Notre salut
Note moyenne
3,7
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106 critiques spectateurs

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sameplayerparis
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50 abonnés 178 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 septembre 2026
Une curieuse et intéressante œuvre cinématographique. Le malaise est permanent et assumé. On est loin du didactisme de presque tous les films qui se déroulent sous l’Occupation. On pense beaucoup à « La zone d’intérêt ». J’ai trouvé cela intéressant, je n’ai pas vraiment été captivé mais je suis content de l’avoir vu.
Yann B
Yann B

48 abonnés 78 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 septembre 2026
Film qui offre un nouveau regard sur la Grande Guerre. À travers le quotidien d'un fonctionnaire très ordinaire, le réalisateur a le talent d'exposer différents comportements humains face à un système qui les dépasse. Un film à voir, d'autant plus qu'il s'inscrit dans la continuité de celui sur « De Gaulle ».
Christophe Legrand
Christophe Legrand

4 abonnés 36 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 30 septembre 2026
Notre Salut laisse une impression assez mitigée : Arlaud est ennuyeux et lassant à regarder, avec un jeu qui manque de justesse. Surtout, le film souffre de la comparaison avec les films de Louis Malle, dont le traitement de cette question de la collaboration demeure, à mes yeux, inégalable. Là où Malle trouvait une force et une finesse singulières, Notre Salut paraît plus appuyé, ideologisé et beaucoup moins marquant. Beaucoup de plans sont ratés et laids. Là où Malle est grand, Marre est consternant.
étienne L
étienne L

4 abonnés 28 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 septembre 2026
film intéressant sur le travail en période de collaboration, j'ai beaucoup aimé Swann Arlaud, très grand rôle mérité pour lui. Mais la musique d'Alphaville, on aurait pu trouver mieux
Bart Sampson

422 abonnés 873 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 septembre 2026
Un film essentiel et qui montre la collaboration comme jamais. L'idée géniale du film c'est de mêler un propos historique avec une bande son moderne ( années 80) afin de montrer que ce qui est arrivé nous tourne encore autour.

Swann Arlaud est formidable et mériterait bien un césar de meilleur acteur.

J'ai parfois eu du mal avec une image un peu moche et pauvre mais je crois que ce film est un tout et ne veut pas être désirable.

Mission accomplie. On en sort transformé
Omg151
Omg151

84 abonnés 77 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 30 septembre 2026
Le comble de la modernité et de la radicalité serait donc d'utiliser des tubes pop des années 80 sur un film d'époque, de filmer les acteurs avec une torche en pleine face, de leur demander d'improviser des scènes interminables et d'ânonner des dialogues contemporains. Tout ça pour faire moderne et nous parler du présent.
Ce film est une blague, le réalisateur prétend avoir voulu faire The office sous l'occupation, mais chaque génial épisode de la série faisait moins de 40 minutes et pas 2H35. A force de maniérisme et d'artifices de mise en scène, le film passe à côté de son sujet passionnant et c'est bien triste pour le très bon Swann Arlaud, qui est le seul à briller (avec son épouse) parmi un casting hétéroclite et pas toujours juste.
Le film convaincra les cinéphiles hardcore qui cherchent des expériences "nouvelles" et laissera hélas de côté une grande partie du public...
Agathe
Agathe

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0,5
Publiée le 30 septembre 2026
Quelle déception ! Malgré la présence d’Emmanuel Marre et de Swann Arlaud à l'avant‑première, l’ennui s’est installé dès les premières minutes de projection. Au bout d’une heure, j’ai quitté la salle, ce qui ne m’arrive jamais ! La mise en scène, pourtant avant‑gardiste, ne parvient pas à captiver son public.
Gilles Cayzac
Gilles Cayzac

1 critique Suivre son activité

1,0
Publiée le 30 septembre 2026
Long bavard ennuyeux.
Idée du scénario est intéressante mais malheureusement gâchée par la mise en scene.
Cadreum
Cadreum

