Origine du projet et résonance personnelle
C'est en 2021 que le producteur Hideyuki Yamakuni propose à Mipo O d'adapter l'essai autobiographique de Dai Igarashi. La cinéaste a été immédiatement séduite par le sujet, qui faisait écho à sa propre histoire familiale : sa nièce avait perdu l'audition peu de temps auparavant, ce qui l'a sensibilisée à la langue des signes. En tant que Coréenne « Zainichi » grandissant au Japon, Mipo O s'est aussi reconnue dans le sentiment de décalage éprouvé par le protagoniste : « J'ai été interpellée par l'universalité du récit. Même s'il dépeint les expériences d'une minorité sociale, c'est l'histoire de ce que chacun d'entre nous peut ressentir, de l'enfance à l'âge adulte, face à sa famille. »
Un choix fort de casting pour la représentation
Pour incarner les parents du personnage principal, la production a fait le choix fort d'engager des comédiens véritablement sourds, à savoir Akiko Oshidari et Akito Imai. Ce désir d'authenticité a notamment été renforcé par la sortie de CODA (2021) de Sian Heder au Japon. La réalisatrice explique que pour les personnes concernées, voir des entendants jouer des sourds suscite un vrai rejet : « Lorsqu'elles voient des entendants incarner des personnages sourds, elles ressentent un décalage aussi fort que celui qu'on pourrait ressentir lorsque des acteurs étrangers jouent des Japonais, en parlant un japonais approximatif. »
Un tournage au rythme de la langue des signes
Le tournage a imposé une organisation matérielle et humaine inédite sur le plateau pour fluidifier les échanges avec la distribution sourde. Une équipe permanente de huit interprètes était présente chaque jour pour assurer la liaison entre l'équipe technique et les comédiens. La communication écrite et en langue des signes demandait une attention constante et deux à trois fois plus de temps qu'à l'accoutumée. De plus, afin d'enrichir la précision et les nuances des dialogues signés, l'équipe s'est entourée de conseillers spécialisés, Kentaro Hayase et Mayumi Ishimura.
Déconstruction du récit et choix de structure
Bien que l'ouvrage original de Dai Igarashi s'appuie sur une structure faite de retours en arrière, Mipo O et son scénariste Takehiko Minato ont sciemment écarté la narration en flash-backs. Craignant qu'un tel procédé ne confère au long-métrage un ton trop explicatif ou une nostalgie artificielle, ils ont privilégié une trajectoire chronologique couvrant la vie de Dai de 0 à 28 ans. La réalisatrice souhaitait ainsi bâtir le récit à la manière d'une suite de repères temporels marquants, laissant le soin aux spectateurs d'imaginer le cours de la vie du protagoniste entre chaque étape.
Un travail immersif sur la bande-son et le regard
Afin d'immiscer le public au plus près du quotidien des personnes malentendantes, Mipo O a intégré deux séquences totalement muettes dans le film. Ces scènes traduisent directement la perception et le point de vue des parents sourds. L'utilisation de la langue des signes a également dicté la mise en scène et le cadrage : la langue des signes étant un langage visuel qui exige un contact visuel ininterrompu, la caméra s'attarde intensément sur les visages, les expressions faciales et le regard des acteurs, soulignant l'attention sincère qu'implique ce mode de communication.
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