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Berlinguer, la grande ambition
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LaureS
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4,5
Publiée le 10 octobre 2025
Film passionnant, didactique, pédagogique. La construction du film, mêlant vie intime et vie publique, fiction et images d'archives est remarquable, de même que l'interprétation d'Elio Germano. Et les dernières scènes sont bouleversantes
Dans les années 70, les jeunes français de gauche étaient fascinés par Enrico Berlinguer. Ils admiraient son intelligence politique, son courage, son intégrité, son charisme. A la tête du parti communiste italien, il était le fer de lance d’une gauche moderne avec son projet d’associer toutes les classes populaires, y compris celles de la démocratie chrétienne, sa prise de distance vis-à-vis des soviétiques et les garanties données à l’OTAN. Le film d’Andrea Segre nous replonge bien dans cette période de l’histoire. Tout à son sujet, la personne Enrico Berlinguer, il réalise un film formellement très sobre (les méchants diront plat), très différent de l’approche subjective virtuose qu’a pu se permettre le grand Marco Bellocchio dans « Esterno notte ». Segre donne un éclairage particulier et révélateur sur le Berlinguer mari attentionné et père bienveillant de ses quatre enfants. La scène, où après l’enlèvement puis l’assassinat d’Aldo Moro, il réunit sa famille dans la cuisine, pour dire que s’il était dans cette situation, il demanderait qu’aucune négociation ne soit menée avec les terroristes, est très belle, très émouvante. L’on croise bien sûr les figures d’Andreotti, toujours aussi retors, d’Aldo Moro, patricien éclairé mais impuissant, les dignitaires soviétiques, les ouvriers des usines de diverses cités italiennes. Le film montre bien la cohérence de la ligne politique du parti communiste italien de cette époque, la maturité, le courage, l’exemplarité d’Enrico Berlinguer. Toutes les personnes qui s’intéressent à l’histoire politique italienne et européenne contemporaine se passionneront pour ce film. Elio Germano qui a la tâche très difficile voire impossible de jouer Enrico Berlinguer s’en sort très bien, il est même excellent mais l’aura de mystère qu’inspirait ce grand homme n’est pas reproductible… Un film très honnête et très intéressant sur un sujet passionnant.
A grande distance du film scolaire porté essentiellement par un n° d'acteur habité que la petite musique des critiques pros ou amateurs nous chante, ce beau film jouit oui d'un grand Elio Germano (comme quasi d'habitude, même s'il arrive à se caricaturer lui-même dans ses mimiques d'intériorité fiévreuse tout en restant bon !) mais bénéficie également d'une histoire mouvementée pas ennuyeuse : tentative de meurtre du début en Bulgarie, jeux politiques pour injecter du social dans la démocratie chrétienne italienne, attentats sous "vrais" ou "faux drapeau" pour disloquer de l'intérieur l'unité du peuple italien autour du thème de la sécurité (toute ressemblance avec...). L'image du récit et celles d'archives se mêlent avec brio sans nous sortir du propos. Les parenthèses familiales égrènent les couches qui densifient le personnage plus balèze que Marvel car super réel même si l'idéal communiste anti stalinien qu'il revendiquait n'a pas fait long feu depuis... Et le final où intimité familiale et destin politique hors du commun se rejoignent en pudeur sincère laisse une jolie impression. Berlinguer aurait dû être un peu banal, il est rare ; l'homme et le film.
On pensait connaître cette histoire. On la découvre épuisée. *Berlinguer* n’a rien d’un mythe : Segre montre les failles, les regards fuyants, la lassitude. La politique, ici, n’a plus de drapeau : seulement des hommes qui tiennent debout. Elio Germano use d’une intériorité presque douloureuse ; sa voix se brise, parfois. La photographie d’Andrea Cavazzuti accentue le gris, gomme le rouge. Tout semble usé : les idéaux, les amitiés, la foi. Et pourtant, c’est beau. Cette beauté vient du refus du spectaculaire. Segre cadre l’échec avec élégance, presque tendresse. Moi, j’ai ressenti la fatigue du siècle, la tristesse de ceux qui ont voulu trop croire. Quand Berlinguer prononce son dernier discours, les mots semblent s’effacer en même temps qu’ils naissent. Fin d’un rêve, fin d’un monde. Ma note : 12 / 20.
J'ai bien aimé dans l'ensemble. Le jeu d'acteur, la bande-son etc. sont au bon niveau et je me suis bien senti intéressé par l'histoire en conséquence. Ce qui m'empêche de monter la note, c'est que malgré tout je ne m'attachais pas vraiment au personnages, ce qui peut être certes dû à la nature du biopic mais ça m'a tout de même fait ressentir par moments que je regardais presque un documentaire sur la période sur laquelle le film s'étend. Je ne pense pas que ce sera un film dont je me souviendrais longtemps. Reste tout de même à rappeler que c'était une bonne expérience en plus de m'en apprendre sur Berlinguer, qui n'était pas une figure historique que je connaissais vraiment auparavant. Ça m'empêche également d'être sûr de si oui ou non le film est correct historiquement parlant, mais pour le coup ce n'est pas quelque chose qui me dérange trop dans les biopics dans les cas non extrêmes.
