Tout a commencé par la visite de Jean-Henri Bertrand à l’exposition consacrée à Chris Marker, organisée en 2018 à la Cinémathèque française. Cet homme, alors âgé d’une soixantaine d’années, est alors persuadé de se reconnaître dans le petit garçon en culottes courtes qui apparait dans le 5ème plan du film "La jetée", ce court-métrage de science fiction réalisé par Chris Marker et sorti en 1962 : les oreilles décollées du gamin, la silhouette et les habits de l’homme et de la femme qui sont à ses côtés, ses parents à coup sûr, plus le lieu où cette photo a été prise, la terrasse de l’aéroport d’Orly où ses parents, Angèle et Julien, l’amenaient souvent à l’époque. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que Jean-Henri a pour cousine la réalisatrice Dominique Cabrera, qui, dit-elle, a été happée par cette histoire quand elle lui a été racontée. Happée par cette histoire plus par le fait que ce cinquième plan avait été photographié sur la jetée d’Orly, l’endroit de son arrivée en métropole à l’âge de 4 ans, l’endroit de sa seconde naissance après son départ d’Algérie, que par le fait que Chris Marker ait photographié son cousin, son oncle et sa tante. En tout cas, Dominique Cabrera, réalisatrice de documentaires et de films de fiction, a très vite vu la possibilité de réaliser un film à partir de l’histoire de Jean-Henri. Force est de reconnaitre que l’objet final proposé par Dominique Cabrera à l’issue de son enquête s’avère émouvant et passionnant à suivre. critique complète à consulter sur le site avec critique et film et le tiret du 6 entre les 2.
Dominique Cabrera est une réalisatrice française dont j'avais beaucoup aimé "Le Lait de la tendresse humaine" en 2001 avec Marilyne Canto. En 2016, elle avait signé l'adaptation du roman éponyme de Maylis de Kérangal, Corniche Kennedy, qui ne m'avait pas entièrement convaincu. Son cousin, Paul-Henri, a vécu une expérience déroutante : en regardant le célèbre court-métrage de Chris Marker "La Jetée", il a cru se reconnaître sous les traits du petit garçon, photographié de dos, au-dessus des avions d'Orly, au cinquième plan du film. Il s'agit de la photo que la réalisatrice, en manteau fuchsia sur l'affiche, essaie de reconstituer.
Sur la base de ce témoignage, Dominique Cabrera se lance dans une double enquête. Une enquête autour de sa famille pied-noir, fraîchement rapatriée en 1962 qui venait tous les dimanches à Orly accueillir parmi les passagers en provenance d'Algérie d'éventuelles connaissances. Et une enquête sur le tournage de "La Jetée" ce film mythique par Christian Bouche-Villeneuve alias Chris Marker qui a pris un malin plaisir à entourer sa vie et son œuvre d'un épais mystère.
Cette double enquête ressortit d'un genre qui connaît un récent engouement. Comment le nommer ? L'enquête impossible ? L'aiguille et la botte de foin ? À la recherche de l'image perdue ? À ce genre-là appartient le récent film de Zabou Breitman et Florent Vassault, "Le Garçon". Y appartenait aussi le roman à succès d'Anne Berest "La Carte postale". Autres œuvres de cinéma analogues qui me viennent à l'esprit : "Carré 35" d'Eric Caravaca, poignante enquête généalogique sur la sœur du réalisateur et le lourd secret que sa mort prématurée et son enterrement au Maroc cachaient. Ou encore "L'Homme aux 1000 visages", désopilante chasse à l'homme intercontinentale d'un Dom Juan pathologique.
La limite du "Cinquième Plan..." est qu'il contient moins de rebondissements que ses autres œuvres qui nous tenaient en haleine du début à la fin. La question qu'il pose est binaire (oui ou non, Paul-Henri est-il le gamin de la photo ?) et sa réponse nous est (trop) rapidement donnée.
On s’ennuie du début à la fin devant l’histoire de cette famille qui, sous prétexte que l’un d’eux serait apparu dans un chef-d’œuvre, devrait nous intéresser, mais qui, au final, n’a pas grand intérêt
Une magnifique surprise ! Loin d'un film qui serait uniquement pour cinephiles et spécialistes de Marker, le film de Dominique Cabrera nous fait entrer dans l'histoire du cinéma par la petite porte d'une histoire de famille et par la grande de celle de l'histoire de France. Un enquête passionnante, où Marker et représentants des Cabrera se croisent, bien décidés comme les spectateurs à découvrir le mystère des oreilles du cousin Jean-Henri comme celui du tournage de la Jetée ..
Comme une enquête policière...Très beau film de Dominique Cabrera, qui fait un merveilleux écho au mythique film "La jetée " de Chris Marker. A ne pas manquer !
Même si on ne connaît pas le cinéma de Chris Marker, il faut embarquer de toute urgence avec Dominique Cabrera et guidée par sa voix douce et inspirée, suivre cette enquête intime où l' on rencontre une partie de sa famille arrivée d'Algérie à Orly un jour.... où Marker tournait un film . Croisement inattendu , suspens, poésie , on est ému, envoûté, bousculé. Un moment de cinéma inoubliable Caroline
On est captivé par cette investigation intime, comme l'est la réalisatrice face à cette possibilité: son cousin peut-il être malgré lui le héros du chef d'œuvre LA JETÉE de Chris Marker?
Dominique Cabrera ne cherche pas tant à prouver qu’à explorer. Son film avance par intuitions, par associations, par échos successifs, comme si chaque image contenait la promesse d’une autre. Cette démarche épouse profondément l’héritage de Chris Marker : un cinéma où le sens ne se fixe jamais, mais circule. Au cœur du film, il y a une question presque mystique : que peut une image ? Peut-elle contenir une vie, une mémoire, une vérité enfouie ? En scrutant un plan, en l’agrandissant, en le rejouant, Cabrera met en scène le geste même du cinéphile, ce désir de croire que le cinéma conserve quelque chose de nous.
J'ai adoré ce film plein de magie. Plus on avance, plus on y croit. Et si nous ou un membre de notre famille était passé à Orly ce jour-là? Hier et demain ne font qu'un ,on a besoin de ce rêve, merci Dominique Cabrera!
Un film très original et intrigant où la documentariste revient sur le chef d'oeuvre de Chris Marker sous un angle imprévu : une de ses connaissances croit se reconnaitre dans une des photos ! La cinéaste se lance alors dans un travail d'enquête mais où ce n'est pas seulement le film de Marker qui est questionné, mais où l'on s'interroge aussi sur les liens familiaux, sur l'actualité de l'année 1962, le tout avec une touche d'humour et un touchant humanisme. Je recommande !
Très bel hommage au film de Chris Marker, "La Jetée", méticuleux travail d'enquête. Comme les films de Marker "Le 5ème plan de la Jetée" sait faire émerger du passé, à travers une histoire intime faussement futile, la mémoire d'une histoire plus large.
Il n’est pas nécessaire d’avoir vu La jetée de Chris Marker (c’est mon cas) pour apprécier et se laisser emporter par ce film qui mélange astucieusement vie intime, cinéma et Histoire. Bravo à la réalisatrice pour sa tenacité (elle a mis 7 ans pour le réaliser) et à la belle équipe qui l’a accompagnée. Mention spéciale à la cheffe opératrice, la compositrice, la distributrice ... et la famille.