des colonnes de chiffres, par exemple dans des litres de carburant comptés pour acheminer des « produits » vers leur mort. C’est là que réside surtout la force du projet, dans la représentation du mal, banalisé par le management et l’administration. On reste parfois en surface et on observe l’écran sans être vraiment happé, non pas par ennui profond, mais par déception d’un rythme qui refuse de s’emballer. A découvrir à partir du 30 septembre.
sebou36
sebou36

94 abonnés 386 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 30 septembre 2026
Un film qui plaît à la critique mondaine, nous aurions dû nous méfier. L'image est afreusement laide, c'est filmé n'importe comment, pas d'éclairage. On y croit pas une seconde. Le sujet est génial mais le traitement vraiment dégueulasse. De quoi ne plus mettre les pieds dans un cinéma. Pour pseudo intello avec 3 neurones dans le cerveau.
Jean-luc G
Jean-luc G

90 abonnés 911 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 juin 2026
Marre n'a pas le talent de mise en scène d'un Giannoli mais son scénario fictionnel à partir d'un personnage réel, interroge tout autant sur la même période.
Henri Marre représente les anonymes de la collaboration- cela commence où d'ailleurs la participation à Vichy quand on doit travailler pour vivre? Luchaire lui était visible de tous à Paris et au contact des allemands. On ne peut attaquer les détails historiques concernant la vie du premier, son parcours lui symbolise beaucoup de monde, et dans ce sens, interroge encore plus que la dérive d'un seul patron de presse.
Arlaud maigrichon, grisonnant, joue à merveille ce loser qui a fait un beau mariage, prône de belles idées, et surtout suit le vent pour se racheter et enfin briller devant son épouse.
Coté prise de vue, elle souffre de ne pas être discrète, voire de chercher sa voie. Qu'importe le Jury de cannes a récompensé le scénario, de façon justifiée.
En revanche, Marre propose deux scènes complètement décalées avec des musiques modernes, comme un renvoi subliminal à la situation d'aujourd'hui dans certaines démocraties. Un coté déjanté dont on pensait surtout les belges capables! Mais au fond le message est sérieux.
Vingt minutes de moins n'aurait pas gâché la force de l'histoire, le chef monteur aurait dû être plus drastique, il nous avait habitué à mieux chez Touzani ou Ayouch.
A voir toutes générations confondues.
AP suite de Cannes - Lyon - juin 26
Omg151
Omg151

84 abonnés 77 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 30 septembre 2026
Le comble de la modernité et de la radicalité serait donc d'utiliser des tubes pop des années 80 sur un film d'époque, de filmer les acteurs avec une torche en pleine face, de leur demander d'improviser des scènes interminables et d'ânonner des dialogues contemporains. Tout ça pour faire moderne et nous parler du présent.
Ce film est une blague, le réalisateur prétend avoir voulu faire The office sous l'occupation, mais chaque génial épisode de la série faisait moins de 40 minutes et pas 2H35. A force de maniérisme et d'artifices de mise en scène, le film passe à côté de son sujet passionnant et c'est bien triste pour le très bon Swann Arlaud, qui est le seul à briller (avec son épouse) parmi un casting hétéroclite et pas toujours juste.
Le film convaincra les cinéphiles hardcore qui cherchent des expériences "nouvelles" et laissera hélas de côté une grande partie du public...
Cadreum
Cadreum