Très bon pic qui retrace le parcours politique d Enrico Berlinguer avec toutes ces convictions. L'acteur est très bien en retenue ce qui le rend émouvant les images d'archives donne une dimension réelle au film Belle découverte
La tradition du film politique italien est entrée dans l'histoire du cinéma transalpin par la grande porte, avec le maître incontesté du genre que fût Francesco Rosi.
Sorte d'héritiers de ce courant qui donna des films formidables, Marco Bellochio ( " Buengiorno notte" 2004 ou "Esterno notte " 2022) ou Paolo Sorrentino (" El divo " 2008) ont su perpétuer l'héritage.
Malheureusement pour intéressant que soit par moment, ce " Berlinguer" qui évoque la figure bien connue en son temps ( années 1970/1980) du secrétaire général du très puissant PC Italien, cet opus de Andrea Segre ( il vient du documentaire) est (à mes yeux ) décevant.
Berlinguer voulut affranchir son parti de l'influence de Moscou et prendre le pouvoir en Italie de façon démocratique.
Sa trajectoire croisa de façon tragique celle d'Aldo Moro figure majeure de la Démocratie Chrétienne.
Le problème vient (selon moi ) d'un scénario qui ne parvient que dans de rares instants à prendre du relief.
Reposant essentiellement sur des dialogues souvent redondants, superficiels, qui ne parviennent pas à éclairer en profondeur la personnalité de Berlinguer, " la grande ambition" m'a déçu.
Il reste le sujet, jusqu'ici non traité, qui éclaire un temps aujourd'hui révolu, d'accord ! Est-ce suffisant ? Selon moi, c'est non.
Ceux qui l'ont vu n'ont pas oublié La petite Venise, le magnifique premier film de fiction d'Andrea Segre. Mais le cinéaste italien a principalement œuvré dans le registre du documentaire et Berlinguer, la grande ambition, se trouve à la confluence des deux formes. Le film a clairement une volonté didactique, dressant le portrait du grand homme du Parti communiste italien et, partant, de son pays, en plein tumulte, entre 1973 et 1978. L'homme politique sarde s'affirme alors comme un communiste démocrate, prenant ses distances avec l'URSS, et tentant un rapprochement historique avec la Démocratie chrétienne, discréditée par des années de pouvoir, dans le contexte des attentats perpétrés par les Brigades rouges. Le long métrage joue habilement entre la reconstitution minutieuse, avec de célèbres personnalités incarnées (Moro, Andreotti, Brejnev), et un choix d'archives qui montrent une Italie traversée par la crise, l'instabilité et la violence. Elio Germano interprète à la perfection et avec une grande sobriété le charisme tranquille et populaire de ce leader dans ses sphères intime et publique, dont la lucidité, la fidélité à ses idées et la probité pourraient servir d'exemple à la classe politique actuelle, en France et ailleurs, à gauche, au centre et à droite. Pas étonnant qu'aujourd'hui encore, Berlinguer reste une figure historique vénérée par une grande partie du peuple italien.
Elio Germano habite un rôle avec une retenue impressionnante : on voit moins un acteur qui imite qu'un homme traversé par ses convictions. On ressort avec le sentiment d'avoir découvert une figure qui voulait vraiment faire de la "politique autrement" mais confronté à des contraintes énormes. Grand portrait d'un Homme que les italiens ont adoré et pleuré lors de sa disparition.
J’ai eu la chance de découvrir Berlinguer, la Grande Ambition hier soir en avant-première au MK2 Odéon, et c’est une expérience que je n’oublierai pas. Le film tisse un dialogue bouleversant entre les archives et la fiction, ouvrant un espace poétique d’une beauté rare. Ce travail sur la mémoire, tout en finesse et en émotion, donne au film une dimension presque lyrique, sans jamais perdre la rigueur du regard politique.
Elio Germano y est absolument magistral — son César italien est amplement mérité. Il habite le rôle avec une intensité contenue, d’une humanité désarmante. On comprend aisément pourquoi le film a connu un immense succès en Italie : il parle à la fois au cœur et à la conscience, et redonne toute sa puissance à la figure d’Enrico Berlinguer.
Un grand moment de cinéma, à la croisée du souvenir, de la pensée et de l’émotion. Une nostalgie rare.
Vu en avant-première hier. Un brillant film politique, aux accents de thrillers typiques du cinéma italien des années 70, sur un homme peu connu en France mais importantissime en Italie et en Europe. Porté par un Elio Germano impérial, le combat de Berlinguer pour faire avancer la démocratie et améliorer la vie des gens résonne d'autant plus fort aujourd'hui, à l'aune d'une vie politique engoncée par les petits calculs médiocres, il est temps que les idées reviennent sur le devant de la scène. Un film qui redonne espoir au peuple de gauche, et vue la période, ça ne peut pas faire de mal.
Ce film trace un portrait sensible de cet homme politique italien majeur. Porté par des idéaux, mais pas aveuglé. L'inclusion d'images d'époque est tellement bien réalisé que parfois on ne sait plus s'il s'agit de fiction ou de réalité.