Avant sa sortie sur les écrans français, Dracula a été présenté en première mondiale lors de l’édition 2025 du festival de Locarno. Il a également été sélectionné dans ceux de Busan, New York, Vienne ou encore Vancouver.
Réalisateur prolifique, Radu Jude a sorti deux films sur les écrans français en 2025. Outre Dracula, il est également l’auteur de Kontinental ’25 (en salles depuis le 24 septembre). Les deux films ont été réalisés à la suite, avec les mêmes acteurs et la même équipe technique.
Réaliser un film autour de la figure mythique de Dracula était une évidence pour Radu Jude. Cinéaste majeur du cinéma roumain, ce dernier a même des liens avec la région de la Transylvanie par son père. En outre, le réalisateur a déploré le peu de films européens autour du célèbre vampire qui a jusqu’ici surtout intéressé Hollywood. Partant de ce constat, Radu Jude a donc voulu proposer sa propre version du mythe.
Radu Jude a eu l’idée de Dracula d’une manière assez singulière. En effet, tout est parti d’une boutade. Alors qu’il se trouvait au festival de Rotterdam pour présenter Bad Luck Banging or Loony Porn (2021), le réalisateur a constaté avec stupeur l’accueil plutôt discret réservé à son film de la part des festivaliers. C’est alors qu’il a plaisanté en faisant savoir qu’il avait un futur projet sur Dracula. Devant la curiosité manifeste provoquée par cette fausse nouvelle, le réalisateur s’est pris au jeu et a commencé à réfléchir à un film autour de ce sujet.
Pour écrire son roman Dracula, Bram Stoker s’est inspiré d’un tyran du XVème siècle, Vlad l’empaleur, réputé pour sa barbarie. Cette figure historique, également connue sous le nom de Vlad Dracul, fait aujourd’hui l’objet d’une réappropriation par les nationalistes roumains. Ainsi, pendant la production du film, un parti d’extrême droite a utilisé Vlad l’empaleur comme symbole dans sa campagne électorale. Constatant à quel point le mythe était toujours vivant, Radu Jude a donc essayé de mélanger ça avec la figure de Dracula inventée par la culture populaire. Le but n’était pas de déconstruire totalement le mythe mais plutôt d’en modifier le sens.
Dans Dracula comme dans ses derniers films, Radu Jude a choisi de partir d’une structure composée d’un récit principal mais avec des détours et de nombreuses digressions. Sur ce dernier long-métrage, il a notamment puisé son inspiration dans des œuvres littéraires où les histoires se ramifient et se replient sur elles-mêmes comme Don Quichotte de Cervantès ou Jacques le fataliste de Diderot.
S’étirant sur près de trois heures, Dracula mélange des images tournées à l’iPhone, des animations en papier découpé, des séquences générées par l’Intelligence Artificielle et des styles plus traditionnels. Un mélange des genres qui s’explique à la fois par la curiosité de Radu Jude en matière de cinéma mais également par les nombreuses contraintes rencontrées lors de la production du film (perte de financement, changement de producteur, grande instabilité…). En raison des impératifs économiques, le cinéaste a donc dû se débrouiller avec les outils mis à sa disposition, que ce soit des téléphones, des logiciels d’Intelligence Artificielle bon marché, une absence d’éclairage ainsi qu’une équipe réduite.
Avec Dracula, Radu Jude dirige une vingtaine de comédiens qui interprète plus d’une centaine de rôles. Un procédé qu’il a emprunté au théâtre, qu’il a beaucoup pratiqué et fréquenté comme spectateur, et où il n’est pas rare qu’un même acteur interprète plusieurs personnages.