Dilemme moral
Paolo Sorrentino, comme dans beaucoup de ses films, fascine ou irrite selon les cas, mais ne laisse jamais indifférent, ce qui reste l’apanage des très grands. Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé. 133 minutes encore une fois d’une grande beauté, qui soulève des questions morales auxquelles peuvent être confrontés des hommes politiques, qui malgré un long parcours dans le marigot du pouvoir, conservent encore un minimum d’humanité et de recul. Brillant, malgré quelques longueurs.
Aucune référence à des présidents existants, il est le fruit de l'imagination de l'auteur. Car, bien que fictif, le personnage du chef d’état Mariano De Santis est inspiré de plusieurs dirigeants italiens, à commencer par l’actuel président de la République italienne, Sergio Matarella, qui est veuf, a une fille qui l’accompagne dans des sorties officielles et a autrefois gracié un homme qui avait tué sa femme. Mais, contrairement à la plupart de ses réalisations, le cinéaste italien, peut-être touché par la grâce – je n’allais pas m’en priver -, a réussi à se débarrasser de certains tics parfois très agaçants - les décors dépouillés, les petits personnages réduits à des silhouettes esseulées, les scènes baroques… -, même si on se demande un peu ce qu’apporte l’astronaute et le chien-robot dans toute cette belle réflexion sur les coulisses du pouvoir. La délicatesse et la finesse sont les maîtres-mots de ce beau drame mis en scène, comme toujours, magistralement par un Sorrentino qui pour l’occasion semble avoir renoncé à tout cabotinage. Lui, l’insatiable amoureux des femmes, le perpétuel amateur de fêtes et de mondanités, nous livre une œuvre toute en retenue, en nuances et en non-dits. Superbe.
C’est la 7ème collaboration de l’immense Toni Servillo avec Sorrentino. Et, comme à chaque fois, il est impeccable. Ce type sait tout faire et il fait en général mieux que les autres. Un régal. La preuve, il a reçu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à Venise. Il est évidemment fort bien entouré par Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello… C’est donc un film de la vieillesse, sur ce moment où l’humain prend conscience de sa propre finitude. Confronté à l’euthanasie et d’épineux dossiers de grâces présidentielles, il descend de son piédestal présidentiel pour redevenir un simple être humain dévoré par le doute et les regrets. Servillo super star ! Sorrentino, définitivement un très grand cinéaste !