79 abonnés 831 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 septembre 2026
Septembre 1940. Henri Marre, quarante-neuf ans, ingénieur criblé de dettes, un petit casier judiciaire derrière lui, débarque à Vichy. Dans sa valise, des exemplaires de son traité, Notre salut, plaidoyer pour le redressement national par l'efficacité, édité à compte d'auteur chez Fernand Sorlot, l'éditeur français de Mein Kampf. Il vient chercher une place ; il la trouvera à Limoges, dans un bureau de lutte contre le chômage, puis, d'une circulaire à l'autre, dans la logistique des rafles. Sa famille n'a jamais caché qu'il avait servi Vichy. Elle lui pardonnait son pétainisme, beaucoup moins sa carrière ratée, et le traité a dormi des décennies dans la bibliothèque, les pages rarement regardées. Il aura fallu trois générations pour que quelqu'un s'y intéresse. Son arrière-petit-fils, Emmanuel Marre, a lu les lettres qu'Henri échangeait avec sa femme Paulette, restée loin de lui avec les enfants, et en a fait la voix off d'un film qui porte le titre du traité. Notre salut suit Henri à hauteur de ses journées, scandé par cette correspondance. Le patronyme n'y est prononcé qu'une fois ; ensuite il ne reste qu'Henri, prénom de n'importe qui.

Ce n'importe qui est tout l'intérêt. Marre veut filmer ceux de l'arrière-plan plutôt que le grand personnage au centre des photographies historiques, entrer dans la collaboration par ses microdécisions, classer, rationaliser, orienter, tout en suscitant de l'empathie sans céder à la sympathie. Le film l'annonce lui-même dès l'une des premières soirées, quand quelqu'un lit dans la main d'Henri qu'il ne lui arrivera jamais rien d'exceptionnel. Ni drame ni rédemption, donc, un homme que l'Histoire a à peine remarqué. Mais filmer le crime depuis le bureau où il se rédige, c'est aussi choisir l'échelle à laquelle la faute se répartit, entre des signataires, des circulaires, un vocabulaire, et une salle de cinéma invitée à reconnaître dans les réunions de 1941 quelque chose de ses propres lundis matin.

Le film s'ouvre sur une soirée à Vichy où Henri, assis dans un coin du cadre, cherche à qui placer son livre. La lumière vient d'une torche fixée sur la caméra frappant les visages de plein fouet et laisse le décor dans le noir. Dans un film d'époque, la source lumineuse appartient d'ordinaire au monde reconstitué. Ici seul existe ce que la caméra regarde. Le salon devient une scène de flagrant délit, à l'opposé exact de la reconstitution muséale. Le cinéaste dit avoir compris après coup que ses personnages ressemblaient à des lapins pris dans les phares de l'Histoire. Avant même de savoir sur qui retombera la faute, on sait d'où elle sera jugée : du présent, qui tient la lampe et décide de ce qu'il éclaire.

Ce que cette lampe éclaire d'abord, pendant les semaines vichyssoises, c'est un homme pour qui l'idéologie sert surtout d'outil. Dans les thermes réquisitionnés, on négocie des routes commerciales en pleine vapeur, et Henri fait antichambre. La seule fois où il emprunte le lexique de la haine, pestant contre les socialistes et les francs-maçons, c'est devant le ministre des Finances, pour faire oublier ses démêlés judiciaires. Dans une salle d'attente, face à un pétainiste qui rêve d'épurer l'État de ses éléments nuisibles, il passe même pour un modéré, puisqu'il ne réclame qu'autorité et efficacité. Marre dit avoir ajouté cette scène en cours de tournage pour montrer qu'Henri n'était pas animé par la haine.
Ce modéré décroche enfin un poste à Limoges, où le Commissariat s'installe dans la Maison du Peuple, dont on vient de chasser le syndicat. Henri y recouvre maladroitement un mur aux couleurs de la CGT avec des affiches de propagande, et la Révolution nationale commence par un coup de papier peint. Le recrutement d'une secrétaire donne ensuite un plan fabuleux. Les candidates font la queue dans l'escalier ; la caméra, au pied des marches, ne montre que leurs jambes, pendant qu'Henri remonte la file jusqu'à son bureau. Vu du Commissariat, l'administré n'est plus qu'une file sans visage qui attend d'être choisie. Henri, lui, s'élève à travers ces corps que le cadre décapite, et la lenteur de sa montée dit assez le plaisir qu'il prend à la donner en spectacle. Puis cet apôtre de l'efficacité embauche la plus désinvolte des candidates, celle qui s'autorise tout ce qu'il n'ose pas. Derrière sa doctrine se cachait le désir d'un petit homme de transgresser par procuration.

