Everybody Digs Bill Evans
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Everybody Digs Bill Evans" et de son tournage !

Une genèse née d'une photographie

Avant de porter à l'écran le roman Intermède d’Owen Martell, le réalisateur Grant Gee a découvert Bill Evans à travers un cliché pris par Lee Friedlander vers 1962. Sur cette image, le pianiste contraste nettement avec ses musiciens souriants : « Le pianiste (...) semble, quand on y prête plus attention, avoir vu un fantôme. » C'est cette dimension spectrale, renforcée par le surnom de « The Phantom » attribué à l'artiste par ses pairs, qui a poussé le réalisateur à explorer les failles du virtuose.

Une évidence pour le premier rôle

Pour incarner le jazzman, la productrice Janine Marmot a rapidement orienté Grant Gee vers l'acteur norvégien Anders Danielsen Lie après l'avoir vu dans Nouvelle donne et Bergman Island. Le cinéaste a été conforté dans son choix dès leur première entrevue : le comédien s'est révélé être un pianiste passionné par l'œuvre d'Evans, dont il retranscrivait lui-même les solos note par note. « À partir de cet instant, il était tout simplement impossible de ne pas lui proposer le rôle », confie le metteur en scène.

Le « Live Cinema » au secours du budget

Tourné en seulement vingt jours en Irlande avec des moyens modestes, le film devait reproduire l'atmosphère du New York et de la Floride des années 1960. Grant Gee a alors puisé dans ses techniques de « Live Cinema » développées pour l'opéra et la scène. L'équipe a privilégié l'artisanat avec des rétroprojections à l'ancienne pour les scènes de conduite ou de rues, évitant les effets numériques pour recréer l'illusion d'une production hollywoodienne classique.

Des décors recyclés en Irland

L'action a entièrement pris ses quartiers dans le West Cork, où la cheffe décoratrice Ellen Kirk a dû redoubler d'ingéniosité avec des éléments très dépouillés. Une usine de roulements à billes mitoyenne aux studios a été métamorphosée en aéroport de Newark, en diner et en motel, tandis qu'un couvent victorien a servi à figurer les célèbres brownstones new-yorkais. Une simple gare désaffectée a quant à elle accueilli l'appartement de Bill Evans.

Dualité visuelle et hommage aux classiques

Pour marquer le passage du temps et l'évolution tragique du pianiste, Grant Gee et son chef opérateur Piers McGrail ont alterné deux styles visuels distincts. L'année 1961 est immortalisée en noir et blanc dans l'esprit brut de Shadows de John Cassavetes, alors que les séquences situées dans les années 1970 adoptent une image en couleur granuleuse inspirée de la série Kojak, de Taxi Driver ou de Mishima. Ce parti pris a nécessité très peu de retouches lors de l'étalonnage en postproduction.

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