Je n’avais pas vu de films de Paolo Sorrentino depuis plus de 10 ans, « la Grande Bellezza », sorti en 2013 et oscarisé l’année suivante et que je n’avais toutefois pas aimé, et « Youth » sorti en 2015, et qui aurait lui mérité une palme d’or à Cannes, et que j’avais adoré …le film ne se réduisant pas à son affiche et à la chute de reins de Madalina Ghenea , qui représente à peine 30 secondes sur près de 2 heures de film…Avec la « Grazia » on change de registre…Mariano de Santis (Tony Servillo) est un président de la République italienne, en fin de mandat qui erre dans les salles du Quirinal, siège de la présidence. Sa fille Dorotéa (Anna Ferzetti) est sa conseillère…tous deux sont d’éminents juristes, Mariano de Santis n’a-t-il pas réécrit le code pénal…Ce professeur de droit, veuf et jaloux de sa défunte épouse, dont il est persuadé qu'elle l'a trompé 40 ans plus tôt avec un amant dont il ignore le nom… hésite sans fin à promulguer une loi sur l’euthanasie, sa fille le pousse à signer, sa foi catholique et son ami le Pape le poussent à ne pas signer… De plus, il doit décider de gracier, ou non, deux prisonniers condamnés pour les meurtres de leurs conjoints …la « Grazia » est film magnifique, à l’esthétique étudiée, presque trop millimétrée, qui brasse, sans en avoir l'air, et avec une dense légèreté, une quantité de thèmes : la solitude, le temps qui passe, la famille, la fidélité, la foi, la mort, etc…il met en scène un héros qui s’ennuie sous l’apparat…heureusement que son entourage est plus distrayant, entre une pétulante galeriste, un officier qui écoute du rap…et un pape noir en dreadlocks …
La photographie de Daria D'Antonio est magnifique que ce soit dans la scrutation des visages ou dans la restitution des paysages, souvent brumeux. Quant à l'interprétation, elle est excellente, avec, en particulier, un Toni Servillo au sommet de son art dans le rôle de Mariano De Santis …Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2025, La Grazia a valu à Toni Servillo la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.
Avec "La Grazia", Paolo Sorrentino offre une méditation mélancolique, voire crépusculaire, sur les thèmes de la certitude et du doute, en brossant le portrait d'un homme droit et mû par le bien commun…ce genre d’homme politique existe encore mais se fait rare !!!