La vie sépare ceux qui s’aiment
En fin de compte, la filmographie très éclectique de Diane Kurys, entamée en 1970 avec son célèbre Diabolo Menthe, ne comporte que 16 films. Son dernier opus, un biopic – qualification contre laquelle je m’insurge de manière véhémente -, tente de nous raconter en 120 minutes, les 12 dernières années de la vie du couple Montand –Signoret. Elle l’aimait plus que tout, il l’aimait plus que toutes les autres. Simone Signoret et Yves Montand étaient le couple le plus célèbre de leur temps. Hantée par la liaison de son mari avec Marilyn Monroe et meurtrie par toutes celles qui ont suivi, Signoret a toujours refusé le rôle de victime. Ce qu’ils savaient, c’est qu’ils ne se quitteraient jamais. Un projet ambitieux, bourré de qualités mais plombé en partie par une erreur de casting. A voir tout de même.
Le dernier carton qui s’affiche à l’écran, nous apprend que tout est ici fiction, en particulier les dialogues, même si, bien sûr, le scénario s’appuie sur des témoignages, des écrits – en particulier, l’autobiographie de Simone Signoret, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était -, les interviews d’époque etc. Donc, loin du biopic annoncé, l’idée conductrice était plutôt d’évoquer Signoret et Montand que d'en faire une copie conforme. A cet effet, la scène d’ouverture est une mise en abyme, dans laquelle
le spectateur peut voir les acteurs au maquillage pour se mettre dans la peau de leurs personnages
. La reconstitution est soignée, les lieux de tournage fidèles à la réalité, les dialogues bien écrits, pour donner corps, en vérité, à l’histoire d’une amoureuse humiliée donnant raison au célèbre vers de Prévert : La vie sépare ceux qui s’aiment.
Mais nous en arrivons au casting. Diane Kurys ne voulait pas de mimétisme, ni dans les visages ni dans les corps. Et c’est bien là que le bât blesse. Car si Marina Foïs est absolument formidable de bout en bout – un petit César à la clé peut-être -, on ne peut en dire autant de Roschdy Zem, - dont j’applaudis le talent à chacun de ses films -, mais qui, ici, me semble très mal à l’aise, le cul entre deux interprétations : le naturel recherché par sa partenaire ou l’imitation maladroite, accent irrégulier et souvent ridicule, prothèses grossières et gestique outrée… Le reste de la distribution, à part l’excellente Cécile Brune, avec Thierry de Peretti, Raphaëlle Rousseau ou Vincent Colombe, se révèle tout aussi mal à l’aise et donc peu plausible. Quant à la musique originale, elle est signée par Philippe Sarde, comme au bon vieux temps, un musicien qui a commencé sa carrière en 1970 avec Les Choses de la vie… de Claude Sautet. C’est, d’ailleurs sur le thème de ce film que se termine celui de Diane Kurys qu’il faut tout de même voir, malgré les défauts évoqués plus haut.