In et off
Un 1er film pour le scénariste, acteur et réalisateur Johann Dionnet… et un coup de maître. Pourtant, au vu de la bande annonce – décidément le piège à c… par excellence -, ça ne s’annonçait ni original ni baigné de tendresse pour les métiers du théâtre. Stéphane et sa troupe débarquent au Festival d’Avignon pour jouer « Ma sœur s’incruste », une pièce de boulevard. Il y croise Fanny, une comédienne montante qui joue dans un classique de Victor Hugo, et tombe sous son charme. Sur un malentendu, elle l’imagine être l’interprète de Rodrigue, le rôle principal du prestigieux « Cid » de Corneille. Pour la séduire, Stéphane s’enfonce dans un mensonge qu’il va devoir faire durer le temps du festival…mais qui va très vite le dépasser. Je suis tombé sous le charme de ces 103 minutes de comédie romantique qui célèbrent avec drôlerie et justesse le microcosme des histrions avec ses élans de fraternité, ses conflits, ses castes et ses fractures. Une belle façon de lancer l’été du cinéma français.
Sujet original : une histoire d’amour sur fond de « lutte des classes » dans le monde du théâtre durant le Festival d’Avignon. Dionnet avait réalisé en 2019, un court-métrage – qui faisait déjà 40 minutes -, intitulé Je joue Rodrigue. Il lui restait à étoffer son propos, avec de nouveaux personnages, de nouvelles scènes et de nouveaux dialogues, pour parvenir à ce petit bijou de comédie. Une des forces de ce film réside dans le fait que certaines séquences ont été tournées pendant le Festival d’Avignon lui-même, avec une caméra discrète et un style presque documentaire. Cela a permis de capter l’ambiance réelle des rues animées, des spectacles de rue et du rythme effréné du Off. Ces scènes contribuent à ancrer l’histoire dans une réalité palpable et à offrir une immersion rare dans les coulisses du théâtre vivant. Le cinéaste réussit un film de troupe qui parle de son amour pour les théâtres… tous les théâtres. Dialogues ciselés, rythme enlevé, seconds rôles inspirés : le charme opère de bout en bout, en particulier grâce à un casting très inspiré.
Le seul nom vraiment connu reste de ce lui de l’humoriste Baptiste Lecaplain, qui montre enfin toute l’étendue de son talent. Il est parfaitement entouré par Alison Wheeler, Lyes Salem, Elisa Erka, - une vraie révélation -, Amaury de Crayencour, Rudy Milstein et Johann Dionnet lui-même. Quiproquos, imbroglios, dialogues ciselés, légèreté, humour ravageur… tous les ingrédients sont réunis pour un vaudeville d’aujourd’hui qui a remporter le Grand Prix de l’Alpe d’Huez – décidément un bon cru cette année -. Un détour par Avignon s’impose.