Cruauté sociale
La carrière d’Antony Cordier avait bien commencé en 2005 avec Douches froides, suivi par un Happy few aussi moyen qu’érotique, puis retour vers le beaucoup mieux en 2017 avec Gaspard va au mariage. Bref des hauts et des bas. Voici donc son 4ème film de cinéma – entre temps, il s’est beaucoup consacré aux séries télé -, une comédie noire comme on en voit peu dans le cinéma français. Mehdi a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime… 95 minutes très grinçantes en compagnie d’un casting somptueux. Pourquoi pas ?
Ce film a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025. Une comédie nappée d’une noirceur inhabituelle chez nous, est nourrie à la cruauté sociale. Les personnages – certes caricaturaux – sont animés par un désir de transformation sociale. Les uns veulent changer de condition et devenir riches, une autre veut devenir une actrice enfin respectable, une autre encore changer de nom et apprendre à pleurer, le riche avocat aimerait être reconnu comme « méritant », quant le plus jeune veut évidemment changer de classe sociale. Tout ce petit monde s’affronte sans merci dans un huis-clos mis en valeur par le décor de cette villa en forme d’escargot, sans angles droits, aussi sinueuse que les arrière-pensées des personnages. Le film fonctionne très bien, ne perdant jamais le fil des péripéties et sait faire monter la tension dramatique dans le ton de la comédie grinçante et on s’amuse beaucoup. Certes, on est loin du Parasites de Bong Joon Ho, avec lequel d’aucuns ne résisteront pas à l’envie de comparer ce film, mais il n’empêche qu’on passe un bon moment d’autant plus qu’il était inattendu.
Et puis il y a cet énorme casting, qui semble s’être beaucoup amusé pendant les 3 petites semaines de tournage. Alors on se régale avec Laurent Lafitte, Élodie Bouchez, Ramzi Bedia, Laure Calamy, Noée Abita, Samy Outalbali et Mahia Zrouki, qui s’en donnent à cœur joie dans la vacherie et l’outrance. Pourtant, sous ses dehors de comédie légère, Classe moyenne installe une sorte de ring social où chacun cogne avec ses armes : l’argent, l’aisance, la langue de bois d’un côté, la débrouille, la pudeur et la colère de l’autre. Une petite perle d’humour très noir.