Le catalogue des reproches faits habituellement au cinéma de Paolo Sorrentino est connu : la grandiloquence, la superficialité et ses ambitions felliniennes. Eh bien, à sa manière, La Grazia est une réponse appropriée et sereine, prenant à revers les contempteurs du réalisateur italien qui auront mauvaise grâce, justement, à ne pas reconnaître les qualités d'intelligence et de cœur de son nouveau film, sans même parler de son indéniable profondeur. Le tout, dans une forme apaisée, mais toujours avec une élégance, un raffinement et un sens de l'ironie qui caractérisent son œuvre. La Grazia trace le portrait d'un homme, président de la République italienne en fin de mandat, qui a des décisions difficiles à prendre dans l'exercice de ses responsabilités, et le mot n'a jamais eu autant de sens, liées à un jugement qui doit se référer la loi, mais aussi s'accorder à sa sensibilité d'humain. Celle-ci est d'ailleurs aussi en prise avec son intimité, lui le veuf et l'inconsolable, nostalgique et mélancolique, qui cherche des vérités dans le passé, qu'il ne pourra sans doute jamais trouver. La Grazia est une pure merveille, qui brasse, sans en avoir l'air, et avec une dense légèreté, une quantité de thèmes : la solitude, le temps qui passe, la famille, la fidélité, la foi, la mort, etc. Si Toni Servillo, encore meilleur que d'habitude et ce n'est pas peu dire, est au centre de l'arène, le film laisse largement la place à d'autres personnages marquants : la fille du président, sa meilleure amie, le pape (!), des prisonniers en attente de grâce, etc. C'est un vieil homme et l'amer, mais c'est bien davantage, une succession de scènes drôles, émouvantes et parfois sublimes qui permettent d'affirmer que La Grazia est un chef-d'œuvre. Si d'aucuns y voient un monument de superficialité et de grandiloquence, tant pis pour eux, ils ne savent pas tous les instants de plaisir intense qu'ils auront raté.