Kristoffer Borgli est aux manettes de ce film, et ce réalisateur ne manque pas de ressources. Une des premières choses à dire sur « The Drama » est que la réalisation est intéressante, hyper dynamique, parfois même au point de nous égarer pendant de courts moments.
En effet, sans cesse le film fera sans prévenir des courtes embardées dans le passé (le passé réel, le passé imaginaire) ou dans une sorte de réalité fantasmée pour revenir ensuite à l’intrigue en elle-même. C’est comme si les deux personnages principaux revoyaient leur passé ou celui de l’autre par flashes ou bien s’imaginaient réagir de telle façon au présent pour y renoncer et agir autrement.
Heureusement que ces petits pas de côté sont brefs car parfois, ils sont à deux doigts de donner le tournis ou nous induire en erreur sur ce qui se joue réellement entre Emma et Charlie. La bande son est sympa, et il y a aussi un peu d’humour, mais c’est humour un peu trash, un peu désespéré, parfois juste à la limite du mauvais gout. Mais le film, dont le propos de fond est quand même assez grave et cynique, ne verse jamais dans le malaise, se contentant de flirter avec la limite en permanence. Robert Pattinson incarne un Charlie fragile. Amoureux mais en pleine doute, il vacille lorsqu’il comprend qu’il ne connait pas réellement la femme qu’il pensait connaitre sur le bout des doigts. Je ne suis pas une grande fan de ce comédien, et ce film ne va pas me réconcilier avec lui car j’ai eu du mal avec sa performance. Sa coiffure improbable, son air de chien battu, son regard d’adolescent grandi trop vite et un peu blasé de tout, rien de tout cela ne fonctionne sur moi. Je trouve que même ici, dans ce rôle, il devient assez vite agaçant. A sa décharge, le fait l’avoir vu le film en VF n’arrange rien. Zendaya, quant à elle, est clairement plus à l’aise dans le rôle de celle par qui le scandale arrive. Délicieuse, crédible en femme
un peu borderline
, elle écrase quand même un petit peu son partenaire à mes yeux. Les seconds rôles ont leur importance dans la dramaturgie de « The Drama », à commencer par la demoiselle d’honneur interprétée par Alana Haim, ou encore la collègue de Charlie, incarnée par Hailey Gates. Mais le scénario ne leur donne pas assez de substance malgré tout pour qu’on en fasse de vrais grands seconds rôles. Impossible de dévoiler ici le grand secret du personnage d’Emma sans trop en dire. Mais ce qu’on peut en dire, c’est que c’est un secret suffisamment grave et dérangeant pour que le scénario tienne effectivement debout et que le mariage soit réellement en danger. D’ailleurs plus on avance dans le film et on se dit qu’il serait plus prudent que ce mariage soit annulé, s’unir dans une ambiance pareille c’est la catastrophe assurée.
Ce secret, parfaitement crédible dans un pays comme les Etats-Unis, est suffisamment sérieux et clivant pour susciter une vraie réflexion chez les personnages mais aussi chez le spectateur. Est-on obligé de tout connaitre de la personne avec laquelle on partage sa vie ? Ce sujet avait déjà été abordé dans un film français qui date de quelques années, « Le Jeu ». Et ici cette question est encore plus cruciale et se double de deux autres : peut-on résumé quelqu’un à un acte passé, et doit-on juger une simple intention au même titre qu’un vrai acte. Si j’ai dans le passé envisagé de faire quelque chose, mais que je ne l’ai pas fait pour X raisons, suis-je coupable pour l’éternité de l’avoir seulement envisagé ? A-t-on le droit de changer, ou est-on en permanence résumé par son passé ?
Au-delà de l’histoire même d’Emma et de Charlie, ce sont ces problématiques là qui sont au cœur de « The Drama ». J’aime assez le dénouement du film, très amer mais pourtant aussi plein d’espoir et d’une certaine résilience. « The Drama » mérite le détour sans pour autant rester dans les mémoires comme un film incontournable et puissant. C’est un drame sentimental un peu perturbant et qui pose des questions délicates, tout en tentant d’y répondre avec un certain recul. C’est assurément un exercice difficile auquel s’est attelé le réalisateur et scénariste Kristoffer Borgli.