Je l'assume, "The Drama" a été l'une des plus belles expériences de mon année 2026. Réalisé par Kristoffer Borgli, le projet m'avait surtout intrigué par le mystère qu'il semblait dégager. Avec deux stars de l'envergure de ce duo de tête, le peu de révélations faites pendant la promotion sur le contenu du long-métrage me paraissait franchement excitant. Selon moi, la découverte du film allait donc être remplie de surprises, et ce fut le cas. Déjà, car j'ai rapidement apprécié la direction prise par le script dans la manière d'aborder cette relation. Sur le début, tout est fait pour nous plonger rapidement dans les sentiments des personnages, pour nous faire comprendre leur lien. Pour cela, la mise en scène et les dialogues adoptent le naturel avant tout. Cette idée passe par des situations de gêne (souvent laissée de côté par d'autres films, mais utilisée ici pour renforcer le réalisme), par une mise en avant de la relation avec la vision de chacun ou par toutes les étapes qui l'ont construite. En clair, également grâce aux talents du casting, le début du film est une plongée très réussie dans la tête de nos héros. Puis, arrive le moment où tout bascule, via une scène anodine, mais qui m'a franchement questionné. Au début, je la trouvais peut-être un peu trop étirée, et je continue de maintenir cet avis. Les dix minutes de discussions sont assez longues, et la mise en scène n'a pas franchement l'envie de nous fournir des idées de dingue pour dynamiser l'ensemble. Mais avec le recul, ce point de départ était la manière la plus aboutie pour amener à la suite de l'histoire.
Déjà, car la révélation d'Emma apparaît comme plus brutale, après cette sensation de normalité qui planait jusqu'ici. Mais également, car elle permet de correctement placer la thématique principale du film : qu'est-ce qui nous définit ? J'ai vu beaucoup de personnes se plaindre que la manière dont le projet abordait ça était trop superficielle, notamment en ce qui concerne la question des armes aux États-Unis. Sur le papier, je suis d'accord avec cela, car il est vrai que le film ne va pas à fond dedans. Il pose le problème, il en parle, mais il ne va jamais mettre un point final à ce sujet. Pourtant, selon moi, ce n'est jamais un problème, car ce n'est pas réellement l'envie du film. Il se sert de cette approche pour contextualiser son histoire, mais ce n'est pas le centre de la thématique. Ici, l'idée est bien plus de remettre en cause des préjugés, d'aborder la question de notre identité par rapport à nos actes passés. C'est pour cela que je trouve cette scène très efficace au final, car la personne la plus jugée est finalement celle qui n'est pas passée à l'acte, contrairement au personnage de Rachel qui aurait vraiment pu faire beaucoup de mal. Le point de départ est donc excellent, et il sera parfaitement développé par le réalisateur dans la suite de la narration. Avant que l'on n'en arrive au grand final, on sent bien que l'objectif est d'offrir un grand crescendo, et la mise en scène aide énormément à cela. Ici, son idée est de nous plonger au plus profond des pensées de nos personnages, en passant par un montage rapide et une visualisation poussée de leur émotion. Sur le papier, des gens pourront trouver que cette idée est un peu forcée, et je peux le comprendre, car on est vraiment dans l'approche visuelle la plus nette. Mais personnellement, aimant beaucoup cette recherche de la caractérisation par l'image, et non par le dialogue, j'ai adoré cette approche. Pour moi, le meilleur exemple étant celui du couteau. Ce n'est qu'un simple insert très rapide sur ce dernier qui nous fait comprendre les émotions de Charlie, sans avoir besoin de l'expliquer à voix haute. Alors, quand on en arrive au final, on ne peut qu'être très impressionné par la maîtrise dont cela va se conclure. À ce moment-là, le rythme s'accélère, pour offrir une fin dynamique et forte. Encore une fois, je peux comprendre que certaines personnes n'aient pas apprécié, notamment en ce qui concerne la dernière séquence. Après autant d'énergies, elle paraît un peu trop légère. Mais à mon sens, ce serait oublier tout ce que le film semble raconter. Et dans les faits, cette dernière amène clairement la réponse à sa thématique : ce ne sont pas des moments d'égarements qui nous définissent. Le fait d'avoir vu les conséquences désastreuses des actions de Charlie, face à un problème pourtant réglé depuis longtemps par Emma, être pardonné par cette dernière, alors que lui est passé à l'acte, offre une conclusion franchement émouvante et belle. Certes, le souci que beaucoup auront dans cette fin sera le fait de ne pas être d'accord. À ce niveau, le film assume sa réponse et je peux comprendre que l'on puisse ne pas la partager. Et pour le coup, je vais même vous dire ceci : je ne suis moi-même pas complètement d'accord avec le point de vue défendu par le film. Mais à vrai dire, ce n'est pas cela qui importe ! Nous ne sommes pas obligés d'être d'accord ou d'être totalement bien face à un film, car c'est aussi ça le cinéma. Le plus important est que les films abordent correctement leurs thématiques et soient cohérents avec eux-mêmes, et c'est le cas de ce projet. Bien sûr, il ne faut pas aller dans les extrêmes, et je ne défendrai jamais des longs-métrages qui vantent des thématiques nauséabondes. Mais, encore une fois, en ce qui concerne ce projet, il est très cohérent avec lui-même, donc je l'accepte.
Par conséquent, en abordant une thématique aussi large, en étant accompagné d'un si bon casting et avec une mise en scène aussi réfléchie pour nous faire comprendre le malaise ou les sentiments du couple, je ne peux pas pointer du doigt ce projet. Certes, il n'est pas parfait sur tous les points, mais il est clairement une grande réussite. Il ne sera pas fait pour tout le monde, je le conçois, mais j'assume mon plaisir face à ce dernier. Pour conclure, une expérience à retenir.