Critique à chaud.
Avant toute chose, je tiens à préciser que j’aime le travail d’Orelsan (je ne suis pas un méga fan, mais j'aime sa musique et je trouve que sa carrière est une source d’inspiration pour beaucoup de personnes) ainsi que tout ce qui touche à la culture japonaise.
Je pense que la plupart des personnes qui ne connaissent pas bien Orelsan, ou qui n’apprécient pas sa musique ni sa personnalité, ne se poseront même pas la question et ne se donneront pas la peine d’aller voir ce film. Je pense que c’est peut-être dommage, car le message véhiculé dans cette œuvre n’est pas superficiel : il concerne chacun et chacune d’entre nous.
On est d’accord, le 7e art a usé et réusé le thème du héros affrontant ses démons intérieurs, qui, au terme d’un cheminement semé d’obstacles et de revers, finit par révéler sa véritable identité dans un feu d’artifice cathartique. L’inconscient collectif peut, depuis des années, être lassé par ces représentations et ne plus être touché par le message essentiel.
Mais il n’empêche que ce combat intérieur reste le fondement de toute vie - ce n’est certainement pas un hasard si les plus grandes religions et philosophies de ce monde l’ont toujours mis en avant à travers un imaginaire métaphorique depuis la nuit des temps - et qu'il est plus que jamais d'actualité.
Pour en revenir au film : Orelsan et David Tomaszewski ont pris le parti de jouer cette carte à fond, de l’exploiter et de la surexploiter dans tout ce que cela peut englober en termes cinématographiques — la personnification des démons, les combats, l’univers coloré très bien choisi selon les situations, … - à travers le prisme d'Orelsan.
Oui, ce film tourne autour de lui : c’est l’expression de son univers, la concrétisation de sa réalité intérieure, de ses désirs, ses envies, ses choix… Mais je trouve le film réussi précisément parce que cette volonté est totalement assumée : le film est à son image, imparfait mais profondément cohérent et honnête.
On sent qu’il y a un travail d’écriture et de mise en scène consciencieux, réfléchi et intelligent au service de cet univers et ça c'est plutôt cool.
Concernant le choix des acteurs : je trouve les acteurs japonais excellents, et Clara Choï fait vraiment le taf (d’autant plus que son rôle est exigeant - préparation physique, porter une prothèse de faux ventre de grossesse, …). Les scènes de combat sont plutôt réussies et cohérentes avec la dynamique et l’univers cinématographique voulu (films d'arts martiaux type Jackie Chan). L’équipe des cascades et les comédiens ont produits un sacré travail à mon sens, félicitations à eux !
Les effets spéciaux sont vraiment pas dégueu, soyons honnêtes (encore une fois, du très bon travail) et franchement ambitieux pour un film français, ça aussi c'est cool.
J’ai vu aussi des critiques sur la lenteur du film. Pour ma part j'ai trouvé le rythme tout à fait correct : je ne me suis pas ennuyé et je n’ai pas trouvé de scènes superflues.
Bien entendu, quelqu’un qui n’est pas familier avec l’univers des yōkai japonais ou les films d’arts martiaux aura sans doute du mal à apprécier. C’est un parti pris.
Personnellement, j'en ressors touché et reconnaissant. Je ne parlerai pas du "Film de l'Année" mais j'ai vibré tout du long et c'est tout ce que je demandais.
Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, mais je pense que d’autres s’en chargeront.
Bravo à Orelsan et David Tomaszewski : vous signez là une œuvre pleinement assumée susceptible d'inspirer et de toucher ceux capables d’en comprendre le cœur.
C'est pour ça que je mets 5 étoiles, car pour moi le pari est réussi et j'ai envie de saluer l'ambition du projet.
En résumé : ce film, c’est un délire — le délire d’Orelsan — mais un délire sincère et assumé, et, à son image, c’est à prendre ou à laisser.
Quoi qu'il en soit cela ne laisse pas indifférent.