Très déçu.
Depuis le temps qu'Orelsan est une valeur sûre, on ne pouvait même pas imaginer que Yoroï, grand projet de l’artiste, serait aussi léger.
En positif, on notera que la plupart des décors est recherchée, travaillée et que les effets sont souvent très réussis (à part le cou de la femme serpent, fx des années 80), et on notera sans surprise que les musiques, signées Orelsan, sont particulièrement incroyables, avec un son sublime (j’ai vu le film dans une grande salle avec un vrai système son, ça valait le coup !).
Mais ça ne fait pas tout.
La direction d'acteur pêche à tel point que les deux personnages principaux s’élèvent à peine au rang de feuilleton pour pré-ados,
Le montage casse bien régulièrement le rythme des dialogues, et les vannes (souvent bonnes) d'Orelsan sont posées entre deux autres phrases, comme des tranches de saucissons dans un sandwich bon marché. Idem pour certaines réponses, réactions dans les échanges, ça sent presque l'amateurisme.
Au long de ce film improbable, le rythme est décontracté au point que rien ou presque n’étonne les deux héros, ni de se retrouver dans une armure magique, ni de ne pas pouvoir l’enlever, ni de croiser des monstres la nuit, ni même d’en être les proies … rien ne les touche plus que ça, comme Spiderman qui va chasser les méchants tous les soirs, la routine.
Mais surtout, surtout…… le problème c'est le scénario ! Simplet à souhait, niveau « Petit ours brun va au Japon pour sa crise de la 40aine », avec en point d’honneur, absurdissime à tous les niveaux ; Nanako enceinte de quasi 9 mois, qui s’entraine au combat, et fight genre MMA des monstres et des méchants pendant tout le film. No comment. De toute façon le futur papa soit-disant bouleversé par ses nouvelles responsabilités, trouve ça tout à fait normal de fighter sa femme enceinte.
Pour refermer ce programme de Gulli, on a droit à une fin (une morale ?) si lamentable qu'on croit avoir loupé un truc : Après avoir mis tout le film à comprendre que ses idées négatives et ses travers c'était pas bien pour lui, Orelsan se soigne d'un coup en disant à la représentation de son côté sombre "J'ai décidé de ne plus t'écouter", et hop, il est guéri.
Incroyable ; on imaginait voir un film, et on réalise qu'on regarde une vidéo de Tibo InShape sur comment devenir la meilleur version de soi.
Ça resterait juste un petit film pour gamins élevés aux jeux vidéos si le fond du truc n’était pas quelque peu dérangeant. L’aventure de ce couple dissimule à peine l’état d’esprit étonnant d’Orelsan (celui de la vie et/ou celui du film ?) : le héros, comme après une thérapie au rabais, remet tout en question sans équivoque ; famille, amis, collègues, et même son public. C’est glauque car ça ne s’invente pas, et c’est gênant parce que le spectateur est concerné directement.
D’ailleurs l’album « La fuite en avant » sorti en même temps que le film est sur le même ton. Les sujets sont à peu près les mêmes et sont traités de la même façon : Le monde est très méchant avec Orelsan qui en a ras-le-bol de tout, y compris de vous. Alors il clashe gratuitement au nom de « sa version sombre ». Mais ça ne fonctionne pas (Mbappe lui a bien fait savoir).
Bref, Orelsan fait sa crise de la 40 aine et découvre que la vie c’est difficile, et avec un ton détaché et méprisant rend responsable le reste du monde.
Il aurait mieux fait de changer de thérapeute.