79 abonnés 831 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 septembre 2026
Septembre 1940. Henri Marre, quarante-neuf ans, ingénieur criblé de dettes, un petit casier judiciaire derrière lui, débarque à Vichy. Dans sa valise, des exemplaires de son traité, Notre salut, plaidoyer pour le redressement national par l'efficacité, édité à compte d'auteur chez Fernand Sorlot, l'éditeur français de Mein Kampf. Il vient chercher une place ; il la trouvera à Limoges, dans un bureau de lutte contre le chômage, puis, d'une circulaire à l'autre, dans la logistique des rafles. Sa famille n'a jamais caché qu'il avait servi Vichy. Elle lui pardonnait son pétainisme, beaucoup moins sa carrière ratée, et le traité a dormi des décennies dans la bibliothèque, les pages rarement regardées. Il aura fallu trois générations pour que quelqu'un s'y intéresse. Son arrière-petit-fils, Emmanuel Marre, a lu les lettres qu'Henri échangeait avec sa femme Paulette, restée loin de lui avec les enfants, et en a fait la voix off d'un film qui porte le titre du traité. Notre salut suit Henri à hauteur de ses journées, scandé par cette correspondance. Le patronyme n'y est prononcé qu'une fois ; ensuite il ne reste qu'Henri, prénom de n'importe qui.

Ce n'importe qui est tout l'intérêt. Marre veut filmer ceux de l'arrière-plan plutôt que le grand personnage au centre des photographies historiques, entrer dans la collaboration par ses microdécisions, classer, rationaliser, orienter, tout en suscitant de l'empathie sans céder à la sympathie. Le film l'annonce lui-même dès l'une des premières soirées, quand quelqu'un lit dans la main d'Henri qu'il ne lui arrivera jamais rien d'exceptionnel. Ni drame ni rédemption, donc, un homme que l'Histoire a à peine remarqué. Mais filmer le crime depuis le bureau où il se rédige, c'est aussi choisir l'échelle à laquelle la faute se répartit, entre des signataires, des circulaires, un vocabulaire, et une salle de cinéma invitée à reconnaître dans les réunions de 1941 quelque chose de ses propres lundis matin.

Le film s'ouvre sur une soirée à Vichy où Henri, assis dans un coin du cadre, cherche à qui placer son livre. La lumière vient d'une torche fixée sur la caméra frappant les visages de plein fouet et laisse le décor dans le noir. Dans un film d'époque, la source lumineuse appartient d'ordinaire au monde reconstitué. Ici seul existe ce que la caméra regarde. Le salon devient une scène de flagrant délit, à l'opposé exact de la reconstitution muséale. Le cinéaste dit avoir compris après coup que ses personnages ressemblaient à des lapins pris dans les phares de l'Histoire. Avant même de savoir sur qui retombera la faute, on sait d'où elle sera jugée : du présent, qui tient la lampe et décide de ce qu'il éclaire.

Ce que cette lampe éclaire d'abord, pendant les semaines vichyssoises, c'est un homme pour qui l'idéologie sert surtout d'outil. Dans les thermes réquisitionnés, on négocie des routes commerciales en pleine vapeur, et Henri fait antichambre. La seule fois où il emprunte le lexique de la haine, pestant contre les socialistes et les francs-maçons, c'est devant le ministre des Finances, pour faire oublier ses démêlés judiciaires. Dans une salle d'attente, face à un pétainiste qui rêve d'épurer l'État de ses éléments nuisibles, il passe même pour un modéré, puisqu'il ne réclame qu'autorité et efficacité. Marre dit avoir ajouté cette scène en cours de tournage pour montrer qu'Henri n'était pas animé par la haine.
Ce modéré décroche enfin un poste à Limoges, où le Commissariat s'installe dans la Maison du Peuple, dont on vient de chasser le syndicat. Henri y recouvre maladroitement un mur aux couleurs de la CGT avec des affiches de propagande, et la Révolution nationale commence par un coup de papier peint. Le recrutement d'une secrétaire donne ensuite un plan fabuleux. Les candidates font la queue dans l'escalier ; la caméra, au pied des marches, ne montre que leurs jambes, pendant qu'Henri remonte la file jusqu'à son bureau. Vu du Commissariat, l'administré n'est plus qu'une file sans visage qui attend d'être choisie. Henri, lui, s'élève à travers ces corps que le cadre décapite, et la lenteur de sa montée dit assez le plaisir qu'il prend à la donner en spectacle. Puis cet apôtre de l'efficacité embauche la plus désinvolte des candidates, celle qui s'autorise tout ce qu'il n'ose pas. Derrière sa doctrine se cachait le désir d'un petit homme de transgresser par procuration.