Ce petit homme se raconte pourtant en grand. Tant que sa femme, Paulette, reste à Paris, le récit avance au rythme de leurs lettres, lues en voix off. Lui y décrit une ascension ; elle, entre tendresse et reproches, y voit de plus en plus clair. Le film se sert de cette correspondance pour juger Henri. Quand il écrit à Paulette de se serrer la ceinture, on le retrouve peu après chez le tailleur, en train de faire ajuster un costume élégant. Les lettres que la famille a pieusement gardées se retrouvent ainsi contredites par le film qui en est tiré. On dit souvent qu'Henri porte un costume trop grand pour lui ; le tailleur prouve le contraire, puisque le costume est fait à ses mesures. Le régime taille sur mesure pour les petits hommes, et c'est pour cela qu'ils s'y sentent si bien.

Au bureau, pourtant, la faute déborde l'homme. Dans les réunions de service, au cœur du film, on prône l'évaluation humiliante des agents pour améliorer leur rendement, on épluche des procédures d'achat et des courbes de chômage. On y décide aussi qu'après deux offres d'emploi refusées, le chômeur sera tenu d'accepter la troisième. Les tics de langage de 2026 affleurent dans ces bouches de 1941, parce que des acteurs d'aujourd'hui, placés dans des fonctions d'hier, les parlent spontanément avec les mots d'aujourd'hui. La caméra adopte la grammaire du faux documentaire de bureau, zooms brusques qui fondent sur un visage pour y cueillir une réaction. Dans la série The Office par exemple, le zoom finit par trouver un employé lucide qui, d'un regard à l'objectif, se désolidarise du chef et fait du spectateur son complice. Ici, personne ne rend son regard à la caméra. Notre rire, privé de relais dans l'image, reste seul, donc suspect, puisqu'on rit comme rient les fonctionnaires, sans témoin pour garantir qu'on rit contre eux. La salle perd la place confortable que la vieille plaisanterie française réserve à chacun.

La visite du Maréchal à Limoges va plus loin encore et atteint le corps du spectateur, dans la séquence la plus audacieuse du film. D'abord une répétition, où l'on apprend aux agents à crier "Vive le Maréchal !" ; certains s'étranglent de honte, d'autres s'exécutent sans état d'âme. Puis le passage du cortège, en actualités d'époque, foules en liesse, calées sur "Live Is Life" d'Opus. Mis bout à bout, les deux moments ôtent à l'archive son innocence, car cette liesse a été répétée dans des bureaux comme celui d'Henri. L'enthousiasme se fabrique, et des fonctionnaires sont payés pour ça. La chanson, un hymne de stade qu'on scande en tapant des mains, embarque alors la salle. On bat la mesure pendant que la foule acclame Pétain, et le malaise arrive par le corps avant d'arriver par la morale. Henri, lui, n'en tire aucune gloire. Sa grande journée se confond avec une archive où il ne peut pas figurer, et le soir, écarté du dîner officiel, il rejoint les secrétaires. Le régime consomme le zèle et oublie le zélé.

La bascule a lieu dans le bureau, sans que le régime d'image bouge. Les autorités réclament au Commissariat de l'essence et des véhicules ; on rédige un télégramme dans l'urgence, on hésite sur le mot "ramassage". La scène est tournée comme les autres, caméra portée, zooms, conversation prise en cours. Le spectateur entend d'abord "essence", "voitures", et range l'affaire parmi les tracas logistiques dont le film est plein ; la conversation lui en révèle l'objet avec retard. Ce retard est l'expérience morale du film. Quelques minutes durant, nous avons traité le dossier comme Henri, et la question que posera l'épuration, à partir de quand avez-vous su, nous est retournée. La Zone d'intérêt tenait l'horreur derrière un mur et dans le son ; Marre la loge dans le cadre et dans le vocabulaire, à portée de stylo.

Écarté du dîner du Maréchal, vient finalement la consécration : Henri obtient enfin sa place à la table du préfet. La famille l'a rejoint à Limoges, le salaire est là, l'appartement aussi, et il a offert une robe à Paulette pour l'occasion. À la fin du repas, une piste de danse s'improvise dans la salle à manger, sur "Popcorn", la ritournelle de synthétiseur de Hot Butter — la même danser sur le tapis rouge à Cannes. Henri s'y retrouve au bord du cadre, comme sur la photo de groupe où son corps malingre reste coincé derrière les dignitaires. Le film lui accorde deux heures et demie de présence mais lui refuse le centre de toute image collective. Il le traite comme le régime le traite, en l'employant sans le regarder. Après cette soirée, une conversation fait d'ailleurs comprendre à Paulette jusqu'où son mari s'est enfoncé. Reste que cette punition a un parfum familier. Dans la famille, on déplorait la carrière ratée de l'aïeul plus que son pétainisme. La faute d'avoir servi se confond alors avec la honte d'avoir été médiocre.

