C'est dans une salle où l'on semblait légèrement perdu (unique modèle de "moins de 35 ans" : on fait ce qu'on peut), on a vite compris qu'on n'était pas le public-cible, mais tant pis : on a bien aimé quand même. Juste une illusion est une bonne comédie du binôme Toledano-Nakache, connu pour la qualité de ses répliques et situations comiques bien maîtrisées. Encore une fois, c'est un savoureux mélange de dialogues hilarants (Monsieur Berger, le père effacé, la mère protectrice, le frangin fan de punk et le "petit dernier" qui est notre guide dans cette décennie de tous les changements) et de belles situations (la scène où les parents écoutent à la porte des ados, se remémorant leurs premiers émois, et chantonnent bêtement, avant la dispute "d'adultes"... Beaucoup de rires, et beaucoup de sensations de vécus). On dira tout d'abord que les acteurs, comme dans "tout bon Toledano-Nakache" (tous leurs films sauf "Une année difficile", quoi), sont un panel impossible à remplacer, tant leur performance marque. Du gamin qui cherche sa place dans ces années 80, au couple tempétueux émigré mais qui s'aime au détour d'une musique endiablée (très belle scène), au frangin fan de musiques "décadentes" (autant dire qu'on s'est directement identifié à cet ado fan de fosse de concert punk, et on connaît plus ses sons à lui, que ceux que les réals ont mis en BO officielle du film) : cette famille (et voisin) est adorable. On rigole beaucoup des situations, des répliques ironiques, et on savoure cette tournure des mentalités dans les années 80 (le fameux "Touche pas à mon pote" qu'on a oublié, depuis...). Mais, puisqu'il y a un "Mais", on n'apprécie qu'assez moyennement le "nostalgia-porn" (traduisez : le fait qu'on vous force à apprécier quelque chose avec une foultitude de références nostalgiques), donc toutes ces références lourdingues (et jamais expliquées : ce qui fait capter qu'on gêne, dans le public-cible, malgré nos propres parents bavards...) qui jouent du coude dans vos côtes ("Tu te rappelles ?!"), pour être sûres que vous souveniez bien "comme c'était bien, avant". Sauf que, là où Toledano-Nakache nous ont complètement paumé dans les réf nostalgiques au forceps ("La Valise RTL ??? C'est quoi ce truc ?"), on retient quand même un certain pragmatisme (ils ont retenu la leçon de Intouchables, où le regard sur les femmes a "plus que mal vieilli", pour les plus polis...), qui souligne souvent que "avant, c'était pas si bien, en fait," et qu'on ne retient que le meilleur, dans nos souvenirs. Car tout ça, c'est "juste une illusion". Chômage des cadres (Vous avez tous faits les mêmes études ? : Aïe...), immigration difficile, racisme, difficulté de la culture à s'expatrier (les musiques punk londoniennes qui se revendent à prix d'or sur le marché noir...), homophobie (on se moque des gays qui se tiennent la main en public), et jeu radio comme seul espoir. Les deux réal se rappellent de leur adolescence, avec du fiel et du cœur, et aiment autant les coupes de cheveux infectes (Lottin est joyeusement atroce avec sa coupe mulet, et Louis Garrel est un bon concurrent avec ses boucles et sa moustache de Francis Cabrel...) que les travers de cette époque. Même en ayant conscience que les références appuyées s'adressaient aux autres rangées de la salle (insérez un nom d'homme politique des années 80 que vous ne connaissez pas si vous avez moins de trente piges), les acteurs - et surtout Simon Boublil - sont plus que brillants, pétillants, et finalement très humains. Plus que le nostalgia-porn assez prononcé, on a adoré cette famille dysfonctionnelle et les vannes qui en ont découlé.