Ce petit homme se raconte pourtant en grand. Tant que sa femme, Paulette, reste à Paris, le récit avance au rythme de leurs lettres, lues en voix off. Lui y décrit une ascension ; elle, entre tendresse et reproches, y voit de plus en plus clair. Le film se sert de cette correspondance pour juger Henri. Quand il écrit à Paulette de se serrer la ceinture, on le retrouve peu après chez le tailleur, en train de faire ajuster un costume élégant. Les lettres que la famille a pieusement gardées se retrouvent ainsi contredites par le film qui en est tiré. On dit souvent qu'Henri porte un costume trop grand pour lui ; le tailleur prouve le contraire, puisque le costume est fait à ses mesures. Le régime taille sur mesure pour les petits hommes, et c'est pour cela qu'ils s'y sentent si bien.

Au bureau, pourtant, la faute déborde l'homme. Dans les réunions de service, au cœur du film, on prône l'évaluation humiliante des agents pour améliorer leur rendement, on épluche des procédures d'achat et des courbes de chômage. On y décide aussi qu'après deux offres d'emploi refusées, le chômeur sera tenu d'accepter la troisième. Les tics de langage de 2026 affleurent dans ces bouches de 1941, parce que des acteurs d'aujourd'hui, placés dans des fonctions d'hier, les parlent spontanément avec les mots d'aujourd'hui. La caméra adopte la grammaire du faux documentaire de bureau, zooms brusques qui fondent sur un visage pour y cueillir une réaction. Dans la série The Office par exemple, le zoom finit par trouver un employé lucide qui, d'un regard à l'objectif, se désolidarise du chef et fait du spectateur son complice. Ici, personne ne rend son regard à la caméra. Notre rire, privé de relais dans l'image, reste seul, donc suspect, puisqu'on rit comme rient les fonctionnaires, sans témoin pour garantir qu'on rit contre eux. La salle perd la place confortable que la vieille plaisanterie française réserve à chacun.

La visite du Maréchal à Limoges va plus loin encore et atteint le corps du spectateur, dans la séquence la plus audacieuse du film. D'abord une répétition, où l'on apprend aux agents à crier "Vive le Maréchal !" ; certains s'étranglent de honte, d'autres s'exécutent sans état d'âme. Puis le passage du cortège, en actualités d'époque, foules en liesse, calées sur "Live Is Life" d'Opus. Mis bout à bout, les deux moments ôtent à l'archive son innocence, car cette liesse a été répétée dans des bureaux comme celui d'Henri. L'enthousiasme se fabrique, et des fonctionnaires sont payés pour ça. La chanson, un hymne de stade qu'on scande en tapant des mains, embarque alors la salle. On bat la mesure pendant que la foule acclame Pétain, et le malaise arrive par le corps avant d'arriver par la morale. Henri, lui, n'en tire aucune gloire. Sa grande journée se confond avec une archive où il ne peut pas figurer, et le soir, écarté du dîner officiel, il rejoint les secrétaires. Le régime consomme le zèle et oublie le zélé.

La bascule a lieu dans le bureau, sans que le régime d'image bouge. Les autorités réclament au Commissariat de l'essence et des véhicules ; on rédige un télégramme dans l'urgence, on hésite sur le mot "ramassage". La scène est tournée comme les autres, caméra portée, zooms, conversation prise en cours. Le spectateur entend d'abord "essence", "voitures", et range l'affaire parmi les tracas logistiques dont le film est plein ; la conversation lui en révèle l'objet avec retard. Ce retard est l'expérience morale du film. Quelques minutes durant, nous avons traité le dossier comme Henri, et la question que posera l'épuration, à partir de quand avez-vous su, nous est retournée. La Zone d'intérêt tenait l'horreur derrière un mur et dans le son ; Marre la loge dans le cadre et dans le vocabulaire, à portée de stylo.

