Le Berger et les Ours, réalisé par Max Keegan, plonge au cœur des Pyrénées françaises où le retour de l'ours ravive un conflit ancien entre protection de la biodiversité et pastoralisme. À travers Yves Raspaud, berger proche de la retraite, Lisa Laguerre qui apprend un métier de plus en plus difficile et Cyril Balthasar, adolescent fasciné par la faune sauvage, le film raconte des trajectoires humaines traversées par les mêmes interrogations sans jamais désigner de vainqueur.
L'œuvre dépasse rapidement le débat écologique pour explorer les fractures du monde rural. Chaque attaque sur un troupeau bouleverse autant l'économie des exploitations que l'identité des bergers, construite autour d'une présence permanente auprès des animaux. La montagne apparaît comme un territoire où la vigilance devient une manière de vivre, tandis que les décisions prises loin du terrain nourrissent un sentiment d'incompréhension. Le documentaire montre également l'évolution du métier avec l'arrivée de jeunes diplômés qui complètent leur formation technique par un apprentissage concret des réalités pastorales. Beaucoup finissent pourtant par abandonner face aux contraintes de la profession et à la pression permanente liée à la présence des ours.
Sur le plan cinématographique, Le Berger et les Ours brouille volontairement les frontières entre documentaire et fiction. Son immersion, l'absence d'adresse à la caméra, la qualité du cadrage, du rythme et de la photographie créent une œuvre visuellement très forte. Certaines séquences possèdent même une dimension romanesque qui pousse le spectateur à s'interroger sur la part de réalité et de mise en scène. Cette ambiguïté nourrit l'expérience de projection sans détourner l'attention de son véritable sujet, celui d'hommes et de femmes qui cherchent encore les conditions d'une cohabitation durable entre activité pastorale et préservation de la faune sauvage.