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Que ma volonté soit faite
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5,0
Publiée le 28 novembre 2025
Que ma volonté soit faite explore avec une intensité rare le conflit entre désir intime et injonctions morales, dans un monde rural dominé par la crainte de ce qui échappe au contrôle. Julia Kowalski dépeint une société où la foi devient un outil de surveillance et où la différence se transforme en menace. Porté par une mise en scène organique, une photographie rugueuse et une bande sonore nerveuse, le film installe un malaise diffus, mais profondément lucide. Les interprètes, habités, donnent chair à cette tension permanente entre pulsion et répression. Une œuvre exigeante, qui interroge notre rapport à la norme et à la peur de l’inconnu, sans jamais chercher la facilité.
Le film s’inscrit dans un cinéma de genre à la fois physique et profondément symbolique, où la question du désir féminin devient un terrain de fracture entre norme sociale et identité intime. La cinéaste y déploie un regard précis sur une communauté rurale enfermée dans ses certitudes, où la foi se mue en instrument de contrôle, et où toute singularité est perçue comme une anomalie inquiétante. La peur ne naît pas ici du spectaculaire, mais d’un climat diffus, d’une tension sourde nourrie par les regards, les silences, et les non-dits.
Ici, on évite toute tentation démonstrative, préférant installer une sensation d’oppression progressive, presque sournoise, portée par une mise en scène organique et une photographie granuleuse qui épouse la matière du réel. La musique, souvent abrasive, accompagne cette dérive intérieure sans jamais la surligner, renforçant l’impression d’un monde clos, hostile, où l’intime se retrouve constamment jugé.
Les interprètes livrent des performances puissantes, incarnées, donnant à chaque personnage une densité troublante. La figure centrale cristallise avec justesse ce tiraillement entre honte inculquée et besoin d’émancipation, tandis que les personnages gravitant autour d’elle dessinent un paysage moral rigide, réfractaire à toute nuance.
Sans spoiler son intrigue, le film interroge frontalement notre rapport à la norme, à la peur du corps féminin, et à cette tendance collective à pathologiser ce que l’on ne comprend pas. Une œuvre exigeante, viscérale, qui dérange autant qu’elle fascine, et qui confirme Julia Kowalski comme une voix singulière du cinéma français contemporain.
On ne pourra pas retirer à Julia Kowalski sa volonté de faire dans l’original. Une nouvelle fois, comme dans son 1er film, elle consacre ses 95 minutes à nous plonger dans une famille polonaise qui tente de s’intégrer en France, ici dans le milieu rural. La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu'elle pense hérité de sa défunte mère, s'éveille chaque fois qu'elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler. Un film aride, exigeant et dérangeant qui a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, qui ne peut laisser indifférent même si le sujet reste un peu trop obscur à mon goût. Je ne peux pas raconter grand-chose de plus que le pitch fourni par le dossier de presse sans divulgâcher quelque chose de ce drame organique, crade à souhait, viscéral et dont le images restent longtemps présentes dans la mémoire. Il y a du Stephen King dans tout ça – je pense évidemment à Carrie -. Mais l’idée de mêler cette histoire à la limite de l’épouvante avec un drame paysan dans le style de Au nom de la terre ou du Petit Paysan est pour le moins inédite. Ceci dit, je peux comprendre ceux qui n’aiment pas ça du tout, mais on se doit de reconnaître que le film est porté par une distribution impeccable. D’abord la jeune polonaise Maria Wróbel, impeccable dans un rôle physique très exigeant. Son duo avec la sulfureuse Roxane Mesquida vaut le détour. On notera les présences tout aussi impressionnantes de Wojciech Skibinski, Jean-Baptiste Durand ou Raphaël Thiéry. Hélas, je pense que la cinéaste a été un peu dépassée par ce qu’elle filme en laissant passer de nombreuses opportunités et possibilités qui s’offrent à elles, nous livrant ainsi un drame singulier mais inabouti. A suivre donc en attendant mieux.
