N'ayant pas vu "La Nuit du 12", "Dossier 137" de Dominik Moll n'était donc pas vraiment dans mes attentes de 2025. Pourtant, au vu des retours plus que positifs sur le long-métrage, j'ai quand même fini par me laisser tenter. J'avais envie de découvrir ce qu'un sujet aussi complexe pouvait offrir, et comment ce réalisateur allait réussir à traiter cela. Et autant dire que j'ai plutôt bien fait de laisser sa chance à ce film, le résultat étant vraiment de qualité ! Nous plongeant au cœur de l'IGPN, la police des polices, le long-métrage emprunte la voie de l'histoire adaptée de faits réels. Pour exprimer au mieux cet aspect, Dominik Moll choisit une approche digne d'un documentaire, avec une présence très limitée de musiques et une mise en scène très quadrillée. Pour le coup, les déplacements des personnages se suivent via de la caméra à l'épaule et les séquences d'interrogatoire bénéficient d'un montage très sec. Et honnêtement, dans l'exécution, c'est donc très bien géré. Maintenant, il est vrai que ce choix m'a laissé un peu perplexe lors des premières minutes de mon visionnage, car j'avais peur que cette réalisation très froide éclipse totalement l'émotion. Cependant, je dois dire que le film m'a rapidement fait mentir, notamment par l'intermédiaire de sa comédienne principale. Encore une fois, Léa Drucker prouve tout son talent et nous livre une performance de grande qualité. Dans la grande majorité de ses scènes, elle est pourtant très calme et ne va jamais prononcer un mot plus haut que l'autre, l'objectif étant de nous faire comprendre sa droiture et son envie de respecter les règles. Mais au détour de quelques regards, quelques sourires et via une maîtrise très forte de ses émotions lors de séquences bien particulières, on ressent rapidement toute la psychologie du personnage. Stéphanie est une héroïne qui veut bien faire, mais personne ne lui en donne les moyens, alors sa carapace finit quand même par montrer ses limites. Et personnellement, je trouve l'approche absolument formidable ! Certes, le constat est assez amer quant à ce que dit le film sur la police des polices. Par ailleurs, le final ira même jusqu'à appuyer très fortement sur des sujets assez clivants. Mais malgré tout, je n'ai pas l'impression que le projet se perde dans un manichéisme trop important. Cela se voit clairement par ce choix de mise en scène, mais aussi dans l'écriture. Si beaucoup de dialogues pointent certains policiers, c'est bien plus le système qui est mis en cause. Dominik Moll raconte quelque chose de très fort, sur une institution qui se renvoie la balle sans jamais assumer, tout en ne prenant jamais un point de vue trop personnel sur la chose par son approche proche du documentaire. Par conséquent, on ressort clairement en colère quand on finit le film, mais ce n'est pas une colère bête. Pour moi, le long-métrage a parfaitement su pointer du doigt un problème, et assume son choix de mettre le système au centre du souci. Le style pourra donc en rebuter, peut-être que le propos en choquera, mais le film ne laissera donc pas indifférent. Pour moi, c'est une vraie réussite. Pour conclure, un gros choc.