Un épicier, excédé par l’insécurité qui gangrène son quartier, décide de passer à l’action lorsque sa femme puis sa mère sont sauvagement agressées. Plutôt que de fuir ce lieu où sa famille a toujours vécu, il organise une patrouille citoyenne destinée à protéger les habitants.
Produit par Dino De Laurentiis, le film naît dans un contexte concurrentiel précis. De Laurentiis détenait initialement les droits d’« Un justicier dans la ville » sorti en 1974 et réalisé par Michael Winner, mais, doutant de la rentabilité de suites, il les revendit à The Cannon Group. Constatant le succès durable de la franchise — notamment avec « Un justicier dans la ville 2 » — il lança alors « Philadelphia Security » afin de proposer sa propre variation sur le thème du vigilantisme urbain. La moustache de Tom Skerritt, son allure déterminée, évoquent d’ailleurs clairement la figure popularisée par Charles Bronson.
Le personnage de John D’Angelo s’inspire en partie d’Anthony Imperiale, vétéran des Marines et fondateur en 1967 du groupe d’autodéfense « North Ward First Aid » à Newark. Personnage controversé, accusé de dérives racistes et tenté par une carrière politique, Imperiale illustre l’ambiguïté profonde du mouvement des patrouilles citoyennes aux États-Unis : entre revendication d’un droit constitutionnel à l’autodéfense et tentation d’un ordre parallèle.
« Philadelphia Security » appartient donc au genre du « vigilante movie », ces films d’autodéfense mettant en scène des citoyens excédés par l’impuissance supposée de la police et de la justice. Les criminels y sont décrits sans nuances : violence gratuite, attaques contre des enfants ou des personnes âgées, barbarie spectaculaire. Mais Lewis Teague se distingue par une approche plus nuancée que nombre de productions du genre. À la jubilation primaire liée à l’élimination des malfaiteurs, il ajoute une réflexion sur les dérives possibles de l’autodéfense : emballement collectif, tentations racistes, instrumentalisation politique.
Le film insiste notamment sur les compromissions inévitables qu’entraîne ce type d’organisation. Compromission avec la police d’abord, lorsqu’un commissaire ferme les yeux sur certaines exactions en échange d’un soutien électoral ; compromission avec la mafia locale ensuite. L’une des scènes les plus marquantes — franchement cocasse — montre D’Angelo sollicitant l’autorisation du parrain local pour corriger un dealer. Le mafieux accepte, soucieux d’éviter toute concurrence, sous-entendant une distinction cynique entre la « délinquance anarchique » et l’activité « organisée » de la mafia, présentée comme plus propre, presque régulatrice.
C’est là toute l’ambiguïté du film : indulgent envers l’élan initial d’autodéfense, compréhensible face à la violence subie, il en expose néanmoins les glissements idéologiques et les dérives politiques. John D’Angelo incarne cette tension permanente entre protection légitime et tentation autoritaire.
Au final, Philadelphia Security apparaît comme un objet curieux du cinéma américain du début des années 1980 : moins frontalement réactionnaire que certains de ses modèles, mais incapable — ou refusant — de trancher clairement entre fascination pour la justice expéditive et mise en garde contre ses conséquences.