Vu en avant-première en présence de Julia Kowalski et Maria Wróbel, l'actrice principale. Un vrai bel "objet cinématographique" dont l'esthétisme omniprésent (photo, grain du 16mm, musique "sur mesure", décors ...) subjugue le spectateur, l'hypnotise presque Le propos remue le ventre, les acteurs sont à leur place et tout se lie dans la boue, les glaires, le sang et le feu. N'allez pas voir ce film si vous voulez voir ce que vous allez voir d'habitude. Allez-y pour vous laisser emporter dans un tourbillon d'images travaillées, de matière(s) de fureur et de personnages à la psychologie bien crade.
On ne pourra nier la volonté de Julia Kowalski de proposer quelque chose d’assez inédit dans le paysage cinématographique français. En effet, avec « Que ma volonté soit faite », la cinéaste entend mêler deux univers à priori aux antipodes l’un de l’autre. D’abord, on a un drame situé dans le monde agricole, comme pouvaient l’être « Au nom de la terre » et « Petit paysan » ainsi que tous ceux qui ont suivi après le succès de ce type d’œuvres rurales. Et c’est à un croisement avec le fantastique à tendance sataniste et religieuse, telles que le sont une palanquée de séries B, films d’horreur plus pointus ou essais du sérail indépendant international (« Antéchrist » au hasard), que l’on assiste. Même si le film de genre commence à être reconnu et produit dans l’Hexagone, on n’est pas encore au niveau des cousins espagnols, sud-coréens ou américains. Alors quand c’est en plus mixé avec un sous-genre sentant bon le terroir, on ne peut que saluer. C’est donc inusité sur les écrans et la tentative est assumée même si non dénuée de maladresses et inaboutie.
Une drôle d’impression nous traverse l’esprit durant toute la projection. On se demande ce que des cinéastes abonnés (en plus d’être adaptés et reconnus) pour ce type d’histoires tels que Ari Aster ou Robert Eggers, fers de lance de l’elevated horror, auraient pu faire d’un tel scénario. Ou même pour rester francophone, un Guillaime Nicloux ou un Fabrice du Welz. Kowalski semble en effet parfois dépassée par ce qu’elle filme et pas toujours en possession de tous ses moyens ou des nombreuses opportunités et possibilités qui s’offrent à elles. Et on le ressent notamment dans l’atmosphère qui aurait pu être bien plus soignée et surtout malaisante. Ici on n’est pas vraiment angoissé et l’ambiance dérangeante et putride que promettaient un tel postulat n’est pas vraiment au rendez-vous. Elle use de manière ostentatoire de certains codes périmés du film d’auteur mais oublie de nous faire peur, de nous déranger viscéralement et de confectionner le bel opéra macabre que le long-métrage aurait pu devenir. Même sur le versant du drame rural et agricole, « Que ma volonté soit faite » est exsangue et on frôle la simple utilisation d’un décor singulier pour illustrer le satanisme.
On aurait cependant tort de rester bloqué sur ces réserves. Le film parvient à extraire la sève presque littéraire du fantastique pur jus. Tout ici est sujet à interrogation et il n’y a aucune certitude sur ce que l’on voit et ce qu’il se passe véritablement. La frontière entre le surnaturel et les hallucinations et la psychose générale est bien entretenue. Les zones d’ombres et questions en suspens se fondent parfaitement dans ce type de sujet. Et si le côté anxiogène n’est pas là comme espéré, c’est tout de même poisseux et quelques visions imprègnent durablement la rétine comme cette déambulation finale nue dans le village. Une séquence qui nous apparait comme une gueule de bois hallucinatoire. On voit bien le parallèle fait avec la manière dont la sorcellerie et la différence étaient perçues dans le temps et qui semblerait ici toujours d’actualité. Nos suppositions perdurent après la projection et on la sensation intime qu’on a vu quelque chose d’audacieux et de courageux malgré les fautes de goût et les actes manqués. Une œuvre intéressante mais pas toujours pleinement maîtrisée et surtout avare en véritables frissons.
