Le réalisateur Craig Brewer vit à Memphis, dans le Tennessee, qui est une ville qui baigne dans la musique. Surnommée “le berceau du blues”, elle est aussi associée au rock grâce à Elvis Presley et sa demeure Graceland. Le cinéaste souligne : “Mais quand on vit à Memphis, on est aussi en contact avec ceux qui n’ont jamais connu le succès. Les héros des salles de bar, les voix méconnues qui n’ont jamais percé.”
Avec Sur un air de blues, il voulait mettre en lumière ces artistes de l’ombre : “On a besoin de voir de vraies gens triompher de l’adversité, pas seulement des super-héros affublés de capes. J’ai besoin de croire que malgré tous les problèmes qui accablent l’Amérique, un rêve américain est toujours possible.”
Craig Brewer s’est inspiré du documentaire Song Sung Blue (qui est d’ailleurs le titre V.O. de Sur un air de blues), réalisé par Greg Kohs en 2008. C’est en voyant ce film au festival du cinéma indépendant de Memphis qu’il a découvert l’histoire authentique de ce couple de Milwaukee reprenant des chansons de Neil Diamond.
Malgré les nombreux revers qu’ils ont rencontrés, Mike et Claire Sardina – réunis sous le nom de scène Lightning & Thunder – ont su rester soudés et ne se sont jamais détournés de leurs rêves. Brewer raconte : “Je me suis senti en connexion avec eux, mais aussi avec le réalisateur du documentaire. J’ai été frappé par la façon dont le film allait au-delà du simple portrait des deux protagonistes et trouvait une résonance avec le parcours de son réalisateur : c’était un petit film dans un petit festival sur deux musiciens de seconde zone avec des rêves immenses, qu’ils s’acharnaient, quoi qu’il arrive, à réaliser.”
Pour préparer son film, le réalisateur s’est entretenu avec la vraie Claire Sardina et ses enfants Rachel et Dana : “On s’est parlé à plusieurs reprises par Zoom et j’ai recueilli beaucoup de ce qui allait devenir le film et qui n’apparaissait pas forcément dans le documentaire, des détails qui ont pris de l’ampleur et sont devenus d’importants moments du film”. Sur un air de blues n’est pas une retranscription fidèle de la vie des Sardina, mais une adaptation pour le grand écran : “Ils m’ont donné leur aval et quand ils ont lu le scénario, ça leur a parlé.”
Lorsque le réalisateur et ses directrices de casting ont contacté Hugh Jackman pour incarner Mike, l'acteur a immédiatement ressenti un signe du destin. Inspiré par le documentaire de Greg Kohs, il a été captivé par l'histoire de ce couple passionné sans quête de gloire. Il a été ému par cette "ode aux musiciens qui tournent aux pourboires" et fut séduit par le personnage d'un homme qui, malgré les obstacles, "ne perd jamais de vue son objectif".
Quand Mike rencontre Claire, il a arrêté de boire depuis 20 ans et travaille comme mécanicien. Il accepte des petits boulots pour joindre les deux bouts et pouvoir se produire sur scène. Selon Craig Brewer, le comédien australien était l’interprète parfait pour le rôle, car c’est un “type génial, génialement sympathique avec tous, qu’on a vu en super-héros, et qu’on voit traverser des moments douloureux et continuer à vouloir désespérément trouver la joie et la donner, on est touché au cœur.”
Kate Hudson n’a jamais caché son attrait pour la musique. Révélée par le rôle d’une groupie dans Presque Célèbre, elle a eu l’occasion de pousser la chansonnette dans Glee et Nine. Celle qui fut la compagne de Matthew Bellamy, le leader du groupe Muse, a même sorti son premier album studio, Glorious, en 2024.
Pour Craig Brewer, il était évident qu’il fallait trouver une actrice qui sache chanter : “On n’allait pas prendre le risque de choisir une actrice en espérant qu’elle ait de la voix”. C’est en voyant par hasard Hudson à la télévision dans l’émission Sunday Morning sur CBS qu’il a pensé à elle pour le rôle de Claire, d’autant plus que la comédienne annonçait dans l'interview qu’elle en avait assez d’attendre qu’on lui propose des rôles et qu’elle voulait se consacrer à la chanson.
Angelina, la fille de Mike, est incarnée par l’autrice-compositrice-interprète King Princess. Mais Craig Brewer n’avait aucune idée de qui elle était. C’est la directrice de la photographie Amy Vincent qui lui a montré la page Spotify de l’artiste : “Je me suis exclamé : ‘C’est une star de la pop indé ? Pourquoi personne ne me l’a dit ?’ Je n’en savais rien… ce qui signifie qu’elle a largement mérité son rôle et elle a fait un travail génial”.
Intégrer l'œuvre prolifique de Neil Diamond a certainement été le plus gros défi de la production. Le réalisateur, fan du chanteur, revient sur le processus : “Il me semblait qu’un cheminement clair à travers la musique de Neil Diamond était requis. Je ne voulais pas ouvrir avec Sweet Caroline. Je me suis demandé comment entrer dans l’histoire et l’ancrer dans ces chansons qui nous parlent tant, tout en en faisant des éléments de la narration et du parcours des protagonistes ?”
La chanson phare de Neil Diamond, Sweet Caroline, est plus citée dans le film qu’elle n’est réellement jouée. Plutôt que d’en faire le morceau dominant, Craig Brewer a préféré la traiter avec le respect que demande un tel titre de légende, en se demandant : “Comment allécher les spectateurs avec la chanson qu’ils sont tous venus entendre ? Comment les aguicher, et le moment venu, la leur livrer de façon pleinement satisfaisante ?”
En amont du tournage, Craig Brewer et le producteur musical Scott Bomar ont supervisé l’enregistrement de toute la musique du film à Memphis. Certains des musiciens qui avaient personnellement collaboré avec Neil Diamond étaient présents. Une fois la musique enregistrée, Hugh Jackman et Kate Hudson ont pu poser leurs voix. C’est lors de cette phase que les comédiens ont vraiment pu entrer dans leurs rôles, et appréhender leurs personnages.