Melvillien
En 37 ans de carrière, même si quelques navetons ont jalonné sa carrière, Jean-Paul Salomé nous a proposé quelques bons moments de cinéma comme Le petit lieutenant, Je fais le mort, La daronne ou La syndicaliste. Cette fois, pendant 126 minutes qu’on ne voit pas passer, il fait dans le biopic avec une réussite à saluer. Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France. D’une facture totalement classique et assumée par le cinéaste, un très beau moment de cinéma pour ce récit historique traité comme un thriller et porté par deux acteurs au sommet de leur art.
C’est certainement ce classicisme qui va focaliser les critiques. Franchement, ça fait un bien fou de suivre un récit sans qu’il soit déstructuré comme c’est devenu la mode dans le cinéma d’aujourd’hui. Eh oui ! Le récit est ici chronologique. Et alors ! C’est presque devenu un gros mot. Mais voilà, c’est passionnant, les nombreux rebondissements tiennent en haleine. La réalisation comme la reconstitution sont impeccables. Le film est remarquablement documenté jusqu’au moindre détail, ce qui n’empêche pas une part de fiction qui ne nuit en rien à l’authenticité de l’ensemble. Bojarski est un personnage à la Simenon, taiseux, taciturne, secret, solitaire et avant tout, un inventeur de génie – toutes celles citées et montrées dans le film sont réelles… sauf la brosse à dent électrique… on se demande quel besoin les scénaristes ont eu de l’ajouter ??? -, bref un artiste à sa manière. Aussi le « héros » attire-t-il très vite l’empathie. Et on suit la traque du commissaire Mattéi avec plus que de l’intérêt. Honnêtement, cette affaire qui a défrayé la chronique dans les années 60, valait bien d’être exploitée sur grad écran. On se régale et, je le répète, ça fait du bien.
Reda Kateb trouve là un de ses meilleurs rôles. A ses côtés, Sara Giraudeau est toujours aussi juste et délicieuse. L’inévitable Bastien Bouillon nous la joue façon Paul Meurisse avec aisance et Pierre Lottin et Camille Japy apportent leurs pierres à l’édifice. Un casting +++ ; Avec cet excellent film historique, Salomé revient sur le devant de la scène et nous offre un des très bons films de ce début d’année. A ne pas rater.