Après l'échec critique de son précédent film, le retour de Yann Gozlan me faisait quand même envie. Il reste un réalisateur plutôt intriguant, et son "Dalloway" partait pour être dans la droite lignée de ses projets habituels. Et clairement, même si j'ai toujours des choses à redire sur les films de ce réalisateur, j'ai encore passé un bon moment devant sa proposition. Ce qui m'a tout de suite interpellé, c'est l'idée d'origine du long-métrage, à mi-chemin entre le thriller et la science-fiction. Pour un projet français, j'avoue que j'apprécie l'ambition, et j'ai également aimé la manière dont cela s'est mis en place. Personnellement, j'aime bien l'univers qui est présenté, ce dernier étant certes futuriste, mais ayant quand même un aspect proche de notre réalité. Les décors sont très immersifs, que ce soit en intérieur ou en extérieur, et on a donc aucun mal à se sentir pris par ce monde. Au milieu de cela, Yann Gozlan nous plonge donc dans une ambiance particulièrement anxiogène, où le mystère domine. Grâce à une bonne gestion du montage et à une bonne utilisation du casting, on se sent également pris par l'atmosphère que déploie le projet. Par exemple, même si je ne suis pas un fan absolu de Cécile de France, je la trouve très efficace dans son rôle. J'ai également trouvé que la voix de Mylène Farmer était parfaite pour interpréter l'IA, elle qui a une voix qui peut facilement être très douce et très monotone quand elle pose bien ses mots. Et par ailleurs, j'ai aussi trouvé que le choix d'Anna Mouglalis dans le rôle de la directrice de l'établissement était parfait, avec sa voix très grave, elle transmet parfaitement cette émotion d'étrangeté. Maintenant, même si la forme est bien plus maîtrisée que lors de son précédent film, le fond permet-il également à Yann Gozlan de proposer quelque chose d'intéressant ? À ce niveau-là, j'aurais des choses à redire, mais sans que cela soit trop sévère pour autant. En étant honnête, j'aime la direction que le film prend, ainsi que les thématiques qu'ils abordent. Effectivement, le scénario est très actuel, avec une interrogation sur le futur de l'intelligence artificielle dans le domaine de l'art, il va donc probablement mal vieillir à l'avenir. Mais à l'heure actuelle, je trouve que le film vise juste, en réussissant à mettre en scène ce que fait l'IA avec le travail des artistes. C'est d'ailleurs ce point qui créait l'angoisse et l'étrangeté de l'histoire, on comprend parfaitement où le film veut en venir, car il est crédible dans ce qu'il démontre. Malheureusement, je n'ai pas la sensation que tout soit maîtrisé, et cela m'ennuie beaucoup. Par exemple, même si l'ensemble est crédible, le long-métrage ne peut pas s'empêcher d'embrasser certains clichés (
comme cette scène avec les hackers
). Et ensuite, je trouve dommageable que le film ne semble pas aller au bout de ce qu'il développe. Il est vrai que c'est intéressant de voir l'IA arriver à ce niveau, mais je trouve que le film passe à côté de l'essentiel en omettant d'expliquer en quoi c'est un problème. Yann Gozlan a tellement envie de nous plonger dans son atmosphère, qu'il en oublie presque d'en tirer une morale concrète.
Pour le coup, la fin a le mérite d'offrir une conclusion choc et qui montre bien l'ironie de l'appropriation du travail des artistes par l'IA, avec des résultats qui sont très impersonnels, mais je reste persuadé qu'il y avait encore mieux à faire.
Par conséquent, même si je suis déçu que le film n'ait pas cherché encore plus loin par rapport à ce qu'il avait à raconter, j'ai quand même apprécié mon visionnage. Le projet remplit son envie d'être un thriller haletant, et il a le mérite de vraiment nous impliquer dans son récit. Pour conclure, une thématique intéressante.