Écarté du dîner du Maréchal, vient finalement la consécration : Henri obtient enfin sa place à la table du préfet. La famille l'a rejoint à Limoges, le salaire est là, l'appartement aussi, et il a offert une robe à Paulette pour l'occasion. À la fin du repas, une piste de danse s'improvise dans la salle à manger, sur "Popcorn", la ritournelle de synthétiseur de Hot Butter — la même danser sur le tapis rouge à Cannes. Henri s'y retrouve au bord du cadre, comme sur la photo de groupe où son corps malingre reste coincé derrière les dignitaires. Le film lui accorde deux heures et demie de présence mais lui refuse le centre de toute image collective. Il le traite comme le régime le traite, en l'employant sans le regarder. Après cette soirée, une conversation fait d'ailleurs comprendre à Paulette jusqu'où son mari s'est enfoncé. Reste que cette punition a un parfum familier. Dans la famille, on déplorait la carrière ratée de l'aïeul plus que son pétainisme. La faute d'avoir servi se confond alors avec la honte d'avoir été médiocre.

Ce jugement par la médiocrité n'est pas la seule indulgence du film. Peu avant le dernier acte, Henri se voit offrir l'occasion de dénoncer son ancien supérieur. Malgré leurs désaccords, il semble refuser, au motif que l'homme serait tout de même un patriote. Son interlocuteur éclate de rire, "Tu déconnes ?", puis le film coupe et nous emmène à Paris, sans qu'on sache ce qu'Henri a finalement fait. Le procédé n'est pas nouveau. Déjà à Vichy, dans la salle d'attente, Henri paraissait modéré face à un pétainiste qui voulait épurer l'État. Le film lui accorde ainsi de petits moments de décence, toujours à côté de quelqu'un de pire, puis coupe avant les conséquences. Le doute qu'il entretient penche donc toujours du même côté, celui de la défense qu'ont plaidée les fonctionnaires de Vichy devant leurs juges, "il y avait pire, je suis resté pour éviter le pire". Marre reconnaît d'ailleurs que le vrai Henri était plus franchement pétainiste que celui du film. L'antisémitisme explicite est laissé aux autres personnages, et il ne reste à Henri que le management.

La fin, elle, ne ménage plus personne. Henri, les yeux écarquillés, longe un train bondé de sympathisants nazis qui fuient devant l'avancée des Alliés, en espérant fébrilement y trouver une place. Le fonctionnaire qui a couru toute sa vie après un poste court maintenant après un wagon, et le film ne lui accordera ni procès ni pardon. Suivent une dernière scène avec un enfant et un carton qui rappelle que tout cela vient de lettres réelles. D'un coup, la fiction rend son poids à l'archive. Une fin dans les années cinquante était prévue ; Marre se félicite de l'avoir abandonnée, et il a raison. Montrer l'après-guerre aurait offert au spectateur le confort d'une clôture, une épuration, un oubli, un chapitre refermé. En s'arrêtant là, le film refuse de classer le dossier. Il n'a pas besoin de filmer les décennies qui séparent Henri de nous, puisqu'il les a déjà franchies dans chaque réunion de bureau, dans chaque mot d'aujourd'hui glissé dans une bouche de 1941, dans chaque tube qui nous a fait battre la mesure. Le pont entre Vichy et le présent, c'est le film entier.

