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Joselito
35 abonnés
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4,5
Publiée le 5 décembre 2025
Tourné près de la Frise au nord des Pays bas, au parler très compact, le film prend le genre du polar pour développer autre chose : la méditation métaphysique ( rapport de l'homme à sa vie, sa finitude, son univers familial et intime, la mort ) et esthétique à partir d'un épisode dans l'existence d'un "boer" récoltant des joncs et menacé comme la petite communauté par la dérèglementation et l'eurocratie. Une merveille de plans, couleurs, sons, la petite pièce des enfants sur scène fonctionnant presque comme une mise en abîme, étant une des réussites de ce parti pris poétique, philosophique et politique.
« Reedland » frappe d’abord par sa manière de laisser le paysage respirer à la place des mots. Sven Bresser capte un monde où chaque geste répété, chaque souffle du vent dans les roseaux, raconte un rapport ancien à la terre. Le film suit un homme pris dans une routine presque rituelle, un quotidien façonné par les saisons, le travail et une forme de solitude héritée. La mise en scène cherche moins l’effet dramatique qu’une tension diffuse, discrète, qui s’installe peu à peu dans la douceur apparente de la vie rurale. Rien n’est jamais surligné : la menace reste hors champ, tapie dans l’invisible, dans ce qui trouble les habitudes et fissure le réel. Le décor devient un prolongement de l’état intérieur du personnage, avec ce mélange de rudesse, d’épuisement et de beauté fragile. La photographie, attentive aux lumières changeantes et aux météos capricieuses, renforce ce sentiment d’un monde qui vacille silencieusement. Sans livrer de réponse facile, le film interroge la part d’ombre qui existe en chacun et la manière dont un paysage peut en révéler les contours. C’est un récit sensoriel, tendu, qui préfère le murmure au fracas et laisse résonner l’ambivalence des êtres.
Si les seuls films que vous appréciez sont ceux qui débordent d’actions trépidantes, autant vous le dire tout de suite : "Reedland" n’est pas vraiment fait pour vous. Par contre, si vous êtes curieux de faire la connaissance d’un jeune réalisateur particulièrement prometteur, Sven Bresser, 33 ans, dont c’est le premier long métrage et qui nous vient d’un pays, les Pays-Bas, dont la production cinématographique est loin d’être pléthorique, si un côté contemplatif n’est pas pour vous déplaire, si vous reconnaissez à un réalisateur le droit de laisser des zones d’ombre dans ce qu’il vous raconte, si vous préférez que, dans un film, des sujets de réflexion soient discrètement glissés ici et là plutôt que brutalement assénés, si vous êtes particulièrement sensible à la qualité de l’image, alors, vous pouvez vous diriger sereinement vers "Reedland", film présenté dans la sélection de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes, film qui représentera les Pays-Bas dans la course aux Oscars. La suite sur le site où le tiret du 6 sépare critique et film.
Bienvenue dans les zones humides des Pays-Bas. Au pays des coupeurs de roseaux dont l’activité est de plus en plus menacée par la concurrence chinoise. C’est l’un des aspects parmi les plus intéressants de Reedland, le premier long-métrage de Sven Bresser, que de nous immerger dans une petite communauté rurale, qui plus est avec des interprètes du cru, y compris pour le rôle principal d’un veuf, assez impénétrable. Le réalisateur détourne les codes du polar, puisque crime, il y a, en l’emmenant vers des franges étranges et pénétrantes. Il n’est pas interdit de penser à Malick, pour la splendeur de la nature, mais aussi à Lynch pour le trouble et l’ambiguïté. Mais Reedland n’a pas besoin de références pour imposer son rythme faussement lent, ses brisures nettes entre les scènes et son atmosphère lourde, tantôt triviale, souvent poétique et presque constamment inquiétante et malaisante. Comme s’il y avait des horreurs dissimulées derrière les choses ou le moindre personnage. Le cinéaste dit qu’il a cherché à évoquer ce qui existe entre la lumière et la noirceur. Cela a sans doute à voir avec le mal, mais le film ne donne que quelques clés du trousseau, laissant un poil dubitatif, mais surtout admiratif.