Ce jugement par la médiocrité n'est pas la seule indulgence du film. Peu avant le dernier acte, Henri se voit offrir l'occasion de dénoncer son ancien supérieur. Malgré leurs désaccords, il semble refuser, au motif que l'homme serait tout de même un patriote. Son interlocuteur éclate de rire, "Tu déconnes ?", puis le film coupe et nous emmène à Paris, sans qu'on sache ce qu'Henri a finalement fait. Le procédé n'est pas nouveau. Déjà à Vichy, dans la salle d'attente, Henri paraissait modéré face à un pétainiste qui voulait épurer l'État. Le film lui accorde ainsi de petits moments de décence, toujours à côté de quelqu'un de pire, puis coupe avant les conséquences. Le doute qu'il entretient penche donc toujours du même côté, celui de la défense qu'ont plaidée les fonctionnaires de Vichy devant leurs juges, "il y avait pire, je suis resté pour éviter le pire". Marre reconnaît d'ailleurs que le vrai Henri était plus franchement pétainiste que celui du film. L'antisémitisme explicite est laissé aux autres personnages, et il ne reste à Henri que le management.

La fin, elle, ne ménage plus personne. Henri, les yeux écarquillés, longe un train bondé de sympathisants nazis qui fuient devant l'avancée des Alliés, en espérant fébrilement y trouver une place. Le fonctionnaire qui a couru toute sa vie après un poste court maintenant après un wagon, et le film ne lui accordera ni procès ni pardon. Suivent une dernière scène avec un enfant et un carton qui rappelle que tout cela vient de lettres réelles. D'un coup, la fiction rend son poids à l'archive. Une fin dans les années cinquante était prévue ; Marre se félicite de l'avoir abandonnée, et il a raison. Montrer l'après-guerre aurait offert au spectateur le confort d'une clôture, une épuration, un oubli, un chapitre refermé. En s'arrêtant là, le film refuse de classer le dossier. Il n'a pas besoin de filmer les décennies qui séparent Henri de nous, puisqu'il les a déjà franchies dans chaque réunion de bureau, dans chaque mot d'aujourd'hui glissé dans une bouche de 1941, dans chaque tube qui nous a fait battre la mesure. Le pont entre Vichy et le présent, c'est le film entier.

La réponse du film est sidérante d'intelligence. La responsabilité se loge dans chaque petit consentement, et Marre les filme un par un : un mur repeint, une nuance de propos, un vocabulaire pesé dans un télégramme, un pied qui bat la mesure. C'est ainsi qu'on glisse vers l'extrême, sans haine ni uniforme, par fatigue et par envie d'être enfin sur la photo. Le film ne laisse aucune de ces raisons servir d'excuse, ni à Henri ni à nous, parce qu'il parle au présent. Ses bureaux ressemblent aux nôtres, sa langue est la nôtre, et le régime qu'il décrit n'a pas eu besoin de fanatiques pour fonctionner, seulement de gens compétents qui voulaient bien faire leur travail. Une époque qui croit reconnaître le danger à ses cris et à ses slogans y apprend qu'il arrive plutôt par les circulaires, les tableaux d'efficacité et les réunions du lundi. La torche fixée sur la caméra ne laisse à l'ancêtre aucune ombre où se cacher, et elle nous refuse la nôtre. En quatre-vingts ans, le "nous" du titre a changé de sens. Celui d'Henri excluait les étrangers, les syndicalistes et les Juifs ; celui du film inclut toute la salle, et le seul salut qu'il lui laisse, se savoir capable d'Henri, n'a jamais empêché personne de le devenir.
Denis Moussay21
Denis Moussay21

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 septembre 2026
Ce film est admirable sur la façon de nous montrer un homme ordinaire, pendant la guerre et son choix pour Petain...
Yves G.

