Film vu en avant première au Ciné Cité de Strasbourg le dimanche 5 avril.
« Juste une illusion », le nouveau long métrage d’Eric Toledano et Olivier Nakache, c’est d’abord un film d’ambiance, celle des années 80. Il y a deux types de spectateurs pour ce film, ceux qui les ont connus et les autres. Pour ceux qui ont grandi, comme moi, dans les années 80, ce film est une immense claque temporelle, et tout d’abord une claque visuelle. Sans parler de la bande son à base de Imagination, Cure, Téléphone et autre Fox the Fox, il y a dans ce film un effort de reconstitution impressionnant. Cela commence par les logos des chaines qui financent le film, des vrais logos d’époque, et ensuite tout est à l’avenant : chaque véhicule, chaque enseigne de magasin, chaque vêtement (ah, le blouson avec le canard dans le dos !), chaque coiffure, chaque élément de décor est soigné. Je sais bien que tout cela est le fait de professionnels qui travaillent minutieusement sur le sujet, mais souvent on note ici ou là un petit anachronisme passé inaperçu, un petit truc qui ne colle pas, surtout si on des souvenirs précis de ces années là. Ici, franchement, on est y totalement et s’est troublant de vérité. Le film dure 2h, on ne voit pas le temps passer parce qu’on rit beaucoup, et on est charmé par cette famille qui nous rappelle forcément des souvenirs. On rit beaucoup mais on ne fait pas que rire, car les années 80 ne sont pas (du tout) le paradis sur terre, la crise frappe de plein fouet
et il y a dans ce film quelques scènes avec le personnage du père, Yves, en recherche vaine de travail, qui transpirent le découragement et même un peu le désespoir.
Toledano et Nakache, dont le talent n’est plus à prouver, mettent ici en scène une partie de leur enfance. Ils ne se connaissaient pas à l’époque et pourtant, ils ont cette enfance commune qui nous est un peu commune à nous aussi. C’est bien filmé, avec quelques scènes fortes (la danse de Sandrine et Yves sur « I’m so exited »), pas mal de scènes tendres et des moments forts drôles, même si de ce point de vue tout n’est pas hyper original et que certains gags
(la cassette vidéo)
se voient venir de loin. Sur la forme tout cela est réjouissant et impeccable, et il en est de même avec le casting. Il y a beaucoup de personnages, comme dans tous les films de ce duo de réalisateurs, et pourtant les seconds rôles ont une vraie partition à jouer à commencer par Pierre Lottin. Dans le rôle du gardien d’immeuble et homme à tout faire, clairement sous le charme de Sandrine, il est parfait et on en vient à regretter qu’il n’ai pas un peu plus de scènes pour donner la pleine mesure de son potentiel comique. Les deux gamins, le petit frère joué par Simon Boublil et le grand frère incarné par Alexis Rosenstiehl sont également épatants de naturel. Mais le casting est dominé par Camille Cottin, toujours aussi solaire, et Louis Carrel qui a certainement le rôle le plus difficile. Il y a quelques chose de très touchant dans ce personnage qui lutte pour donner le change alors qu’il est au chômage et qu’il a un gros découvert à la banque.
Sa façon de regarder sa femme progresser dans sa carrière alors que lui s’enfonce, de regarder son fils cadet devenir un homme alors que çà donne un coup de vieux à son mariage, de regarder ce monde de 1985 où il semble ne plus avoir sa place, comme il a perdu symboliquement sa place de parking, cet homme ne lâche malgré tout pas l’affaire et lutte pour rester debout.
C’est un très joli rôle pour ce comédien qu’on a davantage l’habitude de voir dans des rôles plus « cinéma d’auteur ». Finalement, le petit point faible de film réside surtout dans son scénario qui est un peu fragile. Raconter une ambiance, et raconter la fin de l’enfance d’un petit juif de banlieue qui découvre ce nouveau monde où il va devoir trouver sa place, c’est quand même assez mince comme intrigue. Rien ne dénote : les bêtises entres copains, la fille inaccessible, le grand frère avec lequel on a plus vraiment d’atomes crochus, les parents qui se crient dessus à la moindre occasion, tout cela sonne juste, mais ce n’est pas bien consistant quand même, il faut bien le reconnaitre. « Juste une Illusion » est sans doute le film le plus personnel et autobiographique du duo Nakache/Tolédano, mais je ne suis pas sure que cela soit leur plus grand film ni leur plus grand succès. Ceci dit, quel moment agréable de cinéma cela a été malgré tout ! Un voyage dans le passé qui, pour les gens de ma génération, va forcément taper quand même un peu dans le mille.