Quelle étrange petite comédie fantastique que « La Poupée », film de la réalisatrice Sophie Beaulieu ! Dans la forme, on ne peut pas reprocher grand chose à ce film réalisé sobrement, campé dans une jolie région des Alpes sous un beau soleil, dans des paysages bucoliques. C’est un film court (1h20, au regard des standards du moment, c’est même ultra court), dynamique, à l’humour discret et délicat. Il bénéficie d’une bande originale sympathique, avec une guise de générique de début une version très (très) étrange de « Creep » de Radiohead. Le principal défi technique à relever pour ce film est de trouver une poupée assez ressemblante à la comédienne Zoé Marchal et de réussir sa « naissance » sans que cela fasse bizarre, artificiel et mal foutu. Je dirais que de ce point de vue, grâce à la comédienne, cela se passe assez bien même si la poupée, la vraie, a tendance à plus ficher la frousse qu’autre chose ! Point de vue effets spéciaux, le film fait dans le cheap, on ne peut pas dire le contraire. Zoé Marchal s’en sort bien, dans la peau d’une femme objet naïve, au début totalement soumise à son homme et aux tâches ménagères comme sa condition l’y oblige, elle finit par s’ennuyer, se mettre à parler et à se comporter sans filtre et balancer quelques répliques vachardes bien senties. C’est dans ce rôle d’ingénue, bien connu depuis le « Candide » de Voltaire, que la jeune femme (charmante au demeurant) donne la mesure de son petit potentiel comique. A ses côté, Vincent Macaigne donne vie à un type de personnage qu’il connait bien et maitrise pleinement, le timide malheureux un tantinet maladroit. Il est ici émouvant, tendre, pas pathétique alors que, sur le papier, un homme qui vit avec une poupée sexuelle pourrait vite paraitre ridicule et mettre mal à l’aise. C’est son talent qui évite cet écueil. Mais c’est dommage que ce comédien soit quand même un peu cantonné à ce genre de rôle récurent. On lui a parfois proposé d’autres choses, mais ce genre de personnages est quand même une espèce d’habitude pour lui. Cécile de France, elle à un rôle solaire à composer : frisée comme un petit mouton, casse cou, volubile, elle semble croquer la vie. Elle semble tout le contraire du personnage de Rémi,
or c’est juste une illusion : sur le fond ils se ressemblent énormément.
C’est sur le scénario qu’il y a le plus de choses à dire et à décrypter. Ici, il est en permanence question d’apparence et de faux semblants :
Remi est commercial dans une entreprise de faux gazon, il s’invente (aux yeux de tous : collègues et parents) une femme avec laquelle il vit une idylle parfaite alors qu’il est en couple avec une poupée, puis une poupée vivante (mais une poupée quand même). Audrey la poupée a l’apparence d’une femme mais c’est une poupée au fond d’elle. Patricia donne le change et l’impression d’être bien dans ses baskets alors qu’elle a une blessure intérieure encore béante. La mère de Rémi est tellement refaite par la chirurgie esthétique qu’elle ressemble elle, pour le coup, plus à une poupée en plastique que sa potentielle belle-fille, etc
… Ici, personne ni rien n’est réellement ce qu’il parait. Quant à l’intrigue aussi farfelue soit elle, on devine assez vite vers quoi elle nous emmène.
C’est au moment où Audrey prends vie que Rémi prends lui aussi vie, en retombant amoureux. La métaphore se voit comme un éléphant au milieu d’un couloir !
Reste malgré tout un film honnête, une comédie romantique qui respire l’air du temps. Le phénomène des poupées est parait il plus répandu qu’on ne l’imagine. Et je me garderais bien de porter un jugement sur ce phénomène. Après tout, dans ce monde sans pitié pour les sentimentaux et les hypersensibles (ce qu’est le personnage de Rémi, même si le mot n’est jamais prononcé), parfois il faut faire comme on peut. Film sans prétention, « La Poupée » est une comédie un peu étrange qui peut malgré tout nous amener à nous poser quelques questions de fond, sur les notions de bonheur et de résilience.