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Même si l'idée est prenante, et que l’exécution est assez intense, KOWALKSI loupe un peu le coche de sa proposition, en tombant dans un formatage pas toujours fin de son film de genre, qui donne des allures un peu pompeuse, à un tout qui aurait du être plus radical
Ce film est dur, crépusculaire et implacable. Ce drame familial en milieu rural est plutôt éprouvant où la réalité côtoie parfois l’épouvante face aux maladies des bètes mais aussi des gens. Certaines scènes sont parfois difficilement supportables. On suit le parcours d’une jeune fille traumatisée par les violences aux animaux et par un passé mystérieux. La réalisation comme l’interprétation de ce film sont honnêtes mais sans plus.
Bernard CORIC
Film visionné aux journées GNCR/ACRIF des 27 et 28/08/2025 au Mélies de MONTREUIL
Vu au Luxor lors de la reprise de la Quinzaine, ce film m’a totalement captivé. Une expérience rare, intense, que j’ai adorée. J’ai hâte de sa sortie pour le redécouvrir en salle. Un chef-d’œuvre qui marquera durablement les esprits et restera longtemps dans les mémoires.
J’ai eu la chance de voir ce film en avant-première à Cannes : une véritable claque cinématographique ! C’est un chef-d’œuvre exceptionnel, surprenant à chaque instant, porté par une réalisation magistrale. Le monde ne doit surtout pas passer à côté de cette pépite incontournable !
Vu à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes. Une dinguerie ! Des bons gros plans, gros son, gros zoom, des inserts de cauchemars ultra flippants, une actrice tellement puissante (son visage déformé va me hanter) plus le thème de la religion, l'acceptation de son identité, la peur de la différence et le rejet des autres... J'ai adoré adoré adoré
En voilà un film bien particulier mais qui fait du bien dans un festival finalement assez formaté. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes qui peut toujours nous réserver quelques surprises et réalisé par Julia Kowalski qui n'avait pas fait de long-métrage depuis dix ans, le film nous raconte l'histoire d'une adolescente évoluant dans un village renfermé sur lui-même, de même que sa famille d'ailleurs, assez particulière. Tout va changer le jour où une autre jeune femme beaucoup plus libérée va revenir dans le coin. Bon jusque-là, rien de vraiment particulier mais précisons que l'adolescente est dotée de pouvoirs paranormaux, qu'elle a sûrement hérité de sa mère. On est donc dans un espèce de "Carrie", ses pouvoirs se manifestant lorsqu'elle ressent une forte émotion, dans une atmosphère à la "Calvaire", ce qui donne un mélange des genres assez particulier mais loin d'être raté ! Même si le film est quelques-fois maladroit, notamment dans ses longueurs qui cassent parfois le rythme, on rentre assez rapidement dans cette étrange histoire pour y ressentir principalement du malaise. Ah oui, c'est sûr que ce n'est pas vraiment le film idéal pour se détendre mais en attendant, ce que cherche à transmettre la réalisatrice au spectateur fonctionne à merveille ! Surtout que nous avons une petite montée en puissance du côté des deux adolescentes, l'une découvrant petit à petit ses pouvoirs et l'autre apprenant à vivre avec le regard des autres constamment posé sur son dos, jusqu'à ce que cela se transforme en une espèce de chasse aux sorcières. Alors effectivement, on a peu le cliché du village reculé où il y fait toujours gris aux habitants arriérés et aux idéaux plus que conservateurs mais en attendant, eh bien ça fonctionne ! Tout comme dans "Calvaire" d'ailleurs mais c'est en même temps le genre de décor et de contexte idéal à ce type d'histoire bien oppressante. "Que ma volonté soit faite" est donc un film fantastique qui sort un peu des clous et qui fait du bien (enfin surtout aux amateurs du genre) malgré son ambiance particulièrement sinistre !
Quelques longueurs et maladresses, notamment le traitement psychologique caricaturale des personnages féminin. Magnifique interprétation du premier rôle féminin.