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Chatcaliban
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4,0
Publiée le 30 juillet 2026
Très interesant film qui aborde un sujet compliqué comme l’est la collaboration dans la haute fonction publique. C’est la forme du film qui permet une une lecture différente comme revisitée. Notre Henri est un raté qui rêve d’ascension et de reconnaissance partant d’un essai qu’il a rédigé durant l’effondrement de la France en 40. La chute existe dès avant la fin puisqu’il représente lidiot utile.
Vu en avant première cet été. Rarement ressenti un tel choc. Un film unique par son thème (prix du scénario à Cannes 2026) mais surtout par sa mise en scène qui le rend intemporel. Un jeu d'acteurs filmé comme un reportage, dépourvu d'empathie comme d'antipathie. Des plans coupés et pas de visages réellement expressifs. Glacial également dans ses dialogues qui sont toujours d'actualité. Même la bande son est un clin d'œil à l'histoire. A l'aube de la prochaine élection présidentielle, peut-être un signe de réflexions pour le spectateur ?
Le portrait d'un homme complexe à la fois cohérent et ambivalent, porté par un Swann Arlaud charismatique et subtil, superbement filmé. Une approche de la collaboration inédite, et une réalisation inspirée, originale qui infiltre notamment dans l'univers des années 40 , des anachronismes réussis. Ces derniers et la modernité du ton participent à rappeler que l'extrême droite constitue, toujours et toujours, une menace terrible et que sa banalisation est dangereuse. Le réalisateur prend le temps, sans concéssion, mais peut-être un peu trop. Je ne mets pas plus car j'ai trouvé quelques longueurs, qui m'ont fait sortir du film, notamment pendant les lectures des correspondances par les voix off. Même si on comprend, après coup, leur importance dans la construction du film.
LE POSITIF : C’est pas commun comme sujet. Intéressant d’être plongé dans les sphères du pouvoir de Vichy, en « zone libre », pendant la seconde guerre mondiale. On s’intéresse plutôt aux « petits fonctionnaires », majoritairement dans les 3eme et 4eme cercle autour du Maréchal… pas tous « convaincus », mais qui doivent gagner leur vie. C’est d’ailleurs un des principaux ressorts du personnage principal : gagner sa vie. Il a un potentiel de leader, il est ambitieux à ce niveau-là, mais ça n’évolue pas facilement. Il est aussi là par convictions ; elles sont fortes chez ce personnage.
L’interprétation de Swann Arlaud est remarquable. Il n’a pas dû être loin du prix d’interprétation masculine à Cannes. Les images que le réalisateur fait de l’acteur sont elles aussi remarquables. Swann prend bien la lumière et le réalisateur en a utilisé de nombreuses qui exploitent parfaitement cette qualité de l’acteur.
C’est bien realisé, avec notamment une belle variété de plans, de lumières, de grains. Ca aide à rendre la durée supportable.
Les quelques scènes avec la musique décalée, des années 80, sont très réussies ; pas si anachroniques et apportant une légèreté bienvenue. C’est dommage qu’il n’y en ait pas plus et que ça ne tire pas plus vers la comédie musicale.
LE NÉGATIF : C’est lent (et peut être nécessaire pour donner tant d’épaisseur au personnage principal) et c’est long. Pas énormément dans l’absolu, mais vu le rythme lent, l’absence de surprises scénaristiques, l’absence d’action (au sens large), ça m’a paru long et un peu pénible, surtout dans la première moitié.
On ne s’attache guère au personnage principal. Alors certes, ses accointances politiques n’aident pas, mais sur sa vie familiale aussi, ce personnage n’est guère sympathique.
Découvert en avant-première au Festival de Cannes, et c’est un des chocs de mon année. La mise en scène quasi documentaire, caméra à l’épaule, donne l’impression que tout se passe en direct : les années 40 filmées sans patine, comme si c’était aujourd’hui. Swann Arlaud est immense de sobriété, un homme ordinaire qu’on suit pas à pas, et c’est ça qui glace. Le film ne juge jamais, n’excuse rien, et les audaces fonctionnent étonnamment bien.
Emmanuel en a Marre du cinéma qui te dit quoi penser... et du management...
Les différents courts et le premier long d'Emmanuel Marre, "Rien à foutre", nous avaient assurés d'une chose : le garçon était très intelligent et savait mettre à profit cette intelligence dans son métier de cinéaste. Et je crois que c'est ce qui m'a frappé en premier lieu dans "Notre salut" : la confiance faite au spectateur, dans sa faculté à adhérer à des procédés de mise en scène inhabituels, à comprendre le bien fondé des anachronismes ou encore à percevoir les "petits messages" cachés ça ou là, comme quand apparait "L'Éternel retour" de Jean Delannoy. Car Marre fait un film de guerre sans guerre, ne fait rien clignoter mais indique pourtant dès le départ par un style found footage que son film n'est pas un film historique au sens où il serait rangé comme une encyclopédie dans une étagère. En effet ces fonctionnaires gris existent quelle que soit l'époque, les moutons et les opportunistes ne sont pas des personnages de musée, les bureaux ont bien moins changé que les champs de bataille, c'est donc comme si par des moments de cinéma réellement jamais vus il appelait à la vigilance sans vous dire quoi penser mais plutôt vous proposer de penser.