La réponse du film est sidérante d'intelligence. La responsabilité se loge dans chaque petit consentement, et Marre les filme un par un : un mur repeint, une nuance de propos, un vocabulaire pesé dans un télégramme, un pied qui bat la mesure. C'est ainsi qu'on glisse vers l'extrême, sans haine ni uniforme, par fatigue et par envie d'être enfin sur la photo. Le film ne laisse aucune de ces raisons servir d'excuse, ni à Henri ni à nous, parce qu'il parle au présent. Ses bureaux ressemblent aux nôtres, sa langue est la nôtre, et le régime qu'il décrit n'a pas eu besoin de fanatiques pour fonctionner, seulement de gens compétents qui voulaient bien faire leur travail. Une époque qui croit reconnaître le danger à ses cris et à ses slogans y apprend qu'il arrive plutôt par les circulaires, les tableaux d'efficacité et les réunions du lundi. La torche fixée sur la caméra ne laisse à l'ancêtre aucune ombre où se cacher, et elle nous refuse la nôtre. En quatre-vingts ans, le "nous" du titre a changé de sens. Celui d'Henri excluait les étrangers, les syndicalistes et les Juifs ; celui du film inclut toute la salle, et le seul salut qu'il lui laisse, se savoir capable d'Henri, n'a jamais empêché personne de le devenir.
domit64
domit64

77 abonnés 385 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 mai 2026
J’avais hâte de voir ce film (vu en AP) et je me suis ennuyée, la première 1h30 est beaucoup trop longue, verbeuse, je me suis endormie tout comme l’était une bonne partie de la salle quand j’ai réouvert les yeux….
La dernière heure est appréciable. Le sépia est sympa et la scène de la danse est sublime.
La musique moderne et pas de l’époque pour montrer la malheureuse pérennité de certains actes et pensées est bien une bonne idée.
Acteurs et actrices très bons.
Isaly13
Isaly13

56 abonnés 120 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 août 2026
Comment s’est organisée la collaboration à Vichy sous Pétain. Film passionnant, sans aucune esbroufe et pourtant, tout est dit. Une galerie de personnages opportunistes, dont le protagoniste principal superbement interprété par Swan Arlaud, looser attentiste et souvent pathétique. On est loin des excès de débauche du film de Xavier Giannoli « Les rayons et les ombres »…
sameplayerparis
sameplayerparis

50 abonnés 177 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 septembre 2026
Une curieuse et intéressante œuvre cinématographique. Le malaise est permanent et assumé. On est loin du didactisme de presque tous les films qui se déroulent sous l’Occupation. On pense beaucoup à « La zone d’intérêt ». J’ai trouvé cela intéressant, je n’ai pas vraiment été captivé mais je suis content de l’avoir vu.
Yann B
Yann B

48 abonnés 78 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 septembre 2026
Film qui offre un nouveau regard sur la Grande Guerre. À travers le quotidien d'un fonctionnaire très ordinaire, le réalisateur a le talent d'exposer différents comportements humains face à un système qui les dépasse. Un film à voir, d'autant plus qu'il s'inscrit dans la continuité de celui sur « De Gaulle ».
Chatcaliban
Chatcaliban

47 abonnés 133 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 juillet 2026
Très interesant film qui aborde un sujet compliqué comme l’est la collaboration dans la haute fonction publique. C’est la forme du film qui permet une une lecture différente comme revisitée. Notre Henri est un raté qui rêve d’ascension et de reconnaissance partant d’un essai qu’il a rédigé durant l’effondrement de la France en 40. La chute existe dès avant la fin puisqu’il représente lidiot utile.
The CritizMan
The CritizMan

68 abonnés 346 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 23 mai 2026
Film vu dans la cadre de CANNES À PARIS au Pathé Palace.

NOTRE SALUT d’Emmanuelle Marre avait pourtant un vrai potentiel sur le papier. Le sujet est intéressant, parfois même pertinent, mais tout est plombé par une exécution catastrophique.

La mise en scène est d’une platitude affligeante, sans souffle, sans tension, sans véritable proposition de cinéma. Le montage donne sincèrement l’impression d’un projet d’école bricolé par un étudiant de première année de BTS audiovisuel : rythme cassé, scènes interminables, absence totale de dynamique.

