Mille regrets pour Laurent Tirard
2018, Photo de famille. C’est avec ce film que j’ai découvert Cecilia Rouaud. Avec Les complices, elle a confirmé son goût pour la comédie. Mais c’est avant tout une scénariste cotée. Elle revient avec ces nouvelles 94 minutes pour lesquelles elle a repris un scénario de Laurent Tirard – aidé de Fabcaro -, qui est hélas décédé avant de réaliser lui-même cette comédie d’humour noir. A 35 ans, Etienne n’a toujours pas pardonné à son « copain » Jean-Pat, qui lui a mené la vie dure pendant toute son enfance. Quand il apprend le décès de ce dernier, on ne peut pas dire qu’Etienne soit vraiment dévasté… Pourtant, il va se retrouver malgré lui à organiser l’enterrement de son pire ennemi. Une chose est sûre : Jean-Pat n’a pas fini de lui pourrir la vie. Le sujet et là, l’écriture est là, mais hélas, tout est plombé par une réalisation et un montage mous du genou comme il n’est pas permis. Et pour une comédie, c’est rédhibitoire.
La dernière image du film est dédiée à la mémoire de Laurent Tirard, dont on nous dit qu’il savait rire de tout même de la mort. Quand la cinéaste dit s’être inspirée du ton d’Adieu Berthe de Bruno Podalydès, on est loin du compte. Pourtant, le contexte d’un enterrement et d’une veillée funèbre pouvait autoriser un humour noir de bon goût. Les quiproquos qui tombent à l’eau, une comédie qui retient ses potentiels gags, des situations qui alternent le grotesque et le paresseux… bref, tout cela ajouté au manque de rythme patent font de ce moment – prometteur -, un gros raté. Je tendrai un voile pudique sur la cascade d’invraisemblances qui émaillent le scénario. Bref on n’y croit pas un instant, le public ne rit pas, Jean-Pat se prend un des bides de l’année.
10 acteurs et de nombreux petits rôles sont crédités au générique de ce quasi film-choral. La tête d’affiche bankable, Hakim Jemili en fait des tonnes et joue même souvent faux. Alors, les Fanny Sidney, Nora Hamzaoui, Constance Labbé, Valérie Karsenti, - à la limite du supportable -, Gustave Kervern, se retrouvent englués dans ce film qui semble tourné au ralenti et, qui, par réaction, chargent la mule comme pas possible. Et comme les « gags » (???) sont répétitifs, que l’acteur principal n’a qu’un seul ressort comique à son actif et enfin que rien ne fonctionne vraiment, c’est l’ennui qui l’emporte avec beaucoup de peine pour les talents conjugués de Tirard et Fabcaro, en l’occurrence trahis par une réalisatrice qui n’a pas su faire.