C’est un superbe film que « Les enfants rouges » que nous devons au tunisien Lofti Achour, plus connu comme metteur en scène de théâtre, notamment en France...c’est son deuxième film, qui s’appuie sur un épisode tragique, mais où il dépasse la tragédie pour une épure d’une surprenante beauté...
Lorsque les 2 cousins Nizar, 16 ans, et Achraf, 14 ans, emmènent leur petit troupeau de chèvres sur les pentes du Djebel Mghila, au centre-ouest de la Tunisie, ils sont conscients des risques qu'ils prennent : s'introduire sur ces pentes est interdit car le sol est truffé de mines et il est fort possible d'y rencontrer des terroristes. Cependant, les chèvres pourront y trouver de l'eau et de la nourriture. Alors qu'ils se reposent tranquillement au soleil, les 2 cousins sont brutalement attaqués, Nizar est tué et décapité, Achraf est laissé vivant, à charge pour lui de rapporter la tête de Nazar à sa mère. Celle-ci ne supportant pas que seule la tête de son fils soit enterrée et les autorités tardant à réagir afin de ramener le corps à la famille, une petite expédition est organisée afin que Achraf conduise Mounir, le frère de Nizar, et quelques adultes vers le lieu où le crime a été commis…C’est un film magnifique, qui plonge au cœur de la tragédie intime, très bien construit avec quelques flashbacks et des scènes de rêve éveillé où Achraf voit apparaitre son cousin toujours vivant. Raconté du point de vue de Achraf, le film permet de ressentir la barbarie terroriste, le peu de cas qui est fait des populations rurales, l'obscénité des dérives médiatiques et la faillite politique du pays. Le travail à la photo du polonais Wojciech Staron est une réussite totale, des paysages majestueux et arides, des intérieurs étriqués et sombres...Lotfi Achour est un extraordinaire directeur de comédiens, ce qu'il obtient des jeunes interprètes de Nizar, de Achraf et de Rahma, la jeune fille dont Nizar était secrètement amoureux, est absolument exceptionnel. Cette immersion dans la Tunisie rurale est impressionnante. A noter que le mot "rouge" qu'on trouve dans le titre n'a rien à voir avec le sang : dans la région où s'est déroulé le drame, être « rouge », c’est être vaillant, résilient, courageux.
Aller le voir, il en vaut la peine !!!