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DaeHanMinGuk
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3,5
Publiée le 6 mai 2026
« La Grazia » est restée à l’affiche 9 semaines consécutives en France, ce qui pour un film en vost italienne et qui dure 2h13 est déjà un exploit. Cette fin de règne d’un Président de la République emprise de doute est très bien rendue de l’intérieur, c’est contemplatif mais plein de sagesse, la sagesse de ne rien faire, plutôt que de heurter en ces temps où tout est source de critique. Ce président d’un autre temps n’est pas celui des petites phrases liées à l’actualité mais du temps long.
C’est un Paolo Sorrentino grand cru qui nous est offert en ce début d’année 2026 ! Le réalisateur italien est de retour moins d’un an après Parthenope, que je n’avais pas vu et qui a reçu un accueil plutôt mitigé. Cette fois, le public est plutôt enthousiaste pour ce film où l’on retrouve l’inamovible Tony Servillo, acteur fétiche et ami de Sorrentino, incarnant le président italien Mariano de Santis. Juste avant de rendre son tablier de président, il doit plancher sur quelques dossiers importants : doit-il légaliser l’euthanasie et accorder sa grâce présidentielle à un homme et à une femme, coupables d’avoir assassiné leur conjoint ?
Des sujets passionnants, que le réalisateur traite avec beaucoup de délicatesse et de finesse. On retrouve là le Sorrentino que l’on aime, - auteur, rappelons-le, d'unes des meilleures séries de ces dernières années avec The New Pope) - avec son sens du cadre inégalable, sa photographie toujours splendide, ses envolées baroques et oniriques, et son humour à froid, pour dresser le portrait d’un homme au crépuscule de sa vie, qui s’ennuie terriblement depuis que son épouse est décédée, et à laquelle il pense sans cesse.
Un personnage attachant, mélancolique, esquissé avec soin et subtilité par le réalisateur italien, dans un film où l’on parle peu, et qui se révèle très captivant par sa profondeur, sa beauté, sa douceur et la grâce qui s’en dégage.
Malgré de très belles images, une photographie maîtrisée et une esthétique soignée, les douces et chantantes voix italiennes, La Grazia n’a pas réussi à me captiver au point de lutter pour rester concentrée. Le rythme est lent, sans dynamisme, sans fil conducteur ce qui donne une impression de flottement et d’absence de direction narrative. En dépit de ses qualités esthétiques indéniables je suis complètement passée à côté…
film philosophique, poussant à la contemplation, la réflexion, la remise en question sur le temps que nous ne pouvons pas contrôler. Je l'ai regardé en 3 fois, il est un peu trop long à ingurgiter en une fois.
J'ai adoré ce film. Je m'attendais à un film beaucoup plus technique sur les rouages techniques du système politique italien. Au lieu de cela, on assiste à un cheminement intellectuel passionnant d'un président en fin d'exercice. Ce qui m'a frappé comme particulièrement agréable, c'est la sensation de pouvoir faire confiance au personnage principal. On est projeté à ses côtés pour mieux réaliser ce qu'est ou ce que devrait être un président : le trait d'union de toute une société diverse, entre jeunesse et vieillesse, passé et présent, tout ceci conjugué aux défis de sa propre vie personnelle. Mais à un tel niveau de fonction, l'on est confronté à des questions morales essentielles, déterminantes pour la vie de ses concitoyens. Quoi répondre, quand, comment ? Pourquoi cet homme le saurait mieux que d'autres ? Je soulignerais aussi que la manière de filmer était elle aussi réconfortante, tantôt avec une vue légèrement du dessus ou en plan très serré. Cela donnait une ambiance bien souvent intime, très constructive pour être projeté dans le processus de réflexion du personnage.
Vu de France, le film vaut le cout rien que pour les 2 premières minutes, où sont énoncés la fonction et les prérogatives du président de la République italienne : indépendant des parties et élu pour sa capacité à créer du lien, il incarne l’unité nationale… On en rêverait ! On suit le dernier mandat avant la retraite d’un président imaginaire, Mario De Santis. Six mois avant la fin, il perd le pouvoir de dissoudre, ce qui marque le début de son sevrage du pouvoir. Il peut encore pondérer les pouvoirs législatifs et judiciaires en proposant des corrections à des lois votées ou en usant de la grâce présidentielle pour des condamnés ayant purgé une grande partie de leur peine. Sans remettre en cause la culpabilité il peut ainsi « corriger une situation humaine exceptionnelle »... Mais il renâcle. La Grâce (au centre du film par son titre) s’applique selon le cœur et non selon le droit. Est-il apte pour ce rôle, lui dont le surnom dans le milieu politique est « Béton armé » ? Une étrange scène de tempête lors d’une cérémonie officielle montre un certain déficit d’empathie. spoiler: Il traine également à promulguer une loi votée sur l’euthanasie, malgré la pression de sa fille, son chef de cabinet. Solitude du pouvoir dans les décisions ultimes… il regarde un cheval à l’agonie auquel il refuse le coup de grâce, il prend conseil auprès d’un pape noir et rigolard, il converse avec un astronaute qui verse une larme qui flotte en apesanteur… Sorrentino sait poser les questions sensibles, et dégager les enjeux sans asséner de certitude. Ce qui frappe, c’est qu’il n’a pas ou peu intégré la dictature du « sans prétention », Il refuse cette culture de l’humilité cinématographique, quitte à s’attirer les foudres des gardiens du temple (Libération, les inrocks, les cahiers du cinéma, le Monde, les 4 plus mauvaises critiques d’Allociné ). Il veut de l’enjeu et des situations exceptionnelles, et une mise en scène ambitieuse. ça fait plaisir à voir, un cinéaste qui n’a pas peur de son ombre. C’est aussi une belle histoire d’amour avec sa femme morte il y a quelques années. Sa moitié manquante… il se sent dépossédé de lui-même. Depuis, le « béton armé » est sans doute venu colmater une peur d’interagir avec la vie en l’absence d’elle.