Ce film reçoit de la part des personnes qui sont étrangères au sujet beaucoup de louanges. D'un point de vue strictement cinématographique on peut éventuellement les admettre. Mais d'un point de vue documentaire c'est une catastrophe ! Quand certains affirment qu'il n'y a aucun manichéisme dans ce film, c'est totalement faux. En gros ce film n'est qu'une accumulation, un montage de clichés et d'images caricaturales qui racontent la vision totalement subjective que peut avoir un étranger de cette question de la relation entre le berger et l'ours. Donc ce film prends parti. Et son titre l'affirme puisqu'il annonce en premier le berger. Concernant les ours on est dans la même image que celle que l'on donne aux enfants concernant le loup. On ne le voit pas, on parle de lui sans vraiment le connaître, et on lui attribue surtout une image de démon, qui se mets en scène de façon ridicule quand le ciel s'obscurcit et que l'orage gronde, et que l'on voit le lendemain des cadavres de brebis. Il est important de remettre les choses en place. L'un des tout premier plans qui montre le lâcher d'ours avec un hélicoptère concerne deux ourses Sorita et Claverina qui ont été lâchées en vallée d'Aspe et d'Ossau, donc loin de l'Ariége. Les cadavres de brebis montrés comme les horreurs que l'ours est capable de commettre ne sont pas toutes dues à l'ours. Il y a notamment une image de brebis dont il ne reste que le squelette, cette bête a peut-être été tuée par l'ours mais ce sont d'autres animaux, vautours, renards, corbeaux... qui sont venus finir l'animal, jamais l'ours ne fera ça. Concernant ce berger, là aussi il ne faut pas idéaliser ce métier et cet homme, et notamment son rapport à l'animal, les scènes de dépouille d'un cerf et de tuerie du cochon sont quand même d'une rare violence. La démonstration de force des bergers ariégeois ambiance maquisards cagoulés comme en Corse le prouve. Et c'est surtout ce que ce film montre clairement, ce sont eux les dangereux prédateurs. Le réalisateur, lorsqu'il tente de nous entrainer dans les larmes du berger qui raconte après un repas bien arrosé, la peur de sa vie quand l'ours s'est approché de lui, est à bout d'argument pour condamner l'ours, il se raccroche à un pitoyable effet sentimental. Jamais l'ours n'a fait preuve de violence gratuite, voilà pourquoi il faut essayer de grossir et de rendre terrible le moindre de ses gestes. D'ailleurs les éleveurs le disent "un jour il y aura un accident grave", il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais, mais d'une certaine façon ils l'espèrent, ils ont besoin d'entretenir ce rapport de force pour entretenir la fable. Pourquoi pas mais alors le film aurait du jouer le jeu de la fable de bout en bout.
Ce qui n'est pas raconté c'est que ces éleveurs ont des troupeaux de plus en plus conséquents, de plusieurs centaines voir de milliers de bêtes, pour avant tout toucher les primes, et faire le moins de frais possibles, notamment en payant des bergers, ils refusent d'admettre qu'un homme seul ne peut pas s'occuper correctement d'un troupeau de mille bêtes. L'image de fin est intéressante, le berger installe une vrai clôture pour protéger son troupeau, alors effectivement il n'y a plus rien à raconter.
Le film s'arrête, et c'est bien dommage, car c'est le moment où il était possible de montrer qu'enfin le berger a compris qu'il n'est pas le maître absolu dans les montagnes, que la nature ne se maitrise pas à coup de fusil ou de bâtons et qu'il est possible de partager un territoire, d'autres le font en d'autres lieu.....
Mais comme ils le chantent dans le film, nous sommes en Ariège, la discussion s'arrête là....et ça le film le montre bien !