La Grazia raconte les six derniers mois du mandat du président Mariano De Sanctis, interprété par Toni Servillo, l’acteur fétiche de Paolo Sorrentino. Mariano doit prendre trois décisions majeures : accorder ou non deux grâces présidentielles à des personnes ayant tué leur conjoint dans des circonstances très différentes, ainsi qu’approuver une loi autorisant l’euthanasie.
Ancien juriste, Mariano est un homme extrêmement réfléchi qui prend toujours le temps de peser chaque décision. Cette prudence fait de lui un président juste, mais aussi hésitant et parfois trop frileux. Sa vie entière est réglée avec minutie, jusqu’à ses repas, comme si rien ne pouvait être laissé au hasard. Le film suit alors les nombreuses discussions qu’il entretient avec son entourage, chacune cherchant à influencer sa position. Sa fille et conseillère Dorotea défend l’euthanasie, tandis que le pape, qui est aussi son ami proche, y est totalement opposé. Mariano se retrouve ainsi plongé dans un dilemme moral complexe entre sa foi, ses convictions personnelles et sa famille. Il résume parfaitement son conflit intérieur lorsqu’il déclare : « Si je refuse, je suis un tortionnaire ; si j’accepte, je suis un tueur. »
Le film humanise beaucoup Mariano. Lassé du protocole et des conventions qui encadrent son existence, il cherche peu à peu à retrouver une forme de simplicité et de spontanéité. Il développe des passions inattendues, comme le rap à travers sa relation avec Guay, et aspire à vivre des moments ordinaires : manger une pizza, se promener librement ou encore attendre dans une salle d’attente comme n’importe qui.
Malgré son élégance et le faste du palais présidentiel dans lequel il vit, Mariano apparaît profondément seul. Il évoque constamment sa jeunesse et reste hanté par la mort de sa femme. Pourtant, derrière cette nostalgie se cache aussi une immense rancœur liée à une infidélité vieille de plus de quarante ans, dont il cherche encore à découvrir l’identité de l’amant. Certaines discussions autour de la bourgeoisie en pantalons blancs et vestes rouges rappellent d’ailleurs fortement une autre œuvre de Sorrentino.
Même si le film traite de sujets sérieux, il conserve plusieurs touches d’humour visuel servant son propos. La scène du
vieux président portugais arrivant au palais symbolise par exemple la peur de Mariano de perdre son autonomie, tandis que le pape circulant en scooter souligne sa modernité. Le film crée également plusieurs parallèles symboliques, notamment entre le débat sur l’euthanasie et la relation que Mariano entretient avec son cheval.
Les deux demandes de grâce amènent Mariano et Dorotea à rencontrer les condamnés. Mariano rend visite à Cristiano, un vieil homme admiré dans son village ayant mis fin aux souffrances de sa femme atteinte d’Alzheimer, tandis que Dorotea rencontre Isa, une femme ayant tué son mari violent. Ces personnages sont leur reflets de leur propre questionnement existentiel : comment retrouver une forme de légèreté et réussir enfin à respirer.
Chaque plan est magnifique, travaillé avec une grande élégance visuelle. Pourtant, derrière cette beauté se cache une froideur permanente qui reflète parfaitement l’état émotionnel de Mariano. L’art occupe également une place importante dans le film, notamment à travers Coco, une grande amie du président présente dans plusieurs soirées artistiques. Le rythme reste lent et contemplatif du début à la fin, ce qui pourra sembler un peu long dans sa dernière partie, mais participe aussi à l’atmosphère mélancolique et introspective de l’œuvre.