Voilà un film dans la veine de celui de Stéphane Brizé, « En guerre » (2018), avec qui il partage un mot du titre, décrivant un état de guerre, économique (toujours plus de profits), entre la grande distribution et l’agro-alimentaire, sous prétexte de préserver le pouvoir d’achat du consommateur. Un monde de la jungle où les plus faibles sont éliminés (
cf. le « code noir », signifiant le déréférencement total d’une entreprise qui ne se soumet pas lors de la négociation annuelle, dans une pièce aveugle et surchauffée
). Outre le côté documentaire sur les négociations entre industriels de l’agro-alimentaire et grande distribution (au management toxique), filmé comme un thriller, il s’agit bien d’un film politique, dénonçant, pêlemêle, la grande distribution (ici, la société familiale Derval), l’agro-alimentaire, le personnel politique (soufflant le chaud et le froid, avec les contrôles de la répression des fraudes pour désamorcer le mécontentement agricole dû aux produits sous-payés) et les médias, où tout le monde se connait, les dirigeants ayant fréquenté les mêmes écoles et participant à un jeu de rôle grandeur nature et à un poker, brutal et cynique. Olivier Gourmet (66 ans), dans son rôle de Bruno Fournier, acheteur Derval et propriétaire de 2 supermarchés (en région nantaise) est, comme d’habitude, excellent : il est sans illusions sur le monde qu’il côtoie : « A la fin, c’est toujours une question d’argent ». Le film traite aussi, du monde paysan, de plus en plus représenté au cinéma depuis quelques années, à travers la ferme laitière de 72 vaches Normandes (tournage en Seine-Maritime, en hiver) de Ronan Dumont (vivant avec une infirmière) et dont la sœur, Audrey (Ana Girardot, 38 ans) a préféré travailler dans la grande distribution (d’abord, comme chef de rayon laitier puis à la centrale d’achat), et de relations familiales où, malgré des dissentions, la solidarité demeure. Le film décrit le dilemme d’Audrey qui souhaite développer les petits producteurs laitiers locaux et Bio, et faire ses preuves comme acheteuse. Cela évoque « Anti-squat » (2023) de Nicolas Sihol,
où Inès (Louise Bourgoin), ancienne agent immobilier au chômage, menacée d’expulsion, acceptait un rôle de « kapo » (« resident manager » en novlangue dans le film), pour gérer des résidents illégaux, constituant un simple rouage et une courroie de transmission d’une machine à broyer
. Enfin, à signaler la superbe musique de Benjamin Grossmann, en adéquation avec les scènes où elle est présente.