Cherien Dabis a été profondément marquée par un événement personnel survenu lors de son enfance, qui a par la suite façonné son désir de raconter une histoire aussi personnelle que elle au centre de Ce qu'il reste de nous. Son premier souvenir d'un voyage en Palestine à l'âge de huit ans, où sa famille a été retenue pendant 12 heures à la frontière par des soldats israéliens, a ainsi laissé une empreinte indélébile : "Ils avaient fouillé toutes nos bagages."
"Mon père leur avait tenu tête lorsqu’ils avaient ordonné que nous soyons tous fouillés à nu, y compris mes petites sœurs, âgées de trois ans et d’un an. Les soldats lui avaient crié dessus. J’étais terrifiée à l’idée qu’ils puissent tuer mon père. Je me souviens très clairement du trajet en voiture à travers Jérusalem après cette épreuve, la tête passée par la fenêtre, en me disant : « C’est ça, être Palestinien. Les gens ne nous aiment pas, alors ils nous traitent mal."
Ce qu'il reste de nous s'attache à explorer la "post-mémoire", concept que Cherien Dabis décrit comme la manière dont "la mémoire d'un passé bien plus déterminant" éclipse le quotidien des générations actuelles. À travers Ce qu'il reste de nous, Dabis souhaite susciter l'empathie envers les souffrances palestiniennes transmises de génération en génération. Concentré sur une fresque familiale, le film interroge cette transmission de traumatisme, tout en exposant les relations multigénérationnelles d'une manière qui humanise l'histoire complexe de son peuple.
La démarche de Cherien Dabis n'est pas de livrer une œuvre explicitement politique, mais de proposer un récit "profondément personnel et intimiste" : "C’est une fresque historique qui retrace l’histoire d’une terre à travers le regard d’une famille et trois générations de lutte. Un portrait familial qui interroge la relation entre le grand-père, le père et le fils, ainsi que l’héritage traumatisant transmis à chacun. Je voulais faire un film qui soit une lettre d’amour à mon peuple. Pour la première fois, on voit une famille palestinienne endurer ce qui nous est arrivé depuis 1948."
"C’est un drame qui est aussi traversé par des moments de joie, d’amour et d’humour, qui permettent au film de ne pas être trop difficile à voir. Surtout, c’est une occasion de provoquer le changement en ouvrant un dialogue autour de la nécessité de reconnaître notre souffrance, car c’est là que commence la guérison. Je suis aussi une Américaine et je connais la façon dont les médias occidentaux nous déshumanisent. Je voulais que ce film puisse parler au public occidental et montrer notre humanité", explique la réalisatrice, en terminant :
"Cela peut sembler un objectif ambitieux, mais je crois profondément au pouvoir du cinéma, à sa capacité de recontextualiser, d’inspirer et de guérir."
"Quand j’ai vu le film, j’ai ressenti une immense satisfaction. Quelque chose me rongeait depuis longtemps : comment en est-on arrivés là ? Comment en est-on arrivés au 7 octobre ? Comment a-t-on pu atteindre le point où un génocide se produit sans que le monde ne réagisse d’une manière appropriée ? Cela a à voir avec le sujet du film, qui est vraiment l’expérience palestinienne, depuis la création d’Israël, le déplacement du peuple palestinien et l’oppression liée à l’occupation. Mais ce qui m’a aussi profondément ému, c’est la grâce dont fait preuve le peuple palestinien face à tout cela, et la manière dont Cherien raconte l’histoire de cette grâce. J’en ai été ému aux larmes."