1 879 abonnés 4 117 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 septembre 2026
Quand la défaite de la France porte au pouvoir le maréchal Pétain en juin 1940, Henri Marre (Swann Arlaud), ingénier raté qui accumulait jusqu'alors les échecs professionnels y voit l'occasion inespérée d'un retour en grâce. Les valeurs prônées par Vichy sont les mêmes que celles dont il s'était fait l'avocat dans son livre, au tirage confidentiel, intitulé "Notre salut". Aussi Henri Marre fait-il le siège des bureaux à Vichy pour y obtenir un poste. Son entêtement paie. Ce maréchaliste convaincu se voit nommé directeur régional du Commissariat à la lutte contre le chômage à Limoges. La tâche s'avère immense. Elle est vite compliquée par les ingérences allemandes qui réquisitionnent la main-d'œuvre française, traquent les étrangers et les israélites, avant d'envahir en novembre 1942 la zone libre.

Les sélectionneurs cannois ont eu le nez creux en retenant ce film d'un réalisateur français quasiment inconnu, qui n'avait co-réalisé jusqu'alors qu'un seul film, certes honorable, avec Adèle Exarchopoulos, sur le mal-être d'une hôtesse de l'air d'une compagnie low cost, "Rien à foutre".

Avec une étonnante maîtrise et un sacré culot, ce réalisateur quadragénaire signe une œuvre qui révolutionne, rien moins, la façon de filmer la Seconde Guerre mondial et la Collaboration. Acclamé par la critique cannoise, il a raté de peu la Palme et a étrangement obtenu, en lot de consolation, le Prix du scénario - alors que son scénario n'est pas sa qualité première.

Pourtant le sujet est rebattu (comme dirait Rebatet !). On ne compte plus les films sur la Seconde Guerre mondiale ni ceux sur la Collaboration. D'ailleurs "Les Rayons et les Ombres" sorti en mars dernier suscitait une belle polémique (entre ceux qui l'accusaient d'excuser la collaboration et ceux qui y voyaient une peinture nuancée des ambiguïtés humaines) et emportait un franc succès au box office avec près d'un million d'entrées. Sans parler du diptyque "La Bataille De Gaulle" et dans quatre semaines de "Moulin".

Mais tous les films historiques souffrent d'un même défaut : ils sont engoncés dans la naphtaline. Naphtaline de dialogues léchés où brille le mot juste, le trait marquant. Naphtaline des décors écrasants et des reconstitutions impressionnantes. Naphtaline des grands événements.

Notre salut fait au contraire le pari réussi de la modernité et de la banalité. Henri Marre est un fonctionnaire banal, un de ceux décrit par Pierre-Olivier Baruch dans son livre séminal "Servir l'Etat français". Ce n'est pas un collaborationniste enragé. Au contraire, c'est un patriote qui espère que la France se redressera. Il est pris dans une logique qui le conduit à prêter main forte, contre sa volonté, à la déportation.

Pour souligner cette modernité, Notre salut a recours à deux artifices. L'éclairage, documentaire, surexposé, et la musique éhontément anachronique des 70ies et des 80ies (Alphaville, Opus, Hot Butter...). On peut en être choqué. Notre salut est un film mal-aimable dans lequel on ne pénètre pas facilement. La première demi-heure pourrait en rebuter plus d'un. Mais le film a l'intelligence de durer deux heures trente. Une durée qui nous laisse le temps de pénétrer dans la quotidienneté d'Henri Marre, dans la banalité de son travail, dans l'ambiance étouffante de son couple d'une étonnante modernité.

Une scène m'a particulièrement convaincu : le dîner à la préfecture de Limoges. On imagine - et on filme - ces scènes-là comme des moments protocolaires et guindés où les convives dégustent du bout de leur fourchette des mets fins en échangeant des traits d'esprit ou des flèches empoisonnées. La réalité est beaucoup plus triviale et le film en porte témoignage. Dans ces dîners, en vérité, on retrouve parfois des amis perdus de vue. On laisse la conversation dériver. Un invité monopolise la parole, enfile des perles ou raconte au contraire des anecdotes passionnantes. C'est la vie....
velocio