Et que dire de la durée… 2h35 de vide quasi permanent. Le film devient rapidement soporifique, au point de regarder sa montre toutes les dix minutes. Le pire reste probablement la direction d’acteurs : tout le monde semble anesthésié, comme si chaque personnage jouait sous Xanax.

C’est frustrant, parce qu’il y avait matière à faire quelque chose de fort. Mais au final, NOTRE SALUT ressemble surtout à une immense démonstration d’ennui.
Guillaume LR
Guillaume LR

46 abonnés 167 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 21 mai 2026
Vu au festival de Cannes 2026.
Je vais être assez dur avec Notre salut, malgré l'engouement qu'il a pu recevoir auprès des critiques ou des spectateurs sur place à Cannes. On pourra mettre ça sur le compte de la fatigue...
La première grosse moitié du film se déroule exclusivement en dialogues entre hommes hauts focntionnaires qui s'adaptent au régime de Vichy. Des dialogues filmés caméra à l'épaule dans un rendu pellicule reportage du plus mauvais effet. Le blabla ne cesse jamais, les silences susceptibles d'être à l'image étant comblé avec la lecture de correspondances... J'ai immédiatement décroché.
À partir de la moitié pourtant, la mise en scène reprend un peu de corps, en laissant un peu de temps aux silences. Swann Arlaud tient tout le film à bout de bras, mais personnellement je passe mon tour.
takeshi29
takeshi29

38 abonnés 165 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 juillet 2026
Emmanuel en a Marre du cinéma qui te dit quoi penser... et du management...

Les différents courts et le premier long d'Emmanuel Marre, "Rien à foutre", nous avaient assurés d'une chose : le garçon était très intelligent et savait mettre à profit cette intelligence dans son métier de cinéaste. Et je crois que c'est ce qui m'a frappé en premier lieu dans "Notre salut" : la confiance faite au spectateur, dans sa faculté à adhérer à des procédés de mise en scène inhabituels, à comprendre le bien fondé des anachronismes ou encore à percevoir les "petits messages" cachés ça ou là, comme quand apparait "L'Éternel retour" de Jean Delannoy. Car Marre fait un film de guerre sans guerre, ne fait rien clignoter mais indique pourtant dès le départ par un style found footage que son film n'est pas un film historique au sens où il serait rangé comme une encyclopédie dans une étagère. En effet ces fonctionnaires gris existent quelle que soit l'époque, les moutons et les opportunistes ne sont pas des personnages de musée, les bureaux ont bien moins changé que les champs de bataille, c'est donc comme si par des moments de cinéma réellement jamais vus il appelait à la vigilance sans vous dire quoi penser mais plutôt vous proposer de penser.

Une fois de plus le jury cannois a montré son aveuglement en récompensant le scénario, alors que c'est justement un pur film de mise en scène, donc un film qui devient exceptionnel parce que sa forme transcende son fond. Et aussi un grand film d'acteurs, et là ne pas voir que Swann Arlaud est un génie du jeu et de la compréhension d'un rôle tient de l'aveuglement.

Pour finir je tiens à souligner que si je hurle en permanence sur les producteurs qui ne font pas leur boulot en laissant inutilement des films dépasser allègrement la durée nécessaire, ici rien n'est inutile dans ces 2h35, le rythme est fou et les scènes indispensables se succèdent. Avec certaines, essentiellement musicales, aussi efficaces qu'incongrues, comme ce montage d'archives rythmé par le "Live Is Life" d'Opus absolument renversant. A ce sujet, puisque je parlais de l'intelligence d'Emmanuel Marre je le soupçonne de parfaitement savoir que ce titre culte et très représentatif d'un certain kitsch 80's a certes été simultanément interprété par Opus et Stargo, mais aussi et peut-être surtout repris quelques années plus tard par Laibach, groupe à la réputation sulfureuse.

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