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Eriksen
17 critiques
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4,5
Publiée le 14 avril 2026
Vu de France, le film vaut le cout rien que pour les 2 premières minutes, où sont énoncés la fonction et les prérogatives du président de la République italienne : indépendant des parties et élu pour sa capacité à créer du lien, il incarne l’unité nationale… On en rêverait ! On suit le dernier mandat avant la retraite d’un président imaginaire, Mario De Santis. Six mois avant la fin, il perd le pouvoir de dissoudre, ce qui marque le début de son sevrage du pouvoir. Il peut encore pondérer les pouvoirs législatifs et judiciaires en proposant des corrections à des lois votées ou en usant de la grâce présidentielle pour des condamnés ayant purgé une grande partie de leur peine. Sans remettre en cause la culpabilité il peut ainsi « corriger une situation humaine exceptionnelle »... Mais il renâcle. La Grâce (au centre du film par son titre) s’applique selon le cœur et non selon le droit. Est-il apte pour ce rôle, lui dont le surnom dans le milieu politique est « Béton armé » ? Une étrange scène de tempête lors d’une cérémonie officielle montre un certain déficit d’empathie. spoiler: Il traine également à promulguer une loi votée sur l’euthanasie, malgré la pression de sa fille, son chef de cabinet. Solitude du pouvoir dans les décisions ultimes… il regarde un cheval à l’agonie auquel il refuse le coup de grâce, il prend conseil auprès d’un pape noir et rigolard, il converse avec un astronaute qui verse une larme qui flotte en apesanteur… Sorrentino sait poser les questions sensibles, et dégager les enjeux sans asséner de certitude. Ce qui frappe, c’est qu’il n’a pas ou peu intégré la dictature du « sans prétention », Il refuse cette culture de l’humilité cinématographique, quitte à s’attirer les foudres des gardiens du temple (Libération, les inrocks, les cahiers du cinéma, le Monde, les 4 plus mauvaises critiques d’Allociné ). Il veut de l’enjeu et des situations exceptionnelles, et une mise en scène ambitieuse. ça fait plaisir à voir, un cinéaste qui n’a pas peur de son ombre. C’est aussi une belle histoire d’amour avec sa femme morte il y a quelques années. Sa moitié manquante… il se sent dépossédé de lui-même. Depuis, le « béton armé » est sans doute venu colmater une peur d’interagir avec la vie en l’absence d’elle.
Malgré de très belles images, une photographie maîtrisée et une esthétique soignée, les douces et chantantes voix italiennes, La Grazia n’a pas réussi à me captiver au point de lutter pour rester concentrée. Le rythme est lent, sans dynamisme, sans fil conducteur ce qui donne une impression de flottement et d’absence de direction narrative. En dépit de ses qualités esthétiques indéniables je suis complètement passée à côté…
Aucune grâce pour moi ! rien compris à ce film, pas marché du tout, d'un ennui mortel, des scènes qui s'enchainent très mal et une bande son dont je n'ai pas compris l'intérêt. Bref film complétement hermétique pour moi et même la photo qui semble unanimement louée ne m'arrachera pas une étoile !
Dans la lignée de "La Grande Bellezza" ou "Youth". Fidèle à son style, Paolo Sorrentino mêle contemplation, ironie et réflexion sur le temps qui passe. "La Grazia" suit Toni Servillo en Président de la République italienne. En fin de mandat, il est confronté à la perte de sens dans une Italie élégante mais désenchantée. Entre deux demandes de grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé, il doit arbitrer entre convictions personnelles, pression politique et regard de l’histoire. Le film est d’une grande maîtrise. La mise en scène de Sorrentino est somptueuse et visuellement fascinante tout en interrogant sur la responsabilité politique.
Avec cette « Grazia », Sorrentino retrouve le ton et les qualités de l’excellent « La grande belleza », auquel il fait référence par plusieurs aspects. Dans les deux cas, il s’agit d’un portrait d’un homme vieillissant, chacun dans son monde, et qui accède à une sorte de vision différente de la vie. Le film est protéiforme, avec des moments d’humour, des moments décalés ou absurdes, des moments d’émotion, des réflexions pratiques (la justification de la bureaucratie), philosophiques ou éthiques. Il comprend aussi de belles idées cinématographiques : la fascination du président pour la larme de l’astronaute en apesanteur, ou le regard caméra du ministre de la justice semblant reprocher au cinéaste et au spectateur d’avoir compris quelque chose le concernant. Un très beau film, riche et émouvant, sur la grandeur et les faiblesses de l’homme.
Paolo Sorrentino, Toni Servillo, comme d'habitude un film plein d'émotion, de vie, oui la vraie vie où les choix vous engagent. Les autres acteurs sont excellents.
