La grâce par la grâce.
Voilà une merveille.
Le Président de la République Mariano De Santis est bien embêté. A six mois de la fin de son mandat il doit prendre 3 importantes décisions. Signer une loi sur euthanasie et gracier ou non une femme qui a tué son mari violent et possessif, et ou un vieux prof d’histoire qui a tué sa femme en phase finale d’Alzheimer.
Contrairement aux apparences ce film ne traite pas vraiment du pouvoir ou de l’exercice du pouvoir. Les supers pouvoirs dont dispose Mariano en tant que Président de la République et qui sont rappelés en détail dans le générique, ne lui sont d’aucun secours. Les dilemmes que posent ce type de décisions peuvent concerner n’importe qui, vous ou moi. Sorrentino a pris comme exemple un président de la république seulement pour une question de dramaturgie. Comme Antigone est la fille d’un roi. Et encore un moyen de jouer avec le mot grâce
Les questions de Droit ou de Justice ne sont pas elles non plus un des axes principaux du film. Les connaissances encyclopédiques en Droit de Mariano dont il est le plus éminent représentant en Italie, ne lui sont elles aussi d’aucun secours. C’est juste des techniques que Mariano maitrise magistralement. En moins d’une minutes il corrige avec un surligneur le projet de loi sur euthanasie pour le préciser et le rendre inattaquable. A la fin Il enrobe juridiquement ses décisions de grâces présidentielles avec une facilité déconcertante.
Le film ne traite pas non plus vraiment du courage. Mariano sait très bien qu’il n’a jamais été courageux et il s’en fout. Jusqu’à maintenant il est parvenu à passer entre les gouttes grâce à son intelligence. De plus, à son âge et dans sa position le regard et la considération des autres lui importe peu. Il s'en fout même du Pape qui est par ailleurs son ami.
Bref, c’est en homme véritablement libre vis-à-vis de lui-même, des autres, des conventions, de la morale et des lois que Mariano doit prendre ses trois dernières décisions. Et pourtant il se sent perdu et seul. Comment décider quand l’incertitude et le doute sont irréductibles ? Comment forger son intime conviction ?
Et c’est là que c’est magnifique, pendant deux heure, pas longues pas ennuyeuses du tout comme j’ai pu le lire çà et là, que Sorrentino et Toni Servillo de manière majestueuse toute en retenue et facétie, nous montrent comment le Président Mariano De Santis arrive résoudre ses dilemmes.
Pour spolier un peu, en fait Mariano qui a déjà tout, cherche continuellement la grâce, l’acte, le geste juste en harmonie avec le tout.
Pour l’illustrer, Il reste obséder par sa défunte femme qui la première fois qu’il l’a vue, marchait avec une infinie grâce, pleine d’élégance et de légèreté dans la campagne.
Le film comme son nom l’indique traite presque exclusivement de la grâce. Il l’explore sous tous ses aspects : présidentiel, religieux, éthique, esthétique, etc.
Sorrentino a fait un travail méticuleux. Chaque image, chaque son, chaque dialogue est lié à la recherche de la grâce. « De l’importance des corps » aurait pu être aussi un sous-titre du film. Tant les danses, les chansons Rap, le corps du cheval agonisant, celui de l’astronaute flottant en apesanteur, du Président péruvien luttant contre une pluie battante, le plaisir de la première bouffée de cigarette… orientent inexorablement Mariano dans sa recherche. Une seule phrase de sa fille, et assistante, le libérera de son dilemme concernant l’euthanasie.
Pour être pompeux on pourrait dire, La Grazia est un film qui traite de grâce avec grâce.
En fin de compte, toujours chercher la grâce ne serait-il pas un excellent prétexte à la vie ?