Après l’immense film policier « La Nuit du 12 », Dominik Moll nous assène une seconde claque avec un film d’investigation sur les violences policières. Le cinéaste avait été révélé en grande pompe il y a vingt-cinq ans avec « Harry, un ami qui vous veut du bien » puis « Lemming ». Il a ensuite connu une traversée du désert avec des œuvres généralement moins convaincantes durant une quinzaine d’années. Il s’agit là d’un retour en grâce avec ce coup double enchaîné. Mieux, ce « Dossier 137 » figure comme notre Palme d’or du cru 2025. On confirme donc que le palmarès rendu cette année nous apparaît en dépit du bon sens et que le jury ne devait pas avoir les yeux en face des trous. En effet, le film est reparti bredouille malgré l’engouement général et sa force de frappe politique et artistique.
Il manquera peut-être juste une chose à ce film. Un droit de réponse. On s’explique. Un peu comme « BAC Nord » prenait le point de vue de la police et « Les Misérables » celui des jeunes de cité il y a quelques années concernant les banlieues et leurs rapports avec la police, il faudrait qu’une œuvre future prenne le point de vue de cette dernière sur les violences des forces de l’ordre ainsi que les casseurs et dégradations durant la période des Gilets Jaunes. Pour équilibrer et pour que ce soit plus juste pour tout le monde car rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. Malgré tout, « Dossier 137 » parvient à ne pas être trop manichéen et à apporter de la nuance. Même si dans le cas précis qui a inspiré le film, la police demeure inexcusable.
On part donc d’une enquête suite à un tir de LBD qui a entraîné de graves blessures pour un jeune homme venu manifester pacifiquement. « Dossier 137 » sera donc un film d’investigation tendu et fouillé pour retrouver les coupables et comprendre leur geste, mais surtout voir s’ils ont agi en dehors du cadre légal. Durant deux heures, on ne lâchera pas cette enquête passionnante au scénario méticuleux. Moll alterne les points de vue, fait interagir tous les intervenants et devient également et aussi bien un film témoin qu’un film pédagogique qui revient sur le fonctionnement de l’IGPN. Bien sûr, c’est également une oeuvre profondément politique puisqu’il nous présente un pays qui va mal, qui ne fonctionne plus et dont les institutions prennent l’eau. Le long-métrage a le bon goût de ne pas diaboliser la police et de montrer la complexité de ce genre d’affaires. Il explique mais n’excuse pas dans un équilibre fragile mais bien tenu.
En outre, la documentation derrière le film, que ce soit dans la manière dont est conduite l’enquête ou celle dont on traite ce genre d’affaires flirte avec la perfection. Jamais trop vague pour être taxée d’approximation et jamais trop complexe, didactique ou touffue pour ne pas confronter le spectateur à l’ennui ou l’incompréhension, laissant ainsi le spectateur dans cette zone de divertissement qui fait le plaisir de la salle de cinéma. Le récit est tendu, millimétré et toujours prenant. Et puis il a ce côté humain, presque humaniste, où chaque personnage peut être compris même dans ses actes les plus répréhensibles. Le réalisateur utilise toutes les techniques de mise en scène moderne et adaptées à son histoire avec une maîtrise confinant au génie.
Enfin il y a la prestation des acteurs au sein d’une distribution de seconds rôles parfaitement castés. Mais c’est bien évidemment la grande Léa Drucker qu’on ne cesse de redécouvrir depuis le tout aussi immense « Jusqu’à la garde », qui lui avait valu un César, qui livre une partition de très haut niveau. Il est d’ailleurs fort probable qu’elle soit nominée et qu’elle décroche une seconde fois la récompense cette année. Ici, de tous les plans, elle bouffe littéralement l’écran dans un rôle complexe qu’elle empoigne avec un naturel désarmant. De son attachement à un chat qui permet de l’humaniser intelligemment à sa ténacité sur l’affaire ou encore à sa perspicacité sur la police et ses violences, elle nous scotche. Et son monologue final sur l’affaire et les lourdeurs/errances administratives qui parle tout autant de nos sociétés et notre monde malade finit de parfaire ce très grand film d’utilité publique. On dit jamais deux sans trois! Le troisième uppercut de cinéma est attendu pour Monsieur Moll!
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