Un bon film qui continue sur la lancée de cette série de « premier film » de jeunes réalisateurs/trices français très réussis : « Vingt Dieux », « Partir un jour » et maintenant « Avignon ». Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu un si bel enchaînement. On est peut-être pas tout à fait au niveau de « Vingt dieux » mais ici encore on retrouve le souci , l’attention porté à la description de faits sociétaux , sans manichéisme ,en finesse, sur un mode néo-impressionniste , avec beaucoup d’empathie.
Ici pas de producteur de fromage de « Comté », mais nous sommes dans le milieu théâtreux, une petite troupe d’intermittents qui tire par les quatre bouts pour vivre leur passion du jeu. Ils se rendent à Avignon, la Mecque du théâtre, rendez-vous du mois de juillet incontournable, avec une toute petite pièce de boulevard jouée dans le « off » . Ils sont humbles, veulent se faire plaisir et faire plaisir à leur (bien maigre) public, c’est la passion d’un métier pas encore tout à fait confirmé.
Mais le héros, un de ces acteurs, retrouve par hasard dans les rues d’Avignon, une ancienne copine de stage, elle-même actrice plus confirmée, dont il était amoureux, et voudrait lui faire croire qu’il est un acteur, de renom, de théâtre « sérieux », subventionné, jouant le Rodrigue de Corneille dans un grand théâtre. Beaucoup de quiproquos s’en suivront, beaucoup d’humour, parfois un peu acide, voir sarcastique, mais beaucoup d’humanité.
C’est aussi une jolie comédie romantique, à laquelle on se laisse prendre grâce au très bon jeu des deux acteurs principaux : l’humoriste Baptiste Lecaplain qui se révèle être un très bon acteur, avec beaucoup de densité et de finesse, et Elisa Erka, entraperçue plusieurs fois, mais qui tient là un très joli rôle : touchante, charmeuse, mélancolique, qui devrait lui donner plus de visibilité. On retrouvera plusieurs scènes chantées, très réussies, comme dans « Partir un jour » , et la romance se nouera aussi sur le même thème musical , toujours culte, « Femme like you » de K-Mero de 2004, quel revival !
Tous les acteurs sont très bons, Alison Wheeler toute en subtilité, qui découvre une forme de liberté individuelle, et Lyes Salem qui a un très bon personnage, le mettant en avant de très jolie manière, tout cela prouvant une grande capacité de direction d’acteur de Johann Dionnet. Il nous prouve ainsi une belle créativité et l’on souhaite beaucoup de succès pour ce premier film, qui sera déterminant pour pouvoir enchainer au plus vite sur un 2eme film, que l'on attend déjà.