1 557 abonnés 3 541 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 30 septembre 2026
L’année 2026 ne porte pas chance aux films sur la collaboration : 6 mois après "Les Rayons et les Ombres", le gros pudding très ennuyeux de Xavier Giannoli, voici qu’arrive "Notre salut", le deuxième long métrage réalisé par Emmanuel Marre, plus intéressant mais, malheureusement, bourré de défauts. Tout d’abord Notre salut est long, très long, trop long ! 159 minutes, pour être précis. Avec souvent, très souvent, trop souvent, une voix off insupportable, avec des mouvements de caméra insupportables. spoiler: En fait, Emmanuel Marre a choisi de tourner son film à la façon d’une équipe de reportage de la télévision chargée de couvrir un sujet d’actualité. Est ce choix qui fait qu’on a l’impression que les interprètes sont totalement livrés à eux-mêmes ?
Toujours est-il que, concernant le jeu des interprètes, on est loin d’être dans l’excellence. Figurez vous que c’est au point que Swann Arlaud, l’interprète de Henri Marre, une de nos « Rolls » nationale en matière d’interprétation, est, dans ce film, moins bon, beaucoup moins bon que d’habitude ! Autre choix très contestable : Emmanuel Marre a certainement cru génial, parait il dans un souci de distanciation par rapport à l’histoire racontée, de plaquer à 3 reprises des musiques pop synthétiques, funk et électro des années 1970 et 1980 sur des évènements se déroulant dans les années 40. Désolé, mais, franchement, cela ne fonctionne absolument pas ! Cela fait déjà pas mal de défauts. Toutefois, le plus grave est ailleurs : spoiler: il n’est pas interdit de trouver que, dans ce film, la façon dont les collabos sont montrés n’est pas toujours très négative
!". Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
Lucie D
Lucie D

48 abonnés 19 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 29 septembre 2026
Un film opaque malgré une mise en scène intéressante qui tranche avec le propos du film. Le film est trop long, très bavard : tout se passe du point de vue d’Henri Marre, aïeul du réalisateur. Le film manque de consistance dramaturgique malgré l’Histoire qui s’y dessine.
CREOTIVEMEDIA
CREOTIVEMEDIA

127 abonnés 424 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 septembre 2026
Swann Arlaud trouve l’un de ces personnages dont la médiocrité apparente devient progressivement vertigineuse. Emmanuel Marre signe un film historique exigeant qui refuse le confort des monstres facilement identifiables pour regarder les ambitions, les renoncements et les petits accommodements permettant à un système de fonctionner. Notre salut raconte finalement moins comment un homme choisit soudainement le mauvais camp que la manière dont il peut s’y installer progressivement tout en continuant à se raconter qu’il agit pour de bonnes raisons. Une œuvre dense et inconfortable sur la responsabilité individuelle face à l’Histoire.
oloc
oloc

9 abonnés 81 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 29 septembre 2026
Notre salut d’Emmanuel Marre est un drame historique et pour dire biographique puisque les protagonistes sont ses propres grands-parents, que j'ai pu découvrir en avant-première.

Après la débâcle de 1940, le régime de Pétain s'installe dans les hôtels de Vichy. Henri Marre (Swann Arlaud), ingénieur des méthodes y voit l'occasion pour le pays de se repenser et de se réorganiser pour gagner en efficacité. Une opportunité pour la France et pour lui-même. Eloigné de sa femme (Sandrine Blancke) et ses enfants, il tente de porter sa vision en distribuant son livre édité en compte d'auteur : Notre Salut.

Cette personne est présentée comme un anti-héros, pétainiste et couard. Rouage de la mécanique, ce rêveur dans un souci d'efficacité et d'engagement, actionne, pas après pas, les ressorts de la collaboration. Et pourtant, par ses maladresses (pas toutes), sa naïveté et sa conviction, il reste attachant. Cette ambivalence perturbe : on aimerait le détester mais on n'y arrive pas. Sans aucun doute grâce au jeu du magnifique Swann Arlaud. De même que le jeu de Sandrine Blancke en femme fragile et forte à la fois, décidée et pragmatique, est toute en délicatesse et nous offre une belle résonnance entre eux-deux.

Ce film perturbe aussi par son traitement, sa réalisation. C'est un format 4/3 et c'est beaucoup filmé caméra à l'épaule comme pour un documentaire. Certaines scènes suivant dans tous ses mouvements Henri créent un malaise car elles font parfois penser à "C'est arrivé près de chez vous" (Rémy Belvaux, 1992) en particulier les scènes nocturnes avec une lumière spot cobra. La caméra suit ce que d'aucun appelle un salaud.

La musique telle que celle de la bande annonce, Sounds like a Melody d'Alphaville (1981) participe aussi à cette étrange ambiance. Elle n'est ni de 40, ni d'aujourd'hui mais dans un entre-deux. Une musique actuelle aurait pu souligner qu'une telle situation pourrait réapparaitre à notre époque, mais le choix d'un modulo 40 ans nous rappelle que c'est l'avenir, c'est le passé, c'est cyclique, que ça peut toujours revenir.

Notre salut, ce bras tendu vers la collaboration est un film audacieux qui fait réfléchir.
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