"Je suis la mer.
Dans mes profondeurs dorment tous les trésors.
Mais a-t-on demandé aux plongeurs quelles perles ils ont vues au fond?"
Ce poème en arabe ouvre et conclut le film, comme une litanie. Il est certainement une métaphore de la culture et de l'histoire des Palestiniens, qui se transmet ou pas.
Dans le film, le poème se transmet sur deux générations, pas sur la troisième. La culture, plus ou moins. La religion islamique semble prendre de plus en plus de place. Ainsi que l'aigreur et le désespoir. Sauf dans les dernières minutes.
J'ignore tout de la sincérité et de l'honnêteté ou pas de la réalisatrice, Chérien Dabis, enfant de la diaspora palestinienne et jordanienne née aux Etats-Unis en 1976. D'après ce que j'ai lu, elle-même avait 8 ans quand elle est allée, au moins une fois, dans les territoires palestiniens, et elle aurait été choquée par un contrôle serré de la part des Israéliens.
Elle semble considérée comme une cinéaste engagée et se plaindrait de la difficulté à obtenir des financements pour un film sur les questions palestiniennes, jugé trop politique par Hollywood.
Son film est ambitieux et sérieux. Les acteurs sont très bons et les situations diverses crédibles. Les Israéliens n'y ont pas le beau rôle. Les soldats sont vicieux, abusifs, sadiques, meurtriers. Le personnel d'un hôpital est professionnel mais pas spécialement sympathique. Seule une famille, vue chez elle, est humaine, ainsi que le garçon de cette famille devenu adulte. Humains mais pas débordants d'intelligence et de bienveillance.
L'histoire est racontée depuis le point de vue d'une famille palestinienne, à travers trois générations. Cette histoire est tragique. Terrorisée par la guerre et des soldats "sionistes", une sympathique famille bourgeoise de Jaffa, civilisée, aimante, transmettant en son sein l'amour de la poésie et de la culture des orangers, s'enfuit. La suite se passe dans un camp de réfugiés sordide. Là, le père merveilleux,
devenu grand-père revanchard, transmet à son petit-fils du nationalisme plus que les anciens poèmes
. Là, le petit-fils
apprend à mépriser son père amoureux des lettres mais impuissant
. Malgré leurs déboires, les parents de la 2e génération se montreront hautement civilisés dans l'épreuve ultime, et ce grâce aux conseils d'un imam éclairé d'une religion éclairée. C'est dans la mosquée que la mère se voile à nos yeux pour la première et unique fois. Ce couple trouvera son salut
en quelque sorte dans l'exil.
Je reproche au film des longueurs, surtout dans la partie qui raconte l'épisode de
la blessure du fils de la 3e génération et de l'hôpital.
J'ai trouvé que la musique, souvent à base d'instruments à cordes, est belle en soi mais devient lassante tant elle est répétitive.
Mais surtout, ce qui ressort de cette histoire est tristement banal : dans les guerres, les gens, les civils, les familles souffrent. Or, cela vaut pour toutes les guerres, quelles que soient leurs circonstances. Dans ce film, le seul point de vue est celui de la famille, sans aucune contextualisation historique. On comprend donc ceci : "les sionistes nous ont envahis et ont pris notre terre et notre pays, c'est injuste, nous souffrons et nous sommes les victimes de l'histoire". Il n'est pas question ici de nier la souffrance de ces familles. Mais, pour comprendre le problème palestinien, on ne peut pas se contenter de l'émotion, de l'empathie et de l'admiration ressenties pour cette famille.