Ce film est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2026 en séance spéciale et en fait la clôture.
L'idée originale est née à la suite d'une discussion entre le réalisateur Félix de Givry et une amie au sujet des disparitions volontaires. Si le personnage principal devint plus jeune au fil de la réécriture du scénario avec Marie-Stéphane Imbert, le projet s'est aussi teinté d'une dimension intime. Le cinéaste s'est en effet inspiré de son propre vécu au collège. Il confie :
« Le film a une dimension autobiographique : j’ai subi du harcèlement au collège, pendant trois ou quatre années très intenses. À cette époque, il y a eu aussi plusieurs suicides dans ma famille. C’était une période très sombre. Le film est un mélange de tout ça et une volonté d’expier cette noirceur. »
Pour dénicher les deux jeunes interprètes, Félix de Givry a fait appel à la directrice de casting Elsa Pharaon. C'est elle qui a suggéré Milo Machado-Graner, fort de son expérience sur Anatomie d'une chute, pour prêter ses traits à Otto. Pour le rôle de Léna, le choix s'est porté sur Jane Beever, dont le parcours personnel est entré en résonance avec le sujet. L'actrice a d'ailleurs ému le réalisateur lors des essais en révélant qu'un élève de sa classe s'était suicidé l'année précédente, ce qui a poussé l'équipe à réécrire certaines scènes.
Projet indépendant au budget serré, le tournage s'est déroulé sur 35 jours — dont 10 en studio — et a été intégralement capturé en pellicule 16 mm par le chef opérateur Tara-Jay Bangalter. Pour surmonter les contraintes économiques, le réalisateur, également producteur d'animation, a utilisé des technologies atypiques pour de la prise de vue réelle :
« On a utilisé des outils de modélisation 3D qui nous ont permis de penser certaines séquences coûteuses très en amont. On a modélisé la chambre 21 dans des logiciels de prévisualisation pour la faire tenir dans un petit studio [...] Pareil pour la séquence finale de la marche blanche. »
L'équipe a choisi d'implanter le décor de son histoire en Normandie, au cœur de la ville de Lisieux. Un cadre urbain vallonné et fortement empreint de religiosité qui offrait une esthétique hors du temps, rappelant le cinéma de Claude Chabrol. La ville possédant déjà cette atmosphère particulière et figée dans les années 1970, l'équipe de production est très peu intervenue sur l'aménagement des décors existants.
La voix off qui rythme le long-métrage et lui confère son allure de conte n'existait pas lors de la phase d'écriture. C'est durant le montage que le réalisateur a ressenti le besoin de l'ajouter pour suspendre l'interprétation immédiate des faits et éviter les interrogations purement explicatives. C'est l'actrice Françoise Lebrun qui a été choisie pour enregistrer cette narration omnisciente, apportant sa musicalité et une grande douceur au récit.