Le réalisateur Romain Daudet-Jahan a pensé le film comme un retour à la science-fiction sensorielle et humaine qui a bercé son enfance. Désireux de s'éloigner du copier-coller des productions hollywoodiennes, il a voulu transposer l’esprit des films Amblin (19868) de Steven Spielberg ou des récits de Jules Verne au cœur des paysages ruraux de l'Hexagone. L'objectif principal était de filmer un quotidien banal pour y insuffler une dimension d'inquiétante étrangeté.
Passionné de biologie, le cinéaste ressentait une certaine lassitude face aux extraterrestres anthropomorphes du cinéma traditionnel. C'est en découvrant les romans de science-fiction de Robert Charles Wilson et de Maurice Renard qu'il a eu le déclic pour concevoir la Kyma comme une onde sonore vivante et invisible. Il explique : "J'ai toujours voulu qu'on ne l'envisage pas comme un objet, mais vraiment comme un personnage avec des émotions, dont les fréquences changent en fonction de son état".
Pour attribuer le rôle principal de Tony, la production a mis les jeunes comédiens au défi lors des auditions. Ces derniers devaient jouer une scène cruciale en fixant un simple radiateur électrique tout en imaginant la créature à l'intérieur. C'est Jules Lefebvre qui a immédiatement bluffé le réalisateur par sa capacité innée à faire exister l'invisible par la seule force de son regard et de ses expressions.
Pour incarner Zoé, la comédienne Lucy Loste Berset a dû effectuer une préparation très spécifique pour intégrer le handicap auditif de son personnage. Comme Zoé retire régulièrement son appareil en raison des puissantes vibrations de la Kyma, l'actrice a passé des heures à étudier des documentaires. L'objectif était d'apprendre à parler naturellement beaucoup plus fort sans donner l'impression d'en avoir conscience.
Le tournage a été marqué par un moment de grâce absolue de la part de Mamadou Haïdara (Ousmane) lors d'une séquence dramatique liée à un cheval. Alors que le scénario ne mentionnait aucun pleur, l'intensité de la scène a submergé le jeune acteur, dont les larmes se sont mises à couler sous l'œil d'une caméra très serrée. Subjuguée, l'équipe a respecté un silence religieux avant de l'applaudir chaleureusement au signal de fin de prise.
Avec un budget serré d'un million d'euros, l'équipe a dû faire preuve d'une grande ingéniosité pour simuler la présence de la Kyma sans abuser du numérique. L’accessoiriste a ainsi détourné du matériel sportif de chez Décathlon, des souffleurs de feuilles et même des moteurs de chantier. Ces derniers étaient directement fixés sous les tables ou les objets pour générer de réelles vibrations physiques et aider les adolescents à matérialiser leur peur.
Afin d'éviter des déplacements logistiques complexes et coûteux, Romain Daudet-Jahan a conçu sa scénographie autour d'un concept de « studio à ciel ouvert » dans la région du Grand Est. La production a déniché un camp de base principal servant à la fois de lieu d'hébergement et de décor. Toutes les autres zones de tournage, comme le village ou l'entrepôt abandonné, étaient situées à moins de quinze minutes de voiture.
Si une entité purement sonore représentait un défi de mise en scène, le producteur Marc Missonnier y a tout de suite vu un immense atout artistique et financier. En s'inspirant du classique Planète interdite, il a encouragé les scénaristes à miser à fond sur la suggestion cinématographique. En éliminant le besoin d'effets visuels numériques lourds pour modéliser la créature, les restrictions budgétaires ont été transformées en une force immersive majeure.