Marche et invente ta vie
Yann Samuell, jusque là, n’a pas, c’est peu de le dire, marqué l’histoire du cinéma sinon par un anar grande taille, son remake de la Guerre des boutons. Cette comédie dramatique dans l’air du temps est loin d’être déshonorable, on passe, avec ces 114 minutes un bon moment sur les chemins du plus célèbre pèlerinage du monde. Fred et Adam, un adolescent en rupture, ne se connaissent pas. Pourtant, grâce à une association, ils entreprennent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle cherche à apaiser son passé, il tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée. Trame assez convenue, mais pas mal d’émotions et de rire aux détours du chemin qu’on peut emprunter sans crainte.
Du Puy-en-Velay à l’Espagne en passant par Bouziès, Cahors, Figeac, Conques, Estaing, Sauliac-sur-Célé… les paysages sont tous plus beaux les uns que les autres, de ce côté-là, c’était gagnant à tous les coups. Reste le scénario qui malgré un léger goût de déjà-vu, arrive à tenir le coup pendant deux heures. Dans son ouvrage, Marche et invente ta vie, Bernard Ollivier évoque son programme de réinsertion par la marche grâce à son association. C’est de là qu’est né ce film. En France, trois mille jeunes sont condamnés pour des faits de délinquance. Envoyés en prison, 70% d’entre eux basculent dans la grande délinquance dans les deux ans qui suivent leur sortie. En revanche, pour ceux qui choisissent de se tourner vers la marche avec un accompagnateur, comme cela est le cas dans le film, un chiffre est particulièrement évocateur : 60%. Il s’agit du taux de jeunes qui trouvent un sens à leur vie, se réinsèrent et se reconstruisent. Rien que pour cela, le film vaut d’être vu et ce genre de pratiques défendu avec la plus grande force. Bien sûr, le parcours est aussi balisé que le GR 65, avec sont lot de rencontres, d’incidents, d’accidents, de petits bonheurs, de moments de grâce et de coups de mou… Mais à l’heure d’un durcissement du discours sécuritaire, le film tente de rappeler qu’il existe des individus derrière les faits divers, des parcours à comprendre plutôt qu’à condamner.
Alexandra Lamy, parfaitement convaincante – décidément, une actrice qui sait tout faire et le fait bien – constitue un joli duo avec le jeune Julien Le Berre, qui, après quelques petits rôles, crève l’écran et devrait refaire parler de lui. Côté seconds rôles, on retiendra Mélanie Doutey, Eric Métayer et Maëlle Vidou. Au-delà de son récit, le film interroge la notion de transmission, de résilience et de seconde chance. Il pose un regard lucide sur les blessures invisibles, celles que l’on porte en soi et que le temps seul ne suffit pas à guérir. Sans oublier la phrase clé de ce film, en forme de morale : aider les autres c’est s’aider soi-même.