Une fois de plus le jury cannois a montré son aveuglement en récompensant le scénario, alors que c'est justement un pur film de mise en scène, donc un film qui devient exceptionnel parce que sa forme transcende son fond. Et aussi un grand film d'acteurs, et là ne pas voir que Swann Arlaud est un génie du jeu et de la compréhension d'un rôle tient de l'aveuglement.
Pour finir je tiens à souligner que si je hurle en permanence sur les producteurs qui ne font pas leur boulot en laissant inutilement des films dépasser allègrement la durée nécessaire, ici rien n'est inutile dans ces 2h35, le rythme est fou et les scènes indispensables se succèdent. Avec certaines, essentiellement musicales, aussi efficaces qu'incongrues, comme ce montage d'archives rythmé par le "Live Is Life" d'Opus absolument renversant. A ce sujet, puisque je parlais de l'intelligence d'Emmanuel Marre je le soupçonne de parfaitement savoir que ce titre culte et très représentatif d'un certain kitsch 80's a certes été simultanément interprété par Opus et Stargo, mais aussi et peut-être surtout repris quelques années plus tard par Laibach, groupe à la réputation sulfureuse.
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Vu en avant-première ce matin au Grand Action. Que ceux qui n'ont pas aimé le précédent film d'Emmanuel Marre ne fuient pas. Derrière cette histoire dramatique familiale se niche une fantaisie parfois anachronique (et pas que sur les choix musicaux) et brillante sur les choix personnels, les rouages des decisions. On peu presque penser au Lantimos de La favorite, sauf qu'on est ici en plein dans l'amateurisme crasse et nauséabond de Vichy. Les acteurs sont excellents, de Swann Arlaud au frère du réalisateur (par ailleurs avocat dans la vie). Le prix du scénario, mais pas que...
Vu au festival de la rochelle FEMA, en présence du réalisateur Emmanuel Marre. Un film sur le plan formel expérimental, qui nous plonge au sein de la collaboration tel un documentaire.
Dans son deuxième long-métrage, le réalisateur s’est inspiré de l’histoire de son grand-père haut fonctionnaire durant le régime de Vichy. Le portrait qu’il en fait, porté de manière magistrale par Swann ARLAUD, est très convaincant. On découvre également dans ce film le fonctionnement de ce régime pétainiste au début des années 40 et c’est très intelligemment rendu à l’écran.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 17/06/2026 au Centre Wallonie à PARIS)
J’aurais dû me fier à mon intuition dès la scène d’introduction. Entre la caméra à l’épaule (façon iPhone) et les plans hyper serrés, le film tente le pari d'un mockumentary de 2h30 à la The Office, mais en version totalement édulcorée. Ce dispositif visuel bancal se répercute d'ailleurs sur le casting : on se retrouve face à des acteurs qui semblent totalement perdus, livrés à eux-mêmes et improvisant sans aucune direction de jeu.
Le tableau ainsi peint, d'un minimalisme extrême (on est quasi sans décors ni costumes), s'avère également sans aucun enjeu narratif. Pour dire les choses clairement, on se fout complètement de l’itinéraire de ce personnage médiocre. Et ce ne sont certainement pas les scènes musicales anachroniques et absurdes qui aident à faire passer le temps.
J’aurais définitivement dû me barrer dès les premières minutes.
Marre n'a pas le talent de mise en scène d'un Giannoli mais son scénario fictionnel à partir d'un personnage réel, interroge tout autant sur la même période. Henri Marre représente les anonymes de la collaboration- cela commence où d'ailleurs la participation à Vichy quand on doit travailler pour vivre? Luchaire lui était visible de tous à Paris et au contact des allemands. On ne peut attaquer les détails historiques concernant la vie du premier, son parcours lui symbolise beaucoup de monde, et dans ce sens, interroge encore plus que la dérive d'un seul patron de presse. Arlaud maigrichon, grisonnant, joue à merveille ce loser qui a fait un beau mariage, prône de belles idées, et surtout suit le vent pour se racheter et enfin briller devant son épouse. Coté prise de vue, elle souffre de ne pas être discrète, voire de chercher sa voie. Qu'importe le Jury de cannes a récompensé le scénario, de façon justifiée. En revanche, Marre propose deux scènes complètement décalées avec des musiques modernes, comme un renvoi subliminal à la situation d'aujourd'hui dans certaines démocraties. Un coté déjanté dont on pensait surtout les belges capables! Mais au fond le message est sérieux. Vingt minutes de moins n'aurait pas gâché la force de l'histoire, le chef monteur aurait dû être plus drastique, il nous avait habitué à mieux chez Touzani ou Ayouch. A voir toutes générations confondues. AP suite de Cannes - Lyon - juin 26
vu en avant-première dans le cadre des sorties cannes anticipées à Pathé
Malgré quelques longueurs, Notre Salut reste un film très sympathique, avec une mise en scène originale, quelques moments drôles et d'autres beaucoup moins drôles.
Je le trouve un peu plus réussi que la zone d'intérêt dans son objectif !
Une interprétation subtile de Swann Arnaud. La mise scène originale ne peut que bousculer chaque spectateur et l’inciter à réfléchir à sa position dans le monde actuel vu au festival de Cannes