C’est l’histoire vraie de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjena que le réalisateur Anthony Marciano porte à l’écran. Si on n’est pas passionné de basket, on ne sait pas réellement en entrant dans la salle qui sont ces deux types qui sont, eu demeurant, coproducteurs de ce film. En sortant de la salle, on a tout compris de leur parcours incroyable. Et ce n’était pas gagné d’avance car le fonctionnement de la NBA et de la draft n’est pas réellement bien connu du grand public, du moins de ceux qui, comme moi, regarde le basket de loin. Le film dure un peu plus de 2h ce qui est assez long pour une comédie. Mais franchement, cela passe tout seul grâce à plein de petites choses bien menées. Le film est rythmé, monté de façon énergique, la bande originale est (très) sympa, presque au point d’avoir la curiosité de l’écouter à tête reposée après le film, ce qui n’est pas le cas très souvent. Il y a pas mal de scènes de match, mais ce sont surtout des scènes de basket de rue 3x3 ou des scènes d’entrainement. Cela peut-être un peu frustrant pour les vrais amoureux de ce sport mais en réalité, le sujet central du « Rêve Américain », c’est plus le travail d’agent de joueur que le sport lui-même. C’est un peu la même démarche que « Mercato » qui se passait dans le monde du football professionnel mais qui était plus un film noir qu’une comédie. Ici, on rit, on rit beaucoup et on rit souvent. C’est d’autant plus étonnant que Jeremy et Bouna galèrent vraiment beaucoup pour aller au bout de leur rêve américain,
ils s’endettent jusqu’à être à deux doigts de la liquidation judiciaire, ils doivent affronter des requins qui n’hésitent pas devant les coups bas, ils avalent couleuvres sur couleuvres, tout cela aurait pu finir par créer une ambiance anxiogène à leur histoire.
Le film est parfois à deux doigts d’ailleurs, de devoir plus sombre et plus désespéré. Mais c’était sans compter sur l’abatage de Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi. Chacun dans leur registre, ils incarnent un duo improbable sur le papier qui fonctionne pourtant quasiment d’emblée. Bouna travaille à Orly et nettoie les avions, Jeremy bosse dans un vidéoclub. Ils n’ont rien d’autre à leur actif qu’une passion pour le basket et l’envie de voir grand. J’aime bien Jean-Pascal Zadi depuis « Tout simplement noir » et je le retrouve ici avec plaisir dans un rôle taillé pour lui. Raphaël Quenard, je suis moins fan, sans trop savoir pourquoi j’ai toujours eu un peu de mal avec son jeu et son phrasé si particulier. Mais je reconnais bien volontiers que dans « Le Rêve Américain », il incarne un Jeremy plus maladroit, plus timide aussi que son acolyte. Il est attendrissant en fait. Pour ce qui est de l’histoire vraie racontée ici par le scénario, je ne m’y connais pas suffisamment pour savoir si elle a été romancée, mais peu importe. Voir des petits gars partir de rien du tout et réussir, à force de volonté et de culot,
à faire signer Evan Fournier, Nicolas Batum et puis à la toute fin peut-être le joueur le plus doué de toute l’histoire du basket français, Victor Wembanyama,
c’est assez réjouissant. Alors évidemment, le spectateur qui ne connaitrait rien à rien du basket et pour qui ces noms là seraient inconnus ne prendrait pas dans ce film le plaisir que j’y ai pris, je peux le comprendre. Le système de la draft est relativement bien expliqué et ici, c’est vrai, il est plus question de gros sous que de paniers à trois points, le sport passant presque au second plan. Mais « Le Rêve Américain » jette la lumière sur les coulisses mal connues du basket pro. Le plus surprenant, pour le néophyte, est de découvrir qu’un basketteur professionnel débutant en National 1 ou 2 gagne bien mal sa vie en dépit de la popularité de ce sport. Le rêve de n’importe quel joueur de N1 est d’aller en NBA, pour la performance, et aussi pour que les efforts consentis, les heures d’entrainement, les sacrifices de toute une famille parfois puisse rapporter enfin. On pourrait jouer les effarouchés devant les sommes alignées dans le film mais c’est la réalité du basket professionnel. Le long métrage d’Antony Marciano met en scène de vrais personnages en plus des deux héros,
on y voit un Evan Fournier et surtout un Nicolas Batum plus vrai que nature
(très bon travail de casting). Le film débute en 2000 pour se terminer 20 ans plus tard (ils ne vieillissent pas beaucoup en 20 ans !), 20 ans c’est le temps qu’il a fallu à deux types partis de rien pour arriver au bout de leur rêve, quoi qu’on pense de ce monde impitoyable du sport professionnel, c’est incontestablement une belle leçon d’espoir et d’humilité.