Ou y’a de l’IA, y’a pas de bonheur
Parce que Yann Gozlan. Parce qu’il sait créer des ambiances anxiogènes. Parce qu’il sait raconter des histoires. Parce qu’il sait gérer un suspense. Parce qu’il sait mettre en scène… Bref, beaucoup de bonnes raisons de voir le nouveau film du cinéaste de Boîte Noir, d’Un homme idéal, ou Visions. 110 minutes sous haute tension servie par une formidable comédienne. Clarissa, romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Elle trouve en Dalloway, son assistante virtuelle, un soutien et même une confidente qui l’aide à écrire. Mais peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA, renforcé par les avertissements complotistes d’un autre résident. Se sentant alors surveillée, Clarissa se lance secrètement dans une enquête pour découvrir les réelles intentions de ses hôtes. Menace réelle ou délire paranoïaque ? Hélas, la promesse n’est pas totalement tenue à cause de pas mal d’incohérences dans le récit et ce, malgré une mise en scène virtuose.
Disciple appliqué d’Alfred Hitchcock, Gozlan a toujours été fasciné par les thrillers paranoïaques à tendance psychologique. En adaptant Les Fleurs de l’Ombre de Tatiana de Rosnay, le scénario situe l’action dans un futur proche, dans une société minée par la peur du remplacement de l’homme par la machine, en l’occurrence l’IA. Le film pose de vraie question, tout en se gardant bien d’y répondre. Mais la peur est là et la paranoïa avec elle. Le problème que je soulevais un peu plus tôt, c’est l’irruption de personnages ou d’épisodes très vite abandonnés et dont on se demande ce qu’ils apportent à un récit déjà fertiles en rebondissements et en émotions. Par contre la mise en scène subjective et immersive, au plus près de l’héroïne est un modèle du genre. On s’identifie pleinement à Clarissa, en partagent, en comprenant ses motivations et en ressentant sa montée de stress. Autre point faible, le trop-plein de thématiques abordées – et, comme je l’ai dit -, pas toujours approfondies, comme l’écologie avec le réchauffement climatique, la pandémie, l’intelligence artificielle, la création d'Art par l'IA, la récupération de données par l'industrie numérique, la panne d'écriture et des problèmes psychologiques comme le deuil… je vous l’ai dit ça n’en finit pas… Malgré tout, le charme opère et on n’est pas insensible à la paranoïa galopante de notre héroïne.
Cécile de France est magnifiquement convaincante de bout en bout, crevant l’écran que d’ailleurs elle ne quitte pas une seule seconde. Une performance XXL. Lars Mikkelsen joue les utilités et ne fait que passer. Frédéric Pierrot tout en sobriété comme d’habitude, joue finement sa partition secondaire. Par contre à la voix de Mylène Farmer, quelque part entre Scarlett Johansson dans Her, et le Hal 9000 de 2001 : L'Odyssée de l'espace, et donc qu’on ne voit pas un seul instant, permettez moi de préférer – et de loin – celle d’Anna Mouglalis, profonde, étrange qui sait se montrer à la fois caressante et menaçante. Une superbe actrice trop peu utilisée par le cinéma français. Maintenant que vous avez les tenants et les aboutissants de ce thriller paranoïaque, à vous de jugez