"J'espère qu'il y a un mort." : vous, quand la belle-mère appelle à 1h du mat', ou devant la bande-annonce de The Drama, qui mise absolument tout sur la révélation atroce qui doit mettre ce joli couple plus bas que terre... Sans rien vous spoiler (tout le film tient dessus, on évitera de vous gâcher le plaisir), on avait présagé du fameux secret en s'attendant "au pire", mais c'est un compliment, car en-dessous de pareille gravité, le film n'aurait pas été aussi intéressant. Comme dans Festen (qu'on vous encourage à rattraper d'urgence), tout le film tient sur une seule révélation qui remet en question une cérémonie qui devrait être joyeuse, mais vire à la soupe à la grimace, avec des acteurs viscéraux. Le binôme Zendaya (la bonne bouille qui laisse transparaître sa fragilité : l'excellence de la première saison d'Euphoria est encore là) et Robert Pattinson (est-il encore besoin d'affirmer son jeu d'acteur parfait, après The Rover, The Lighthouse et Die My Love, vraiment ?) est un petit prodige qui mérite le détour. Évidemment, la plupart de la salle de cinéma est là pour "autre chose que l'intrigue", on en veut pour preuve le râle affamé général qui a retenti lors de la scène de fesses arrêtée trop tôt (vite, un baquet d'eau froide pour le dernier rang). Mais pour les autres "moins absorbés par le faciès des acteurs" (oui, ils sont canons, mais il faut prétendre que l'on vient pour autre chose, alors prétendons), vous conviendrez que, très vite après la révélation, le silence devient pesant, les mimiques des acteurs se décryptent (et si les excuses étaient bidons, et si l'amour aveuglait, et si le repentir existait vraiment ?), les émotions se vivent en même temps que les deux partis coincés dans ce couple, pris en étau d'un secret gênant. Le film a une intelligence assez inattendue quant au fameux secret, arguant d'abord l'argument de la
dépression
(on commence donc à nuancer l'idée ultra-malveillante, et ceux qui crient au scandale "de l'excuse facile" auront juste eu la chance de ne jamais connaître le fond du trou mental : pour les autres, vous savez.), qui est rapidement contre-balancée par les
"attaques" assez faibles contre l'étudiante
(soit elle ne nous dit pas tout, soit... Oh mince, elle l'a fait par conviction, ça change tout), puis par l'idée du repentir. Jusqu'à quel point a-t-on droit à une nouvelle chance, un "failli" est-il aussi grave qu'un "j'ai fait" ? Qu'est-ce que cela dit de notre personnalité, quelle place la parano prend-elle sur cette perche tendue pour revoir différemment nos souvenirs avec nos proches (on réinterprète tout de travers, on psychote...) ? Bref, qu'est-ce qu'un secret enfoui peut dire d'une relation humaine ? Dans le genre, The Drama se rapproche plus d'un Festen, préférant voir la bonté (la possibilité de
repartir à zéro, avec honnêteté
, dans une dernière scène vraiment touchante) que la fin attristante et le manque de compréhension du repentir (à la Snow Therapy), ce qu'on craignait carrément du studio A24. Outre son sujet de société ultra-pertinent (on n'en dira rien, pour vous garder la surprise, mais : le sujet questionne beaucoup la société américaine moderne), outre son binôme d'acteurs juste parfaits (encore un "Hurray !!!" pour Zendaya et Pattinson, toujours à 1000% quel que soit le rôle), The Drama est une histoire d'amour, une vraie, qui se passe des niaiseries pour voir jusqu'où vous vous iriez pour garder votre bien-aimé(e). Et si l'on change d'avis quinze fois en cours de film sur la culpabilité / la nuance du drame, c'est qu'on tient un petit bijou d'intelligence et ultra-bien interprété. Après l'anniversaire de Festen, faites péter le champagne du mariage chaotique, avec ce The Drama plus que réussi. Vive les morts (yeah).