Sur l’île de Marajô, en Amazonie, grandit Marcielle dite Tielle, jeune fille de 13 ans au milieu de paysages paradisiaques. Elle peut y vivre dans l’insouciance avec sa famille, ses parents, frères et petite sœur....une famille à priori aimante : un père, Marcilio, qui se voit en homme de Dieu, une mère, Danielle, une femme soumise à son mari, enceinte d’un petit frère ou d’une petite sœur, une petite sœur, Carol, et 2 frères...une famille évangéliste qui participe à des offices religieux qui se déroulent dans un incroyable déchainement d’appels à Dieu... elle est scolarisée, le bateau de ramassage scolaire la prend tous les matins...elle part en forêt cueillir des baies ou chasser...bref, une existence simple mais des zones d’ombre la perturbent en particulier le sort de sa sœur ainée Claudia qui a quitté la famille sans donner de ses nouvelles...Et sa vie va tourner à l’enfer quand son père, alors que sa jeune mère est enceinte, abuse d’elle...la mère se crispe mais laisse faire...elle-même dans sa jeunesse a été victime de son père...en même temps l’on découvre des allers retours de jeunes filles du village vers des barges qui de temps à autre remontent le fleuve...elles vont vendre le produit de leur pêche, mais on prend conscience que n’est pas seulement dans la vente de produits de la pêche que les adolescentes habitant au bord du fleuve se font de l’argent en allant sur les bateaux : eh oui, inceste et prostitution sont monnaie courante dans cette population qui ne cesse de faire appel à Dieu, et la police s’avère impuissante face à ces phénomènes.
La réalisatrice brésilienne Marianna Brennand qui réalise là son premier film de fiction vient du documentaire et cela se sent...il y a derrière ce film des années de recherche et de documentation sur les abus sexuels et l’exploitation des enfants et adolescentes de cette région l’une des plus pauvres du Brésil.
Marianna Brennand donne une fiction sensible, nourrie du réel le plus cruel... elle fait le choix de la suggestion et de l’ellipse : on ne voit jamais les abus subis par Tielle, ou ses camarades, on les devine, ce qui, en fait, s’avère beaucoup plus fort. La photographie est somptueuse, et la jeune Jamilli Corréa qui joue Marcielle, au regard à la fois mordant et mélancolique y fait des débuts éclatants. C’est malheureusement un film à la diffusion quasi confidentielle...