De Paolo Sorrentino, j'étais resté sur le formidable "La main de Dieu" et son ambiance napolitaine en 2021. Ici, il retrouve son acteur fétiche, Toni Servillo (septième collaboration) qui incarne ni plus ni moins qu'un président fictif de l'Italie. Celui-ci est sur le déclin et ne cesse de ressasser la mort de son épouse (et sa tromperie supposée!). Cependant, cet ancien juriste va faire fâce à deux dilemmes : grâcier des prisonniers et surtout appliquer une loi sur la fin de vie. Le cinéaste appuie là où ça fait mal sans se départir d'un humour piquant qui rend notre personnage principal attachant. Son rapport avec sa brillante fille est très pudique et le discours général colle bien à notre époque. Le seul reproche est peut- être de donner une version aseptisée de la vie politique, mais là n'est pas l'essensiel.
Malgré une indéniable élégance formelle, le film laisse une impression d’inabouti, comme une variation moins inspirée d’un cinéma que l’on connaît déjà trop bien.
Une belle réflexion sur le temps qui passe, les responsabilités assumées ou pas, la vie de couple et plus généralement la vie de famille, la relation avec ses enfants quand leur regard sur les parents change. C’est un film dont on se souvient car il trouve des échos dans nos propres vies. J’ai été touchée.
Un bel idéal politique Mario De Santis, Président de la République Italienne de fiction, est en fin de mandat. Dans les 6 mois qu’il lui reste, il va devoir prendre des décisions cruciales le mettant en face de ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement explosif sur l’euthanasie. Ce film politique active un brin de nostalgie en présentant un homme politique qui aujourd’hui semble tellement daté ; mais qui pourrait cependant être un modèle. Paolo Sorrentino nous montre frontalement la solitude de l’exercice du pouvoir et un homme en proie au doute quand il doit prendre des décisions impactant la nation. On y voie la réflexion sans cesse à l’œuvre chez ce personnage qui n’aurait rien à envier à un François Mitterrand dans la maitrise du verbe et l’intelligence dans l’action. Et on voie un rôle différent du cadre constitutionnel français dévolu au Président ; ici, en Italie, il a un rôle de sage et de régulateur qui lui impose une autre gestion du temps. Ce film est autant l’éloge de la lenteur que de la nécessaire prise de temps pour décider. Rôle si difficile à tenir quand on est au centre du jeu politique, tiraillé, et surtout assisté en permanence. Et là on se souvient de Hollande qui disait au combien il était compliqué d’être un Président normal quand tout autour tourne de soit. Ce film est donc tout autant politique qu’humaniste. Et puis, ce Président doit tirer sa révérence et laisser sa place ; il y parviendra avec beaucoup d’élégance ; mais qu’il semble alors ardu d’inventer sa vie d’après. Qui de mieux pour incarner cet homme que l’acteur fétiche de Sorrentino ; Toni Servillo, comme à son habitude est sidérant de justesse et ce jusque dans les parenthèses improbables et décalées dont Sorrentino a le secret. Et puis chaque mot, chaque silence est pesé par Servillo, qui apporte humanité, humilité et éthique nécessaires à ce Président, dont le tempérament est loin, très loin, de celui des principaux chefs d’État actuels. Pour conclure, c’est une méditation éblouissante et profonde sur la solitude du pouvoir, et, une fois n'est pas coutume, sur la noblesse de la politique. Et ça fait beaucoup de bien dans le chaos mondial actuel prônant la loi du plus fort.
Nous prenons conscience de ces si lourdes interrogations que sont sans aucun doute la fin d'une, non pas carriere mais Mission..sacerdos... Une présidence quoi !!! enfin un investissement colossal qui touche l'homme dans ses entrailles...un mandat présidentiel qui engendre de laisser "la maison propre " non sans difficulté... hanté par l'amour qu'il portait a son épouse qui n'est plus.....celui ci incarne le personnage avec une élégance subtile et si fine .... L'intellect supplante l'image qui malgré tout a de belles sonorités..... cB
Dans ce portrait d'un Président-juriste, Paolo Sorentino filme moins la loi sur l'euthanasie et son débat "tortionnaires/assassins" que le sens de la grâce. Le cheval brise la cuirasse du Président et celle des tortionnaires en agissant comme un déclencheur. Mariano de Santis traite le Code Pénal comme un rempart contre le chaos. Sa haine de l'incohérence — "le doute qui détruit tout" — est le cri d'un homme que l'incertitude d'une infidélité a pétrifié pendant 40 ans.
Le film brille également par son audace : la grâce dont le Pape parle n'est pas un sentiment, c'est une sentence logique. En graciant le cas "cohérent" et en condamnant le "flou", de Santis se gracie lui-même. En tranchant pour les autres, il finit par trancher ses propres chaînes. Se gracier soi-même c'est une guérison par la décision.
La Grazia est un film au rythme assez lent, mais qui trouve progressivement tout son sens à travers son approche politique, centrée sur un président méthodique, très — parfois trop — réfléchi. Les seconds rôles sont bien construits et offrent quelques moments de sourire. Le début peut dérouter, notamment pour situer clairement l’époque du récit. Par instants, l’ennui s’installe, puis le film surprend en devenant tour à tour léger, intense ou touchant. Quoi qu’il en soit, La Grazia ne laisse pas indifférent.